Schmerz und Temperaturempfindung, Berlin, Reimer
se ferait par les nerfs vaso-moteurs (constricteurs et dilatateurs). Ainsi les tissus, comme organes terminaux de la douleur, les vasomoteurs, comme voie de conduction. Dans les organes qui ne subissent que de très légers changements, quand ils sont en activité (les tendons, ligaments, os, etc.), la sensibilité consciente est presque nulle. « La douleur n'est pas, comme beaucoup le croient, le plus haut degré de la sensation qui se produit dans les organes des sens spéciaux ; mais la sensation la plus intense qui se produise dans les nerfs vaso-moteurs, sous l'influence d'une violente excitation. »
Cette hypothèse sera peut-être justifiée par l'avenir. Nous y reviendrons en étudiant les émotions, et nous verrons que celles-ci du moins sont accompagnées dans l'organisme de modifications chimiques profondes et bien constatées.
La douleur physique est un ample sujet qui, on le voit, n'a pas été négligé dans ces derniers temps et sur lequel il resterait beaucoup à dire; mais il faut se borner, parce que ce n'est qu'une portion assez restreinte de la psychologie des sentiments.
CEAPIÏRE II
la douleur morale (le chagrin, la tristesse)
En passant de la douleur physique à la douleur morale, entronsnous dans un autre monde et changeons-nous de sujet? Nullement. Les langues, avec leurs termes spéciaux : tristesse, chagrin (sorrow, Kùmmer], etc., créent une illusion dont la plupart des psychologues paraissent avoir été dupes : c'est qu'entre ces deux termes delà douleur, il y aurait une différence de nature. En tout cas, ils ne s'expliquent pas nettement sur ce point et paraissent partager l'opinion commune'. Le but de ce chapitre est d'établir au contraire que, entre la douleur physique et la douleur morale, il y a yi^identité foncière, qu'ellesne diffèrent l'une de l'autre que par le point de départ : la première étant Hée à une sensation, la seconde à une forme quelconque de représentation, image ou idée.
Au premier abord, il semblera paradoxal et même révoltant à plus d'un de soutenir que 'la douleur que cause un cor au pied ou
1. Je ne vois guère que Hartmann qui ait traité ce point incidemment, mais avec beaucoup de netteté. « Que j'aie mal aux dents ou au doigt ou à l'estomac; que je perde ma femme, un ami ou ma place, « si dans tous ces cas, on dislingue ce qui est douleur et n'est que douleur et ne peut être confondu avec la perception, l'idée, la pensée, on reconnaîtra que cet élément spécial est identique dans tons les cas. » Philosophie de l'Inconscient, t. 1, 2" p., ch. m.
un furoncle, celle que Michel-Ange a exprimée dans ses Sonnets de ne pouvoir atteindre son idéal ou celle que ressent une conscience délicate à la vue du crime, sont identiques et de même nature. Je rapproche à dessein des cas extrêmes. Il n'y a pourtant pas lieu de s'indigner si l'on remarque qu'il s'agit de la douleur seule, non des événements qui la provoquent, qui sont, eux, des phénomènes extra- aflectifs. Au reste, la meilleure manière de justifier notre thèse, c'est de suivre l'évolution de la douleur morale dans sa marche ascendante, du plus bas au plus haut. Il suffira d'en noter les principales étapes.
Première période. — La douleur morale est hée d'abord à une
' représentation extrêmement simple, à une image concrète, c'est-àdire à la copie immédiate d'une perception. On peut la définir : la reproduction idéale de la douleur physique. Elle ne suppose qu'une
•i seule condition, lajjiÊlîioii^- L'enfant qui a dû avaler un remède désagréable, celui qui s'est fait extraire une dent, lorsqu'il faut recommencer, éprouvent une douleur qu'on ne peut appeler physique, puisqu'elle est liée à une simple image; elle en est la copie affaiblie et l'écho. On peut dire dans le langage des mathématiciens que, dans ce cas, la douleur morale est à la douleur physique comme l'image esta la perception. C'est une forme si simple qu'elle se rencontre inème chez beaucoup d'animaux, non des plus élevés. Ce n'est pas encore la douleur morale (tristesse, chagrin) au sens complet et rigoureux, mais elle devait être notée parce qu'elle répond à ce que les naturalistes appellent une forme de passage.
Deuxième période. — Elle est fiée à des représentations complexes et forme une très grande classe dont les manifestations sont les seules qui se rencontrent dans la moyenne de l'humanité. A ce degré, la douleur morale suppose la réflexion- ou plus explicitement : d!iibm:d4aJacjilté-de caisônner. (déduction ou induction), ensuite Xiffiaginatiûûucûnslruciive. On en peut citer des exemples en foule, pris au hasard : la nouvelle d'une mort, d'une maladie, de la ruine, d'une ambition frustrée, etc. Le point de départ est un fait tout simple et tout sec, mais la douleur s'attache à tous les résultats aperçus qui en découlent. Ainsi la ruine, c'est tout un cortège de privations, de misères, de travaux à recommencer, de fatigues et d'épuisements. C'est dans celte traduction de détail,