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LA DOULEUR MORALE

variant suivant les individus et les cas, que consiste la douleur morale. Il est clair, et l'observation le prouve, que l'homme doué d'une imagination ardente et constructive, ressentira une douleur intense; tandis qu'un autre, à imagination froide et pauvre, reste insouciant, ne voyant guère dans son malheur que le présent, l'actuel, c'est-à-dire peu de chose : la somme des douleurs évoquées est proportionnelle à la somme des représentations évoquées. L'enfant reste insensible à la nouvelle d'une mort ou dune ruine et s'il s'émeut, c'est par imitation; parce qu'il n'a rien dans son expérience qui lui permette de déduire ce qui est contenu dans ces mots funestes et de se représenter l'avenir.

La douleur morale se présente sous diverses formes :

Positive : c'est une dépense de mouvement, la représentation d'un travail épuisant, d'un effort incessant à recommencer qui est déjà senti dans la conscience par anticipation. Tel est le cas d'un candidat refusé à son examen et qui ne peut pas y renoncer.

Négative : c'est un arrêt de mouvement, un amoindrissement, la conscience d'un déficit, d'une privation, de besoins sans cesse renaissants, sans cesse frustrés. La mort d'une personne ahnée en est le plus parfait exemple.

Mixte : comme chez le millionnaire ruiné ou le roi détrôné qui se remettent à l'œuvre pour reconstituer leur passé. D'une part, représentation des longs travaux d'une nouvelle conquête ; d'autre part, tendances de toute sorte jadis satisfaites, maintenant enrayées d'une manière inexorable.

Une étude complète de notre deuxième groupe des douleurs morales comprendrait deux moments : la forme égoïste, la première en date, et la forme sympathique ou altruiste. Celle-ci semble se produire d'assez bonne heure, puisque Darwin l'a notée à l'âge de six mois et onze jours chez l'un de ses enfants, qui se montra fort ému parce que sa nourrice fit semblant de se désoler et de crier. Preyer prétend même, nous l'avons \u, que le chagrin apparaît dès l'âge de quatre mois. Cette forme sympathique de la douleur se rencontre chez certains animaux, particulièrement ceux qui vivent en société. Pour certains couples monogames, la mort d'un des conjoints produit souvent lé dépérissement de l'autre. Nous ne nous arrêterons pas, pour le moment, à la description de

ces deux grandes formes de la vie affective qui nous occuperont tant de fois au cours de notre étude.

Troisième période. — Le chagi'in est lié à de purs concepts ou à des représentations idéales. C'est la douleur intellectuelle, bien plus rare et qui d'ordinaire n'afflige pas, du moins longtemps, le commun des honunes. Telle est la douleur de l'homme religieux qui ue se sent pas assez fervent, du métaphysicien tourmenté par le doute, du poète et de l'artiste qui ont conscience d'une création avortée, du savant qui poursuit sans succès la solution d'un problème.

Ces formes de la douleur sont principalement négatives et secondairement positives. Elles consistent avant tout en besoins non satisfaits, privations, lacunes dans l'existence ; ensuite en effort, dépense de force, fatigue, pour n'aboutir à rien.

Après avoir montré que le phénomène-douleur, au cours de l'évolution, sattache à des représentations de plus en plus hautes et finalement à des conceptions supérieures, examinons la douleur morale objectivement, du dehors, pour montrer de nouveau son identité avec la douleur physique, ou plus exactement pour établir que la douleur est phénomène invariable en nature, sous quelque forme qu'il se manifeste.

1° La tristesse est accompagnée des mêmes modifications dans l'organisme que la douleur physique. Il est inutile d'en répéter la description : troubles de la circulation, constriction des vaso-moteurs, syncope ; abaissement de la respiration ou changements perpétuels dans son rythme ; retentissement brusque ou prolongé sur la nutrition, inappétence, indigestion, arrêt ou diminution des sécrétions, vomissement. Remarquons que les cas de canitie rapide, rappelés plus haut, se rencontrent surtout dans les violentes secousses morales (Marie-Antoinette, Ludovic Sforza, etc.). Les muscles volontaires de la voix, du visage, du coi'ps tout entier subissent les mêmes influences, ont le même mode d'expression; pour la douleur morale comme pour la douleur physique, il y a les formes muettes et les formes agitées.

2'^ Si l'on admet l'ancien adage : « Naturam morborum medi-

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