Suarez de Mendoza, L'audition colorée (1890), p
LES SENTIMENTS ET L'ASSOCIATION DES IDÉES iSi
minées et des saveurs, odeurs, douleurs déterminées, peut s'expliquer de la même manière.
Faut-il attribuer à la même cause un fait constaté par exception d'ailleurs, chez quelques hystériques en état d'hypnotisme (quelquefois éveillées) et qui consiste en ceci? L'excitation de régions circonscrites du corps fait surgir immédiatement dans l'esprit soit des idées, soit des sentiments qui s'imposent impérieusement à la conscience et durent autant que l'excitation qui les a provoqués. Pitres, qui a assez longuement étudié ces « zones idéogènes » ', en a relevé jusqu'à une vingtaine éparses sur diverses parties du corps, chez le même sujet. L'effet de leur excitation (par frottement ou compression) est toujours le même chez le même individu, mais varie d'un individu à un autre : ce qui exclut l'hypothèse d'un mécanisme préalable. Parmi les sentiments suscités par ce procédé, je note : la tristesse, la gaieté, la colère, la peur, l'érotisme, la piété, l'extase.
On s'est borné à constater le fait, sans essai d'explication. Seul, Pitres propose celle d'une auto-suggestion, ce qui n'est pas loin d'une association d'idées. Faut-il admettre à l'origine une coïncidence fortuite entre une modification corporelle locale et un certain état émotionnel (ou une idée), doù une association par contiguïté qui se serait fixée et renforcée par sa répétition même, pour devenir indissoluble? Ou bien la friction, la compression produiraient-elles chez certains sujets des réactions organiques particulières qui susciteraient un état affectif particulier? On ne peut hasarder que des conjectures.
Pour conclure, l'influence des dispositions affectives sur la mémoire est grande et de tous les instants ; elle contribue à ressusciter les idées et à les associer. Or, les états affectifs ne sont pas des entités, mais des modes de la conscience, l'équivalent psychique de certaines réactions organiques, viscérales, vaso-motrices, musculaires : en sorte que l'influence affective se réduit à tout cela. Et tout cela se réduit-il à des mouvements? C'est une tendance assez marquée de plusieurs contemporains d'incliner dans ce sens.
1. Leçons cliniques sur l'hystérie et l'hypnotisme, t. II, 39" leçon. On y trouvera l'historique de ce sujet (Braid, Ghambard, Féré) et les observations personnelles de l'auteur.
Fouillée ramenait plus haut toute association à celle des impulsions, Horwicz de même sous une autre forme (loc. cit.). D met dans les sentiments la base de toute mémoire de conservation et dans le mouvement la base de tout sentiment, « Nous nous rappelons un état affectif dans la mesure où nous pouvons reproduire les mouvements qu'il implique. » Par une autre voie, celle de l'expérimentation, Miinsterberg s'est efforcé de montrer que l'association dite successive se réduit à une simultanéité rapide et que si l'on supprime l'exercice des mouvements, pendant que les impressions sont reçues, la mémoire est fort diminuée et la reproduction difficile ' . Il est vrai que ses expériences ont été limitées aux mouvements d'articulation.
J'indique en passant cette hypothèse générale. Qu'on l'admette au non, le rapport entre les sentiments et l'association des idées (quoiqu'on l'ait souvent méconnu) reste établi d'après une masse de faits qui, malgré leur nature hétérogène, conduisent tous à la même conclusion.
1. Sommer [Zeilschrift fur Psychologie, t. II) rapporte une observation d'aphasique qui comporte une interprétation analogue.