LES HIÉRARCUIES DU BEAU INTELLECTUEL
plus sérieusement et le plus profondément penser; dans tout ce qui nous affine Tintelligence en recherches analytiques minutieuses et patientes, dans tout ce qui nous élargit Tesprit en superbes et géniales conceptions synthétiques. Des plus simples opérations d'arithmétique, avec leurs chiffres régulièrement et harmoniquement alignés, qui nous épargnent tant de fatigue de numération mécanique, qui nous conduisent rapidement, sûrement, nettement, par le moyen de leurs ingénieuses combinaisons, au résultat voulu; de tout cela, dis-je, aux plus élégantes et ardues formules algébriques, trigonoméiriques et logarithmiques; des plus élémentaires expériences de physique aux plus merveilleuses révélations du télescope; des émotionnantes découvertes de l'hypnotisme aux prévisions prodigieuses de la statistique sociologique; et de toutes les contributions éloquentes des sciences particulières à la théorie universelle de révolution, il y a une continuelle ascension des régions les plus basses aux plus hautes de la pensée; il y a un continuel développement et ennoblissement non seulement du vrai, mais aussi du beau, chaqua fois que le sens a sa part dans l'immédiate perception des choses, dans l'exposition coloriée et imagée, dans les illustrations claires et artistiques, dans les diagrammes, les schémas, les formules suggestives et symétriques; et l'élément sentimental n'est pas absent dans l'intérêt qu'éveillent toutes les grandes questions théoriques, dans la passion que font naître tous les grands débats de la science, dans les conséquences pratiques, utilitaires, morales, politiques.
religieuses, qui peuvent résulter des solutions différentes de tel ou de tel grand problème scientifique.
15. — Mais parmi les pensers donneurs de finesjoies intellectuelles et souvent très élevés et complexes, il yen a de suggérés aussi, à travers des voies indirectes et mystérieuses, par le sens et par le sentiment, sans qu'ils puissent se dire la continuation du même courant auquel sont dues les images ou les émotions mères. On pourrait paraphraser à juste titre la profonde sentence de Virgile, en disant qu'il y a lineeloquenHa rerum ou une philosophia rerum : dans les esprits habitués à penser, un rien est souvent une impulsion au travail cogitatif, et une secousse quelconque du système nerveux produit des réveils inattendus de vieux souvenirs et des associations d'idées nouvelles et imprévues. Une symphonie de Beethoven, dit-on, exerça un jour un effet de ce genre sur la grande âme de Gœthe, en lui inspirant une haute synthèse philosophique; et, de même, la colère éprouvée par Fourier en voyant jeter à la mer des sacs de riz, en vue d'en enchérir le prix, lui fit concevoir ses hardis expédients socialistes contre le monopole et la spoliation.
Dans le grand et dans le petit des pensers, c'est-àdire dans le nombre et dans Tintensité de leurs éléments psychiques, nous trouvons ensuite le gracieux, le grandiose, le sublime. Sont parfois gracieux, par exemple, les raisonnements ingénus, les subtils artifices, les expédients et les ruses de certains animaux et des enfants, ou les brèves sentences, tes mots rapides et les formules simples dans lesquels se résument sou-