LE BEAU IDÉAL SUGGESTIF
biitalion du grand-duc, et dans le cri du milan?
f a-t-il pas quelque chose de divin dans le feu qui,
■'^ammc, se lord en changcanl de couleur et en éblouis- J sant la vue; braise, nous fascine, nous ensorcelle, nous contraint à le regarder pendant des lieures avecj^ des yeux tout grands ouverts, el à rôver, l'âme en extase?» Et pourquoi, chez tous les peuples, l'ascétisme s'élayet-i! sur l'encens et sur les résines ardentes? pourquoij le son des orgiies el le lointain tintement des clocLeq éveilienl-ils encore la Irislesse et la nostalgie de la foîj dans les crrurs les plus fermes el dans les cerveaux It plus nourris de science? Et la musique? Kl l'œil, id divin el profond œil humain, fascination, abime, magieA enchanlemcnl, par fjuelles voies secri^tes ne semblc-t-il pas souveni nous enlrainer dans le monde des visions? Et ici, dans le cas de l'rpil, ce n'est plus seulement une suggestion du sens, mais c'est déjà aussi une suggestion du sentiment, du senlimeut porté à ses plus nobles hauteurs ; de l'amour, qui fait adorer comme une satnie, idolâtrer comme une divinité, la personnep/ transfiguri^e à nos yeux, qui en est l'objcl; du dévouement profond, qui lie parfois un homme à un autp< homme comme une créature au créateur, un mortel J unedéilè. Beautés idéales verligineuscs, auxquelles paN viennent même, ou je me trompe, quelques animauï,J N'est-ce pas, en effet, quelque chose de fort semblable* à cela, raffection humble et presque religieuse que m chien éprouve souvent pour son maître?
Ce sont aussi des suggestions idéales de l'intellectJ Belles par lesquelles l'homme inslruit et civilisé, ayaol
perdu les vides illusions du monde incorporel des ombres et des esprits, se rendant compte des phénomènes physiques qui Tavaient induit en erreur, possédant rintuition et la preuve de la loi de rélernelle et progressive évolution de l'univers, attend avec confiance des grandeurs toujours supérieures, aspire avec certitude à des conquêtes toujours plus hautes, s'élance superbement à l'escalade du surhumain, bien que, en comparaison de ses ancêtres les moins éloignés, l'homme soit déjà aujourd'hui un demi-dieu sur la terre, et sera un dieu peut-être demain. L'idéal s'élance en avant des avant-postes extrêmes du vrai et précède à grands pas la science; les plus importantes conquêtes de la pensée moderne ont eu pour téméraire avantgarde l'utopie et le rêve; ce fut le génie fantastique qui le premier découvrit dans l'obscurité le but, qui le premier épandit la lumière sur le terrain de l'ignorance et du dogme; les empiriques vinrent après, éblouis, aplanissant la voie, supprimant les encombres, stratifiant le chemin de leurs patientes mosaïques, chantant enthousiasmés les péans de la victoire. Ce furent des visions superbes, avant d'être des vérités scientifiques expérimentales et tangibles, avant d'être le patrimoine commun de conquêtes civilisatrices, que le mouvement et la rotondité de la terre, la vapeur et l'électricité, Tatomismeet l'évolution ; ce que les voyants découvraient dans des choses jusqu'à ce jour-là insignifiantes, étaient des délires et des folies pour les contemporains, mais ces découvertes ont transformé la face du monde et sont aujourd'hui la gloire du siècle nouveau.