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LES ESPÈCES DU BEAU IDÉAL

20. — Le gracieux a, en matière de beau idéal, sa place dans les petits génies de Tair, dans les légers follets, dans les vifs petits esprits, dans les gnomes fripons et malicieux, dans les petits satyres remuants qui jadis, au temps des beaux mythes païens, peuplaient les forêts et les sources, les maisons et les grottes, la lumière et les ténèbres; le beau grandiose, je le découvre dans les feux et dans Tor des vastes couchers de soleil, dans les rideaux, les voiles, les longs festons et les transparentes tapisseries à arabesques des aurores boréales; et le beau sublime, dans le ciel infini et étoile de Tinterlunium, dans la grande voûte azurée profonde et obscure, dans la solennelle harmonie des sphères de l'univers, dont la terre n'est qu'un petit grain ; l'homme, l'imperceptible « roi de la création », qu'un atome, et les siècles, les longs millénaires, l'histoire entière du genre humain, que des instants fugitifs.

J'ai ainsi déjà constaté une harmonie de beautés idéales. L'Olympe païen, la nature même déifiée dans ses forces, en est comme une traduction personnifiée et fantastique. Mélodiques sont le continuel écoulement des eaux courantes et l'éternelle chanson de. la mer sur le rivage, et symétrique est le ciel reluisant et éthéré de Dante. Quel contraste entre les sons et la lumière, les encens et les joies du paradis catholique, et les hurlements et les ténèbres, la puanteur, la fumée, les flammes et les massacres apocalyptiques de l'enfer!

Le beau et le laid idéaux, en combinaison positive, conduisent, eux aussi, à une foule de formes esthétiques particulières, dont nous avons déjà rencontré çà

et là des exemples : la course bruyante du train à travers les entrailles ténébreuses et humides de la terre, au milieu de la fumée et de la poussière du charbon; la livide lumière verdâtre de quelques couchers de soleil d'automne ; certaines monstrueuses images phalliques des monuments égyptiens; les formes étranges de la chauve souris, du basilic, du chat-huant, ont toutes quelques éléments que je serais tenté d'appeler infernaux et sacrilèges, tant il est vrai que Tart les a toujours employés comme accessoires dans la représentation du monde souterrain des damnés et des réprouvés; mais elles possèdent aussi une fascination de curiosité et de grandeur transcendan taies qui triomphe de Thorreur et contraint à une contemplation mystique et pour ainsi dire religieuse. Les graves fantoches automatiques, rigides et cadavériques, mouvant les bras, les jambes, la tète, les yeux et la bouche; les idoles informes et inhumaines de beaucoup de peuples asiatiques; les faunes et les satyres extravagants et lascifs; les plantes et les bêtes fauves fantastiques et- colossales, accouplements impossibles d'oiseaux et de reptiles, d'hommes et d'animaux, de poissons et de mammifères, de membres et de feuillages, que les foules imaginatives ont créés et que l'art a fixés en couleurs et en marbres, en cariatides et en mascarons, sont beaux et laids en même temps. Ils sont respectivement effrayants, piquants, bizarres, macabres, grotesques ou terribles; mais ils sont toujours idéaux et ont toujours pour nous un charme plus fort que la répugnance, un attrait dont la répugnance même est une grande et inséparable partie.

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