‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 23 sur 65 · LE GOUT CHEZ LES ESPÈCES ANIMALES · texte numérisé non relu

LE GOUT CHEZ LES ESPÈCES ANIMALES

rences se font moindres et le consensus aux mÈmes I goûts devient plus large. En nous en tenant à la sphère du genre humain, nous trouvons communs à tous les hommes les principes fondameolaux tlu beau, an moins sensoriel; l'abime qu'il nous semble découvrir entre la Vénus noire hottentole et la Vénus blanche de Médicis n'est qu'un étroit sillon, en comparaison de celui qui s'ouvre béant entre ces deux Vénus humaines el l'ignoble crapaude qui, observe linement Voltaire, représente certainement pour le crapaud le nec plus ultra de la beauté.

Il est très certain, toutefois, qu'un sauvage, enl général, sent bien autrement qu'un homme civilisé; ih' sent mieux, en un certain sens, c'est-à-dire qu'il perçoit plus vivement, plus nettement, les formes, les couleurs el tous les caractères physiques des choses, et que sa mémoire réunit souvent l'évidence et l'intensité d'une vraie hallucination; mais précisément pour cela, il ne va habiluellcmcnt que bien peu au delà de ^'image et de l'impression immédiate.

Au contraire, pour un homme de race un peu supéîeure (et cela est démontré par l'art entier et la vie }élique et mélancolique des peuples semi-barbares, s en debors des grandes voies de la civilisation et i progrès), le monde extérieur a perdu quelque chose a clarté et de la vivacité kaléidoscopiqucs de cous, de formes, qui constituaient presque l'unique ! esthétique du sauvage; mais son Ame s'est, en mpensation, dilatée el élevée à en recevoir de nouilles et plus intimes vibrations, à le sentir plus humai-

nement et personnellement, à se Tassimiler, en le transformant en éléments plus homogènes, et, conséquemment, plus personnels, du caractère; d'où, dans ce champ du sentiment, une différence beaucoup plus grande entre le goût d'une race et celui d'une autre.

Mais, dans les races élevées, on commence à sentir le monde extérieur encore plus diversement : non plus seulement dans son relief objectif saillant et colorié, non plus — ou beaucoup moins qu'auparavant — dans ses aspects secondaires et sentimentaux; mais réduit à une série d'autant plus riche d'abstractions résumées, que chacune d'elles réclame d'autant moins d'espace, par leur ténuité immatérielle même, pour s'imprimer sur la merveilleuse trame de notre « moi » cérébral; de sorte qu'ici aussi croît encore la divergence ethnique du sens esthétique intellectuel.

Nulle race encore, au stade actuel de l'évolution psychique humaine, ne sent plus hautement que cela dans ses grandes moyennes; nulle encore n'est dans> son ensemble 1' « animal metaphysicum » de Schopenhauer, V Uebermensch de Nietzsche, pour lequel le monde sera une vision et les choses belles un simple symbole de la beauté idéale, telle que chaque race la concevra librement à sa façon. A ce degré cependant arrivent déjà les élus d'entre nous, Européens d'aujourd'hui; et ceux-ci représentent certainement l'humanité des temps futurs.

Mais, même dans les limites d'une seule race, — prenons la race blanche, — chaque peuple a son goût spécial. Nous autres Gréco-Latins, nous autres méridio-

Page 1