‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 27 sur 65 · LE TEMPÉRAMENT ET LA SENSIBILITÉ · texte numérisé non relu

LE TEMPÉRAMENT ET LA SENSIBILITÉ

les polarisations éthiques spéciales do son caractère 1 personnel .

De inËioe que, parmi les hommes, les sentiments] sont beaucoup plus variés et changeants que les sensJ parce qu'ils sont plus récents, et, par suite, plus super-J Gciels et moins em'acinés, et que dans un môme indi'| vidu il y en a de toute sorte, môme contradictoires, d même le beau sentimental est, encore moins que I beau sensoriel, sujet à des normes el à des eritcriums J communs et durables. Préoccupés du Bentimciit niili-' taire, l'agriculteur trouve très beau un vaslc fumier; le sportsman, un long el maigre cheval de course; le marchand de salaisons, un porc boursouUé que le 1 lard étouffe et paralyse; le campagnard, une p Irapue au torse viril et aux bras robustes.

Nous lous, enfin, nous avons dans notre caractère J des sentiments altruistes et égoïstes, bons et mauvais : des passions nobles et qui tendent vivement vers nn 1 saint avenir, et des instincla ignobles qui survivent 1 d'un Irisie passé, et par suite desquels nous sommes en 1 perpétuelle contradiction avec nous-mêmes, d'aujour- ! d'hui à demain, d'une heure à l'autre; par suite desquels nous voyons, à un moment, une lleur d'honnéle I homme assister ravi et attentif à un procès honteux, et, [ â un autre moment, fondre abondamment en larmes un 1 criminel récidiviste qui lit, dans sa cellule, une histoire J louchante d'héroïsme et d'abnégation.

En tout cas, et tant que le jialhos n'obscurcit j pas l'image, le goût de celui qui sait la compléter J

' l'émotion doit être tenu pour plus riche cl plus i

parfait que celui des purs et apathiques sensistes. Condajnnons, au contraire, ceux chez qui les éléments du caractère sont disproportionnés par Texclusive et tyrannique prédominance de Tintellect, chez qui la logique envahit Testhétique, chez qui la raison absorbe et enserre le goût dans ses spirales inflexibles. Ce sont ceux-là qui se scandalisent d'une erreur de perspective dans un tableau émouvant, d'un anachronisme dans un drame historique intéressant, d'un détail architectonique postérieur ajouté à un monument d'un siècle donné, alors même que ces choses-là n'offensent nullement la vue d'un homme de goût moins érudit. Mais, même en laissant de côté ces déviés, nous trouverons toujours, cependant, que chacun sentira le beau intellectuel à sa façon, plus encore qu'il ne fait pour le beau sensoriel et pour le beau sentimental ; c'est que la vie du penser est plus récente encore, dans l'espèce humaine, et, partant, encore plus facile à toute sorte d'oscillations, de changemenls, de variétés. Le vrai, que tous disent et croient absolu et universel, est la chose la plus relative et la plus particulière qui. existe; et, pour chacun, la « vérité vraie » est toujours et seulement la sienne. « Qu'est-ce que la vérité? », demanda Pilale à Jésus, qui venait de lui dire qu'il était venu au monde pour la prêcher; et on attend encore la réponse. La genèse mosaïque fut vraie en son temps et fut aussi, sans doute, sublimement belle pour ceux qui y crurent; pour nous, aujourd'hui, c'est une fable puérile et absurde. Il en va pire encore de la vérité « belle ». Un philosophe, un penseur synthétique juge utiles, même nécessaires, maïs

Page 1