L ART RÉFLEXE PHYSIOLOGIQUE
mé; ou, enlin, jusqu'à produire une nouvelle el noble
(élicalessc de lignes el de gesles cliez ceux qui vivent
l travaillent parmi des choses belles et des personnes
^mablcs, et, dans les fuitus, de merveilleuses rcssem-
lances avec les images aimées el choisies, longuement
^gardées par les femmes en geslalion. Si un individu^
ftr l'hygiène, par le confort, par les voyages, par ti
't, par les distractions, par la campagne, par I
, par la lumière, par le soleil, par les stations bal
lires ou climalériques, par les plaisirs de la table €
B l'amour, sa régénère le corps et l'ûmc, se rend plus
teau, plus fort, plus heureux, meilleur, plus inlelli-
ffim, et, par là, plus agréable à soi et aux autres,
pourquoi ne dirions-nous pas qu'il a fait une vérilabl^
ceuvre d'art?
Regardez et éludiez tous ces réflexes du beau ! le visage el dans les gesles de ceus qui le contemplent et en jouissent, el puis diles-moi si tout cela n'est pas beau à son tour, s'il ne vous en parvient pas dans l sens et dans l'esprit, même sans que vous en sachiei 'la caus«, un écho lointain, une résonance incertaine^ une jouissance vague mais indéniable? Et qu'est-a donc, en somme, que l'art, sinon le beau existant è la nature senti par un Hre vivant et réiléchi par cf ci de nouveau dans le monde où, plus ou moins trans-' figuré par ce creuset nerveux à travers lequel il est passé, il puisse de nouveau être senti et goillé par les aulnes?
Je comprends bien que celle large acception donnée mot d'art soit de nature à paraître e
86 LES FACTEURS OBJECTIFS SENSORIELS DE L'aRT
sivement hardie à qui a Tesprit habitué aux vieilles et étroites définitions scolastiques; mais il est cependant certain que Ton pourra seulement ainsi en fixer scientifiquement les limites, en notant, d'ailleurs, que celles-ci n'en sont que les premières et plus obscures lueurs, les nuances les plus incertaines et lointaines, les faits les plus rudimentaires et amorphes, à partir desquels il n'y a plus qu'une longue chaîne, une série infinie de transitions insensibles, celle qui nous portera aux plus hautes et plus sublimes, aux plus conscientes et plus voulues créations du génie.
39. — En effet, voici l'art imitatif, qui ne se distingue encore de celui que nous nommerions physiologique, réflexe, expansif, sinon parce qu'il reproduit déjà en quelque manière, comme un miroir, l'image du fait qui l'a suggéré. De même que le perroquet ou le singe répètent passivement, presque inconsciemment, les voix qu'ils entendent, les gestes qu'ils voient, ainsi, en présence d'une personne agitée par la passion, d'une statue portant l'empreinte d'un vif sentiment, ut ridentiincs adrident^ ita flentibus adflent humant vultusy et cela, en particulier, parmi les enfants, les femmes, les âmes simples, les ingénus, les primitifs, les sauvages. Les oiseaux chanteurs écoutent et étudient, tout petits, les trilles et les roulades de leurs aînés; et un bon ou un mauvais maître, comme dans nos conservatoires et dans nos lycées, qu'il soit de la même espèce ou d'espèce différente, améliore parfois et souvent fourvoie toute une génération d'oiselels; le pinson plagie continuellement tous les aulres
L'aHT IMiTATIF SPÉCULAUIE
oiseaux locaux; cL le chant du mime polyglotle est uncJ étrange mosaïque de tous les sous et de loutes les voin à lui familiers, croassements et aboiements, hude-J ments et braiemeots, sifflements et miaulements, meurs et murmures.
Nous-mêmes, à l'opéra, au concert, nous ne pou-fl vous toujours nous empêcher d'accompagner la musiquej du geste, du pied, de la tiHe, «le la voix, même inlernei et menlate; et, sortis du thiiâtrc, les motifs appris nousl échappent de la bouche naturellemeut, passivement,.! souvent malgré nous et avec une fastidieuse insistance, f
Eh bien! tout cela est plus ou moins limidementl déjà accepté, sinon de tous, du moins de beaucoup,.! sous le nom d'art; et l'on ne saurait nier qu'il en soiu ainsi, lorsque personne ne refuse de nommer arl l'ac-l tiOB de celui qui chante, exécute de la musique oui récite, répétant purement et simplement ce qu'il i appris, reproduisant à la lettre ni plus ni moins qu'il a vu ou entendu faire. Le procédé du photographe de bon gotit, tirant avec l'instantané des pay-l sages, des ligures, des scénetles qui l'ont agrêablemenll frappé, s'il agit par plaisir et non par métier, n'est dIV au-dessous ni différent dn procédé du peintre Împres-J sionoiste ou du nouvelliste naturaliste, réunissant deaJ croquis d'après nature, des documents humains, desT esquisses d'ambiance, des faits expérimentaux, et lea reproduisant et publiant tels quels.