‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 38 sur 65 · L'art critique est l'expression, la communi · texte numérisé non relu

L'art critique est l'expression, la communi

cation à nos semblables de l'impression que le beau al

^^^le sur notre x moi »; et jo dis art critique, et noal

88 LES FACTEURS OBJECTIFS SENSORIELS DE L'aRT

simplement critique, parce que la critique peut être éthique, scientifique, religieuse, historique, archéologique, érudite, exégétique, etc., sans avoir rien à démêler avec l'esthétique; tandis que nous voulons nous occuper exclusivement ici de la critique évoca- Irice, de la critique suggestive, de cette seule critique qui peut intéresser Testhète; c'est-à-dire celle qui s'élance vibrante et inspirée de l'impression fortement et immédiatement sensorielle et imagée, et qui communique semblable impression à tous ceux qui, par euxpièmes, ne seraient pas capables de la ressentir dans toute son élévation et toute sa puissance; issue naturelle et spontanée d'une tension agréable des nerfs et de l'esprit, sans préoccupations ni lins secondes, cette critique-art révélatrice de beautés inconnues, démolisseuse de réputations usurpées, tire d'un plaisir goûté son unique origine et atteint, en le faisant goûter, son but unique : elle expose, commente, traduit en langue vulgaire et plus facile le beau le plus ardu et le plus obscur; comme par un don magique, elle illumine et agrandit les images, accentue les reliefs, met en évidence les éléments caractéristiques, rend plus nets les profils, plus vives les couleurs, rapproche les choses lointaines, ressuscite les choses passées, sert de microscope à la vue débile, de microphone à l'ouïe obtuse des moins initiés aux joies du beau, aux enchantements de l'art.

Dans le domaine du sens, la critique est faite uniquement de souvenirs et d'impressions somatiques confrontés ensemble, et représente, bien qu'inférieure, une

l'abt critique et l'art créateur 9Sm

forme préliminaire et préjudicielle de (ouïes les autres J qui se composent aussi d'élcmonls senlimcntiius, iDlel-<9 lecluels, idéaux, et qui, en ne la prenant pas pour base^l cesseraient d'être des critiques esthétiques. Nous anm avons les exemples inlimus et les premit;res lueurs dann les avis des cabaretlers, des gourmands, des jouisseurs^ des voluptueux, des raffinés, qui s'abandonnent aurl plus subtiles analyses de leurs sensations, aux disserla-^fl lions tes plus casuistiques sur leurs plaisirs, aux pluq^l chaudes apologies d'une vieille bouteille, d'un pAt^V compliqué, d'une petite femme gentille; et de là douSiI montons peu à peu jusqu'aux plus sévères et plusv menues disquisitions d'art technique, aux plus hautes^ et plus géniales questions de style et de métrique, de contrepoint et do composition, de rapports de lignes, de teintes, de lumières, auxquelles le progrès fournit chaque jour des faits plus riches el plus stables, desJ instruments physiques, physiologiques, psychologiques, .■ plus exacts et plus précis. M

De cette critique coloriée, sculpturale, imagée, à cel que tous, et quelques-uns exclusivement, qualilienlB d'art, el que nous, pour la distinguer des formes infé»V Heures, nous nommons art créateur, il n'y a plus qu'un I pas; et un pas si court, que l'on ne comprend point 1 comment il peut donner prétexte à y délimiter des frontières conventionnelles, à y élever des murailles chinoises, à y creuser des fossés remplis d'eaux stagnantes. Car ici aussi, après tout, le beau extérieur J esl toujours la première et indispensable source d'obi parvient frais el pur à l'intérieur le courant afférent,!

90 LES FACTEURS OBJECTIFS SE.NSOBIELS DE L'aRT

lequel s'y répand el s'y arréLe plus ou moins longuemont, poui' en sortir ensuite, canalisé de nouveau; élaboré, oui, el enrichi de nouveaux cléments préexistants dans notre « moi », fiu'il a combinés et s'est assimilés, de façon à sortir translïguré, comme un composé sort du creuset du chimiste; mais toujours, je le répote, constitué seulement de nouvelles et d'anciennes impressions et jamais créé ex nihilo, ainsi que le prétendent les métaphysiciens, en vertu d'une hypothétique force thaunialurgique de l'esprit, « Créer » a en effet pour BOUS la seule signification compatible avec les lois universelles do la persistance et de la iransformabilité de la matière et de la force : c'est-à-dire produire de nouvelles attitudes et de nouvelles combinaisons des mêmes éléments, les trier ou les épurer, les isoler ûu les associer, les mettre en évidence ou les dissimuler, les atténuer ou les exagérer.

Ainsi s'explique que ce qui est laid daiis la nature puisse devenir beau dans l'art. En pareil cas, l'objet naturel renfermait des caractères laids prédominants, et des caractères beaux vaincus par les autres. Dans l'art, l'auteur a supprimé ou réduit les premiers et accentué ou augmenté les seconds. Une petite araignée en argent est belle, parce qu'elle conserve les formes symétriques et agiles, mais non le mouvement, le venin et la mollassité du corps qui inspirent le dégoût, et acquiert au contraire une couleur et des reflets précieux et sympathiques,

Al. — Ceci dit déjà que l'art n'a besoin, pour créer ^ne image belle, que d'une partie — celle qul.^^gfl

Page 1