LA SUGGESTION DANS 1,'ART
^^^B, et le plus agréablement, impressionné l'artiste — I
BPV^tous tes caractères inlinis ot disparates des objets I flonl on la tire, poids, superficies, mesures, formes, I couleurs, lueurs, odeurs, saveurs, sons, mouvements,,! rapports avec les autres objets environnants; mais îll suffira que se reproduisent pour le spectateur cl sel communiquent k lui un ou quelques-uns de ces carac-9 tères essentiels capables de suggérer à l'esprit tous les I autres, et, ainsi, de reconstruire spontanément l'image"! entière. EL c'est en ceci, surtout, que consistent toute I la maîtrise du style, toute la puissance de la forme vM dans l'évocation du plus graud nombre et dans la plus I forte suggestion des éléments manquants par le plual petit nombre et par la simplicité plus grande de ceuxl qui sont choisis et reproduits d'après nature; et en cedi aussi consiste la fameuse " collaboration du specla-fl tour », qui, en complétant à sa façon par la fantaisie^l et, parfois, en reconstruisant dans le penser d'une I
I tierce personne moins voyante la partie qui manque, I se fait artiste, lui aussi, et participe de son ci>té à I l'œuvre admirable de la création. I
La réticence, la suspension, sont des exemples de^l ce fait. Le fameux Quos ego... de Virgile, et l'artî-l flce du peintre grec qui recouvrit d'un voile le visage j d'Agamemnon assistant au sacrifice de sa fille, le prou-l vent. La rhétorique tout entière, j'ose môme l'aflirmer, I {la rhétorique saine, naturelle et légitime), et dans tous" les arts, n'est qu'un vaste système de sous-entendus, d'évocations, de suggestions. Le poète qui qualifie de
^^tjlid » la demeure de deux jeunes époux, le joaillier
qui en cisèle pour eux un en argent plein de joyeux poupons, suggèrent tous deux puissamment, par une même aimable métaphore, l'idylle et la joie, l'amour el la grâce, rintimitè cl la tendresse; celui qui condense en un symbole spécial et concret, Écrit ou plastique, une idée abstraite et générique, rappelle par métonymie, à l'aide d'une balance, d'une faux, d'un caducée, d'un marteau, d'un glaive, la justice, l'agriculture, l'industrie, le commerce, la guerre; celui qui sculpte un buste ou lance dans l'air rien que les premières notes d'un hymne, crée dans l'ûme de qui Toil et écoute, à l'aide d'une synecdoche hardie, toute la statue, tout le motif; tandis que, au contraire, celui-là concentre dans l'individu, à l'aide de l'allusion, de l'antonomase, les idées sur l'espèce, qui évoque abstraitement « le chevalier sans peur el sans reproche » ou élève un marbre à la « pucelle d'Orléans »; celui qui exprime par un colosse de bronze la grandeur d'un homme médiocre, ou qui accentue et exagère, isole et découvre les petites difformités d'autrui, celui-là pratique la raillerie, la caricature ou la parodie, aussi bien avec le crayon ou l'ébauchoir qu'avec la parole ou le son ; el celui qui met un lis ou une rose entre les mains d'une vierge ingénue ou d'une florissante jeune lille, celui-là impose au penser par l'image uuc similitude éloquente; de même que celui-là fait saillir les puissantes antithèses idéales et morales, qui projette les grandes ombres à côté des lumières vibrées, el le ricanement infernal de Méphistophélcs auprès du sourire serein de Marguerite. 42. — Mais ce travail de création s'accomplit