‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 40 sur 65 · LINSP1RAT10.\ ET LE JET · texte numérisé non relu

LINSP1RAT10.\ ET LE JET

^^^Biix façons dirférentes, qui peuvent exister chacune ^^^Kr elle-même ou se suivre l'une l'autre. La première ^^Ipt quasi fatale, ÎDstinctivc, mécanique, de jet, de ^^Keîne, d'inspiration; la seconde est voulue, pensée, ^^p2néchie, d'étude, de lime, d'élaboration; l'une est de I l'artisle-né, du génie; l'autre du dilettante patient, dtti talent. Celui-là travaille et crée quand la verve l'ea<S vahil et l'agite; celui-ci, quand il en trouve le loisir^ la commodité, ou y a prollt. ■

L'inspiration, la conception, la création sont parfo^B presque un seul moment, une seule crise qui intéressA matière et esprit, âme et corps, raison et sens, qufl nous domine comme une force irrésistible et supéfl rieure, qui nous entraîne passifs et même résistants à-* l'action. V Est deus in nohis : agitante calescimus iUo >>. Voltaire refait en songe, et beaucoup mieux, le premier chant de />a Henriade, et Tarlini compose également en songe, s'imaginant l'entendre exécuter par fieizébuth en personne, sa magistrale Sonate du Diable, I

Ce sont ces états presque surhumains d'hyperfl psychie, de clairvoyance, qui ont fait dire à Selteni-fl brini que Dieu seul est supérieur à l'artiste : états dans lesquels la mémoire atteint l'intensité de l'hallucination et l'évidence de la vision, plus vives, plus pures, plus nettes, souvent, que la réalité même, parcej qu'elles sont simpiiûées, éclairées, débarrassées d^| toute l'inutile scorie qui les enveloppe et les masquai dans le monde réel. M

„ . Comme la lumière révélatrice d'un éclair, ces élatiM

94 LES FACTEURS OBJECTIFS SENSORIELS DE L'aRT

d'ultra -conscience ne durent qu'un instant. Le moment passé, la lueur s'éleint, l'enchanlemciil se dissipe, la crise est finie, et on revient à la réalité froide et grisâtre (le la vie ordinaire; heureux ceux à qui suffit l'instant fugace pour fixer sur le papier la note suprême et géniale! Ensuite, dans les longues périodes calmes et normales, aucun effort d'esprit, aucune patience méditative ne pourront plus réveiller les impressions perdues, rappeler les visions évanouies; et toule notre œuvre ne sera plus qu'une mosaïque froide, laborieuse, guindée : " Quandoque bonus dormilal Homerus i>.

A3. — L'image une fois fixée en peu de traits, dans l'impétuosilé de la veine, comme une ébauche, comme une empreinte, ne sera cependant pas encore, sinon très rarement, l'œuvre d'art accomplie. Sous celte forme, la grande inajorilé des spectateurs serait peutêtre impuissante à la comprendre; il y manque l'élaboration, la lime, la splendeur de la forme, l'évidenoB du style. Beaucoup d'appelés, peu d'élus. Beaucoup d'entre nous conçoivent, dans le fond de leur conscience, des tableaux magniOqucs, des poèmes grandioses; mais ils sont bien peu nombreux, ceux à qui le pinceau obéit, à qui la strophe répond.

Aussi Buffon, tout en exagérant, ne s'est certes pas trompé, lorsqu'il a dit que le génie est de la patience. Tous les plus grands artistes ont sue et se sont fatigués longuement, obstinément, jour et nuit a corriger, retoucher, arrondir, ciseler, rehausser leur œuvre, jusqu'à ce qu'elle fût assez parfaite pour ne plus trahir les luttes, les efforts, les veilles, les anxklés qu'elle

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