‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 4 sur 65 · LES PREMIÈRES SOURCES DU BEAU H · texte numérisé non relu

LES PREMIÈRES SOURCES DU BEAU H

nature essentiellement esthétique des joies qu'ils nous procurent ; cela a déjà été fait abondamment et magistralement avant moi par Mantegazza dans sa Physiologie du plaisir^ et par le regretté Guyau dans ses Problèmes de Vesihétique contemporaine. Et, pareillement, je ne m'arrêterai pas longuement à étudier le pourquoi physiologique du plus ou moins de plaisir ou de dégoût que nous causent les diverses modalités des sensations, point qui se trouve traité, avec un esprit de savant et une délicatesse d'artiste, dans L'Esthétique d'Eugène Véron; je me bornerai à faire miennes, simplement, ses conclusions, à savoir que, dans tous les cas, la cause du plaisir, et, par conséquent, l'essence du beau, réside dans l'exercice, proportionné aux énergies dont il dispose à tout moment, de chaque sens; et à noter que, dans la zone limitée du beau purement sensoriel, le plaisir de respirer un air bon et piquant, par exemple, ou celui de nous sentir capables de courir avec agilité et vigueur, ou celui de caresser une fourrure moelleuse, ou celui de nous chauffer, l'hiver, à un bon feu, équivalent bien, esthétiquement, au plaisir de savourer un ragoût exquis, de flairer un parfum très délicat, de contempler un magnifique effet de lune, d'écouter une note parfaitement modulée.

5. — J'ajouterai encore que, n'étant jamais une sensation vraiment unique et isolée, tout notre plaisir ou toute notre douleur esthétique sera toujours la résuhante de la composition de plusieurs plaisirs, ou de plusieurs douleurs, ou de plaisirs ou de douleurs

a LES FACTEURS OBJECTIFS SENSORIELS DU BEAU

ensemble, élémentaires et simples, coïncidant eh nous, directement ou par association mentale d'images, à un moment donné. D'où le plaisir, tout comparatif, du grand et du petit, de Tun et du multiple, du simple et du complexe, de Tuniforme et du varié; d'où la beauté des couleurs pures et des nuances, des mouvements rapides et des lents, des lignes droites et des courbes, des ciels étoiles et des parades militaires ; des successions, des échelles, des alternances de notes, de rimes, de mesures, en proportions définies et constantes, en rapports simples et intuitifs; harmonies et mélodies, symétries et eurythmies, même contrastes et antithèses (comme nains et géants, enfants roses et soldats bronzés, trilles de flûte et grondements de contrebasse), dans lesquels le travail nerveux s'équilibre et un centre repose tandis que l'autre agit, où toute nouvelle perception, prévue, nous est plus facile, et où des courants sympathiques intercentraux rétablissent le repos aimé dans l'acte même qui se rompt la monotonie de l'inertie absolue.

Et ici se trouve la vraie racine du gracieux, du grandiose, du sublime, trois divers rapports quantitatifs entre le fait présent et les congénères antiques dont nous conservons Timage dans la mémoire, ou entre celui-là et d'autres présents aussi effectivement dans le sens; trois termes, d'ailleurs tout autres qu'absolus et rigidement délimités, mais marquant plutôt trois pierres milliaires sur la route immense des quantités considérées esthétiquement. Est gracieux, en fait, le beau du petit, des notes aiguës, des couleurs claires,

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