LA COLLABORATION ET LE PLAGIAT
tentainos de comédies et confie à une quantité d'in-l inus modestes el patients le soin de les développer;'j '•on celui de La Kochcfoucauld, qui refait cinq fois son précieux volume de maximetî si profond et si intense, offrant largement et consciencieusement chacune des éditions successives à la discussion, à l'analyse, au con-: trôle, au crible, aux corrections des habitués subtils ct| exigeants du salon de Mme de Sablé.
Beaucoup plus compliqués sont ta collaboration et Iffl concours de plusieurs arts majeurs et mineurs m seule ceuvre compacte et homogène, à laquelle on pour-l rait donner l'épithètede polytechnique, si l'on ne l'avait J pas déjà utilisée dans un sens tout différent. Voyezl combien contribuent à l'effet d'un tableau, d'une sla-j tue, d'un volume de vers, le cadre, le piédestal, l'at-l trait typographique! Voyez le théâtre, spécialement I théâtre musical : quel grand nombre de collaboraleurst I Le librettiste, le maestro, les chanteurs, l'orchestre, le 1 peintre des scènes, le tapissier, le dessinateur des cos- I tumcs, le tailleur, le coiffeur, le joaillierl
Et n'est-ce pas une collaboration, souvent involoa*] taire et inconsciente, quelquefois violente el forcée, quel celle du premier auteur d'une œuvre et de ses traduc- I tÊurs dans une forme ou dans une langue différente, oui dans un autre art, ou aussi dans une nouvelle et libre création? En mettant à part le plagiat proprement dit, qui est un vol infamant, combien de fois l'artiste ne faitil pas sienne, comme res nullius, l'œuvre anonyme et pôlygénique des masses, la légende, la tradition, le ï penser profond d'un peuple, ou n'exproprie-
t-il pas « pour cause d'utilité publique », ne nettoiel-il pas, ne travaille-t-il pas à facettes, n*enchâsse-t-il pas dans la fine monture la pierre précieuse opaque et déliée créée fortuitement par un génie inconscient? « Je prends mon bien où je le trouve », disait Molière; et, comme lui, TArioste et Shakespeare, Gœthe et Walter Scott, Richard Wagner et Liszt ne se firent aucun scrupule de puiser largement aux sources fraîches du « folk-lore » et aux veines vierges de vieilles et grossières œuvres d'art oubliées. On peut traduire, comme la poésie en musique, la musique en poésie; la peinture en vers, et le vers en tableaux : Gustave Doré n'est-il donc pas un des plus grands commentateurs de Dante? Et Dante, lui-même, n'est-il pas le divin collaborateur de Michel-Ange dans l'œuvre titanique de son Jugement dernierl
45. — Les arts sont tous frères, et il est vain et inutile, même innaturel et illogique, de vouloir faire une esthétique particulière pour chacun, si ce n'est en ce qui concerne la technique, les moyens matériels d'expression dont chacun se sert; et c'est pour cela que j'ai toujours parlé, jusqu'à présent, de l'art en général et en abstraction. Mais il est temps maintenant de nous occuper de ces facteurs spéciaux qui impriment aux différents arts, subordonnément aux caractères généraux et communs, d'autres caractères propres et exclusifs, en leur traçant, en même temps, des confins déterminés et des sphères d'action limitées; confins très larges et très vagues, disons-le tout de suite, sphères qui se croisent et se pénètrent tour à tour