‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 43 sur 65 · LA CLA8S1FIC\T10^ DES ARTS · texte numérisé non relu

LA CLA8S1FIC\T10^ DES ARTS

1res profonJément, comme nous roLiidierons plus ( délail par la siiîle.

Voyons, en attendant, à l'aide de quels crilérîums il est pri5KTable de classifier les aris. Les uns les divisent selon les sens inicressés par chacun d'eus, établissant «insî une classlGcalion relative au speclateui plutôt qu'à l'artiste, duquel, au contraire, nous ( maintenant esclusivement nous occuper. D'autres 1 distinguent en arts manuels et en beaux arts, en arts mineurs et en arts majeurs, en arts décoratifs et on arIs reprcsenlalifs, et l'on ne s'aperçoit pas que dans chaque art il y a la partie manuelle et oui ou non la partie spirituelle, que les arts mineurs peuvent égaler, sous la main d'un génie, les arts majeurs, et que tous peuvenlj être purement décoratifs ou profondément représe* tatifs, selon que celui qui les traite a seulement les si exquis el vibrants, ou aussi bien développées les autres plus hautes puissances de l'âme.

Je trouve donc meilleure, plus scientifique, plus pré- . cise, plus objective, la très ancienne division de Luci-*! lins de Tarra, qui, avec quelques légiircs retouches efl transpositions, me semble parfaite encore aujourd'huïJ Elle fait des arts, ainsi modifiée, deux groupes :' plus capable d'esprimer les impressions d'espace^l l'autre, celles de temps; le premier pluLdt figuratif, lêi second plutôt suggestif de leur contenu; l'un fi base c rapports eurythmiques et symétriques, l'autre de rela-j lions mélodiques et harmoniques; celui-là, produclc d'œuvrcs plastiques et permanentes, celui-ci, d'image^ 1 men tales et fugaces. L'architecture, la sculptu

peinture conslituenL le premier groupe, et elles s'y suivent par ordre de puissance expressive: et ainsi, dans le second groupe, parallèlement mais plus haut, se rangent la musique, la danse mimique, la lilléralure. PIu3 haut, dis-je, parce qu'elles atleignent, avec des moyens moindres, des effets supérieurs, laissant à la fantaisie du speclaleur immédiat, à la collaboration de l'inlerprèle qui les traduit des sigties écrits et conventionnels pour d'autres spectateurs lointains et successifs, do nou< vellcs activités à exercer, de nouveaux plaisirs à goûter.

â6, — Par architecture, en esthétique, on n'entend certes pas la fabrication d'un refuge, d'une maison, d'un édifice quelconque fait de n'importe quelle façoir, mais bien tout ce qui, dans la construction, rellète et exprime l'idée intérieure du beau, souvenir du beau extérieur perçu autrefois; tout ce qui va de la première cabane régulièrement pyramidale, hémisphérique, conique, prismatique, cylindrique, du premier mur tiré ù fd de plomb et sans renflements ni bosses, à cette poésie lyrique de marbre qu'est le campanile de Giolto, à ce péan de fer qu'est la tour Eiffel; tout ce qui, dans un monument, avec les profils, les proportions et les rapports des lignes, des plans, des espaces, produit comme un charme à la vue, indépendamment de l'usage auquel il est destiné.

Et, dans cet art, l'homme a déjà été précédé par les galeries concentriques, si sj-méiriques et si régulières, que la taupe creuse sous terre; par les toiles à rayon» et à volutes mathémaliquement précis que tissent les

l'architecture et l'ameublement

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araignées eolre les branches; par les ruches à cellule prismalico-hcxagonales des abeilles et dos frelons; les nids, souvent 1res beaiis, des oiseaux, el surloul des oiseaux sociaux; par les villages lacustres des castors, à la perfection desquels l'homme lui-même n'alteint pas, à travers sa préhistoire, sinon après d'obscures cavernes habitées pendant de longs siècles, dans lesquelles n'apparaissent que 1res lard les premières., lueurs d'archilcclure, avec le nivellement des paroîsj réquarrissement de la porte, l'arrondissement et laM rectification de colonnes, de pieds-droils, d'architraves.

Mais une forme plus vraie et plus pure d'architecture artistique est celle qui, libre de tout lieu pratique et utilitaire, existeparelle-méme et est sa propre lin à ellemême, celle qui seule miirile véritablement le nom de monumentale; et voici, dès l'Age delà pierre polie, dolmens, menhirs el cromlechs, obélisques, cirques el portiques énormes, qui ne pouvaient certainement servir i rien de pratique; et nous voici, dès uolre enfance, long-J temps avant que nous soyions capables de former oudei dessiner le plus informe bonhomme, déjà tout occupés^ à fabriquer des petites pyramides et des colonnes t cailloux et de jetons, des tours, des clochers, des bas*l tions et des arcs triomphaux de dés, de cure-dents, dç^ petites boites à briquets el de cartes à jouer.

Par cette voie, el toujours par degrés insensibles eti toujours en s'adaptani, comme l'enfant, aux malériaujr| divers que fournissent les lieux et les circonstances, ; la pierre et à l'argile, au bois et à la glace, au fer etl verre, l'homme développe et élève, mais toi

en restant dans l'art purement sensoriel, rarchitecture à sa perfection : aux lignes impeccables du blanc Parthénon, aux dentelles de marbre du fantastique Alhambra, à la fabuleuse magnificence des mosquées des califes persans, aux symphonies polychromes et dorées des palais impériaux byzantins.

Et avec les grandes stalles monumentales de chêne, avec les chœurs, les chaires et les lambris sculptés, avec les cariatides énormes qui forment des colonnes et des attiques, avec les sphinx gigantesques taillés dans la masse à l'endroit même^ avec les piédestaux des statues grandioses, avec les ornements figuratifs répandus en relief sur les parois, Tarchitecture passe à la sculpture, lentement, par transitions et nuances successives, sans sauts et sans confins précis.

47. — La sculpture suit Tarchitecture, mais précède, dans Tindividu comme dans Tespèce, la peinture. L'animal brute n'en est presque déjà plus capable, tandis que l'enfant forme avec la craie, ou découpe dans du papier, ou arrive, n'importe de quelle autre façon, à représenter plastiquement un objet, longtemps avant de réussir à le dessiner ou à le colorier; et la même chose se produit pour l'homme primitif, pour le sauvage, pour le bouvier inculte de nos montagnes. Tous distinguent beaucoup plus facilement et apprécient mieux une statuette qu'une peinture représentant le même objet; les fétiches des nègres les plus bas, les images de saints et de madones les plus vénérées par nos paysans du Midi, sont tous plutôt des statues que des tableaux.

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