L ART DANS LES CLA.SSES SOCIALES
I àù CCS différents travailleurs dans im même payâJ
beaucoup plus semblable, surloul, à celui des peu-
B à peine au début de leur civilisation qu'à celui des
jfis artistes et dilellanles contemporains; poésie très
pVent immorale ou tout netlement criminelle, ainsi
B l'a ûbsepvô Pitre, dans laquelle la rime et l'asso- 1
^e se montrent, comme chez les peuples encore'1
i-barbares, beaucoup plus développées quelemètrofl
^accent; dessin dans lequel triomphetil el prédomi-[^
comme cbez les Syriens et les Egyptiens, les!
Ees et les Phéniciens, le symbole phallique el le^
Ksme pornographique, el dans lequel la perspedive, '
rproportions, les rapports, sont sacrifiés à une I
S tout à fait primitive et rudimentaire; arl, en sommeil
L démontre jusqu'à l'évidence comment la civilisa-r
S d'aujourd'hui, dont nous faisons si grand bruit,!
Kt encore qu'une esceptîon de quelques races supê-'
s qui devancent l'évolution du genre humain, et, 1
i celles-ci, un privilège de quelques classes aris- ]
niîques et dirigeantes, qui remorquent et poussent 1
p peine les autres, telles qu'un troupeau inconscient 1
igimbaut, vers les gloires de l'avenir.
s beaucoup de familles, ensuite, plus spé- -1 fclDienl, certaines aptitudes artistiques se transmet- -j Bavee le sang du père au fils et de l'aïeul au petitwL'histoire entière de l'art regorge d'exemples de 1 anre. Deux, trois, quatre générations consécutives ' jUstes-nés et géniaux se donnent la main, en coulant et eu accroissant la réputation et la gloire du Idfis aïeux. Ce sont les Taglioni el les Veslrîs dans
la danse; les Sangallo. oncles, neveux, frères, tous fameux architectes; les Ortensii, les Médicis, les Mirabeau, les Pitt, dynasties d'orateurs; les trois Sévigné, épistolographes délicieuses; puis des peintres en nombre inflni : les Pisani, les Orcagna, les Sanzio, les Bellini, les Vecelli, les Mantegna, les Allegri, les Caliari, les Carraches, les Francia, les Teniers, les Van Dyck, les Van der Velde, etc.
Et, vice versay à côté de ces phénomènes d'hérédité directe des aptitudes artistiques acquises, le phénomène pathologique de l'hérédité atavique la plus reculée. Vous rencontrez en effet parfois, en pleine civilisation, un malheureux ou une famille entière dégénérée qui se tatoue la peau comme les Papous, qui se donne carrière en conceptions monstrueuses, en dessins troglodytes, en vilaines figures grotesques et terribles, en hurlements et charivaris bestiaux, absolument semblables à ceux des plus dégradés sauvages et des peuples préhistoriques les plus primitifs. Dans les prisons et dans les asiles d'aliénés, dans les hospices d'idiots et dans les maisons de tolérance, Lombroso a trouvé de quoi fonder une véritable paléontologie psychologique et esthétique : une poésie, une peinture, une plastique qui reproduisent avec une prodigieuse exactitude les commencements les plus obscurs de tous les arts, un mélange de férocité et de pornographie, de vanité et de stupidité, de mysticisme et de cynisme, qui nous rend vivante et palpitante, après des dizaines et des centaines de siècles, l'ûme entière de nos ancêtres les plus reculés.
l'hérédité et l'atavisme artistiques 143^
68. — Il faut redire la même chose par rapport à l'âge : c'est toujours la même loi, parce qu'il s'agit toujours des mêmes causes ramenant les effets accoutumés. Dans la psychogénic esthétique aussi, dont Bernard Pérez nous a donné une brillante monographie, l'évolution psychologique et physiologique de l'individu récapitule celle de l'espèce et en renouvelle fidèlement, en conséquence, les phénomènes. Visitez les écoles primaires et observez-en les bancs et les murs, feuilletez les cahiers, tout pleins de bonshommes, des gamins qui les fréquentent, et écoutez les récits qu'ils inventent avec tant de désinvolture; observez les fillettes qui jouent avec leur poupée leur rôle de petites mamans, et les gribouillages que tracent sur les murs des maisons, dans les rues, les gavroches à Saint-Pétersbourg et à Lisbonne, à Stockholm et à Athènes : vous ne les distinguerez probablement pas les uns des autres, quelque profonde que soit, au contraire, la différence de l'art des adultes dans ces diverses villes. Partout le même développement, parallèle à celui des peuples. D'abord l'homme seulement est l'objet de toutes ces tentatives malheureuses et archaïques, et même l'homme réduit à la seule tête et aux seules jambes et qui à peine lentement et graduellement se complète, se proportionne, se perfectionne; puis les animaux domestiques, ensuite les chariots et les barques; presque jamais les arbres, les montagnes, les fleuves, la mer, le paysage. Les enfants, le vulgaire, les peuples antiques ne sentent jamais fortement et humainement celuici, comme nous le sentons; et, conséquemment, ils ne r
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le représentent jamais que comme fond accessoire et évaporé de Texistence et des passions de Thomme.
Ensuite, les premières impressions, les enthousiasmes, les hardiesses juvéniles réchauffent, • colorent, avivent Part; et la technique, déjà plus franche et plus sûre, obéit à l'inspiration spontanée, abondante. L'histoire de presque tous les artistes supérieurs nous donne leurs œuvres capitales, leurs travaux coulant vraiment de source, dans la période la plus robuste de leur vie physiologique, excepté quand les circonstances extérieures les en ont alors détournés ; les enfants prodiges qui devancent les années par leur génie précoce, et les vieillards sublimes qui conservent intactes leurs forces créatrices au déclin de Tâge, ne contredisent cela en rien : les premiers précipitent leur évolution et s'épuisent plus tôt, ils meurent très jeunes encore à l'art, sinon à la vie physique; les autres se révèlent plus tardivement, ou travaillent lentement, paisiblement et à longs intervalles, ou possèdent une fibre suffisamment robuste pour résister longuement à la rude tension, aux secousses, aux fièvres, aux délires sublimes de la création; cela signifie que, pour eux, les années sont doubles et triples en durée que pour les autres, et que, s'ils meurent à soixante-dix ans en pleine possession de leur génie, ils meurent jeunes encore; sinon, eux aussi, fatalement, devraient déchoir et s'atrophier.
Chez presque tous les animaux, et pour les raisons de sélection sexuelle que nous avons déjà indiquées un peu plus haut, le mâle est plus beau que la femelle et cultive plus qu'elle les arts de l'ornement,
l'art dans les AGES ET DANS LES SEXES 145
des couleurs et des formes, de la musique et du chant. 11 Q*en est pas autrement chez Thomme et la femme, non pour des raisons sociales, comme le prétendent quelques-uns, mais pour ces seules raisons génésiques et naturelles. Quand même la femme, par puissance quantitative de sens, de sentiment, d'intelligence, d'idéalité, vaudrait Thomme, elle différerait en tout cas de lui qualitativement, et son art serait tout autre. La femme, plus faible physiquement, destinée par son sexe même à jouer dans Tamour et dans la génération, et par là dans la vie et dans la société, un rôle tout à fait différent, doit naturellement voir le monde à un point de vue tout à fait sien, et le représenter comme elle le voit. Par exemple, la femme est impropre au comique, à Thumoristique, au spirituel, au grotesque; parmi tant de fameux bouffons de cour, on ne trouve pas une femme ; parmi tant de plaisants personnages dramatiques, jamais une femme n'a, de la scène, égayé le parterre; parmi tant de femmes peintres et écrivains, il n'y a pas même une seule caricaturiste ou satiriste fameuse.
Mais les différences entre Tart viril et Tart féminin ne sont pas seulement des différences de qualité. Comparez les plus grandes poétesses et romancières, je ne dis pas aux plus grands poètes et prosateurs, mais même à ceux de second ordre, et il restera toujours encore entre ceux-ci et celles-là une belle distance; on peut citer des actrices et des cantatrices, des exécutantes et des danseuses excellentes, mais pas une seule poétesse dramatique ou une musicienne, pas une
MARIO PILO. 9
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seule compositrice d'opéra ou de ballets même médiocre. Et où trouvez-vous une femme qui soit grand peintre, grand sculpteur, grand architecte? Les bijoux même, les étoffes, les dessins de Tornementation féminine, mais ce sont les hommes qui les-font!
« Il n'y a pas de femmes de génie », dit M. de Concourt; « lorsqu'elles sont des génies, elles sont des hommes ». Elles sont (Lombroso Ta démontré à grand renfort de documents) des viragos aux traits masculins, aux manières libres, à la voix forte, au regard résolu, à la physionomie sexuellement neutre, qui ont outrepassé au physique et au moral le moment où Tembryon est mûr pour femme, et n'ont atleint qu'en partie celui où il arriverait à être complètement homme.
69. — Nous tous, inconsciemment et continuellement, nous faisons de Tart, en parlant, en gesticulant, en écrivant, en nous habillant, en marchant, en remuant, en travaillant; si, en coupant du papier pour écrire, en pliant un journal, en déposant des livres sur notre bureau, nous prenons soin que les feuilles soient égales, que les plis soient rectilignes et normaux, que les côtés des livres demeurent parallèles entre eux et avec les côtés du bureau, nous aurons fait de Tart, parce que nous aurons obéi à la suggestion d'antiques images régulières, c'est-à-dire belles, que déjà nous tenions enregistrées dans notre mémoire.
Or, jusqu'ici, nous n'avons encore fait qu'obéir à un instinct esthétique, c'est-à-dire à une habitude héritée d'une longue série d'aïeux civilisés et confirmée par la pratique de toute notre existence; mais, chez d'autres