‹ La psychologie du beau et de lártChapitre 51 sur 65 · VOCATION, DILETTANTISME ET MÉTIER · texte numérisé non relu

VOCATION, DILETTANTISME ET MÉTIER

privilégiés, cet instinct est infiniment plus vif, celte aptitude est extraordinairement accrue. Normaux dans les autres branches de leur activité productive, ils obéissent, dans une ou plusieurs, à des impulsions beaucoup plus impérieuses et intenses que l'ordinaire, qui non seulement dirigent, mais souvent déterminent fatalement et irrésistiblemenLtout le rouage de leur volonté, jusqu'à les contraindre à donner à leur vie une direction différente de celle qu'auraient voulue leurs conditions de famille, leurs intérêts, leurs sentiments, leur raison, leur foi; jusqu'à briser toutes les chaînes, à abattre tous les obstacles, à fouler aux pieds tous les préjugés, pour suivre leur destin.

Eh bien ! il y a un mot sublime et métaphysique qui exprime ce besoin suprême, cette force invisible, ce fatum omnipotent; ce mot est : vocation. Celui qui fait de l'art autrement, à ses heures perdues, par distraction, par goût, est certainement artiste, quoi qu'en disent ceux pour qui l'art est quelque chose de mystique et d'indéfinissable; mais son art est un dilctlantismè modeste et servilement imitateur. Celui qui fait de l'art sur commande, par ambition, par vanité, par gain, par propagande, par prctexlcs et par impulsions étrangers à l'esthétique, par fins secondes de n'importe quelle nature qui ne sont pas la passion et le culte de l'art en lui-même, celui-là est artiste encore, et artiste indéniable, quand dans son œuvre subsiste un rayon quelconque de beauté; mais son art n'est qu'un vulgaire et pauvre métier. Autre est un versiticateur, autre un poète; autre un philodramatique ou un philharmonique,

autre celui qui se consacre tout entier, avec un enthousiasme ardent, au théâtre et aux muses; autres l'aquarelliste enjolivé, la petite dame qui forme avec ses mignons doigts blancs des brimborions en craie, autres le peintre qui, fébricitant en face de la divine nature, cherche d'une main tremblante les couleurs sur sa palette, le sculpteur qui demande Tidée à la pierre muette et transfuse dans le bronze son âme créatrice. 70. — Et voici que de nouveau se présente la grande question du style, mais sous un aspect neuf et plus élevé : celui de la personnalité. « Le style est Thomme », dit une maxime du grand Buffon, un peu altérée par la postérité; et ce mot intègre et complète, loin de le détruire et de le contredire, cet autre mot que déjà nous avons vu attribuer à Voltaire, que « le style est la chose ». De même que dans le caractère matériel de l'écriture, dans la forme, dans la grosseur, dans Tinclinaison, dans la distance, dans l'attache des lettres, se révèle le tempérament physique et psychique de qui écrit une page, ainsi, dans la syntaxe, dans la ponctuation, dans la liaison de la phrase et de la période, dans la structure du vers et de la strophe, transparaissent Tesprit et l'organisme de celui qui compose; dans le dessin, le clair-obscur, le coloris, de qui peint; dans la technique variée et multiple de qui fait de la musique, de qui sculpte, de qui bâtit. Il en résulte que ceux qui ont le caractère peu accentué et peu personnel, comme, le plus souvent, les enfants, les sauvages, les êtres primitifs, le vulgaire, n'ont qu'un style uniforme, commun, banal, conventionnel, et que

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