LES MODÈLES ET LES EXEMPLES
descriptions, la luminosité et la vérité des arrière^ fonds; la musique et le paysage ont même pénétré par leur propre force et par eux-mômes dans les lettres, dont ils ont enrichi le domaine de nouveaux genres et de nouveaux sujets.
La question tant controversée si Tétude des grands maîtres, des anciens, des classiques, doit être la base de réducation du jeune artiste, ou si, au contraire, on doit laisser entièrement' libre vol à son génie, en le délivrant des entraves de la tradition et en le soustrayant h tout péril de plagiat ou d'infatuation, cette question trouve dans ces prémisses sa solution : à savoir que Tétude de ce qu'a produit et continue à produire le génie antique et contemporain, lointain et présent, ne peut être que grandement et profondément profitable ; mais à condition qu'elle soit large et éclectique, libre de toute préconception et de tout dogme, étendue à toutes les manifestations du beau, quels que soient Tart et l'école, et surtout continuellement et amoureusement rafraîchie aux sources pures et sacrées du beau naturel. Ainsi, et ainsi seulement, le jeune artiste grandira à la fois cultivé et original, érudit et moderne, respectueux des maîtres qui l'ont précédé, mais résolu à tenter de nouvelles voies et à imprimer sa trace propre dans le champ de Tart.
82. — Les diverses conceptions métaphysiques du monde, les religions, les cultes, les mythes, les superstitions, les hautes philosophies, ont toujours, elles aussi, influé, et influent encore, non seulement sur la matière et sur la forme de l'art, mais aussi sur son
progrès ou son arrêt, sur sa floraison ou sa décadence. Les plus hautes conceptions pour le philosophe, abstraites et spiritualistes, étant aussi, par nécessité, tout intimes, individuelles et iconoclastes, sont les plus basses pour l'esthéticien; en effet, si elles ne sont pas absolum-ent hostiles, elles ne sont jamais non plus, par elles-mêmes, ni amies ni promotrices du goût et de Tari, qui en religion représentent le fétichisme et Tidolatrie, et matérialisent l'inexprimable et supra-sensible idée de Dieu. Toutes les religions les plus antiques et les plus grossières, les plus puériles et les plus vulgaires, ayant besoin, pour les âmes incultes et les esprits limités, de formes sensibles et de fonctions à grand spectacle, ont été et continuent à être, au contraire, aujourd'hui, les plus grands mécènes de Tart : de la parfumerie des encens et des fleurs à la gastronomie des banquets sacrés et des libations symboliques; de la danse des bals hiératiques et des processions sacramentelles, à la mimique des sacrifices liturgiques et des fonctions pontificales; et musique, et chant, et poésie, sublimés par le sentiment profond de l'espérance, de la crainte, de la foi, qui ici remplacent la vision muette et infinie de l'idéal, apportent chacun, acclamés et fêtés, leur tribut à ce triomphe du sens masque d'une idéalité rudimentaire ; et aux hymnes, aux psaumes, aux sons des harpes et des orgues, s'associent encore les splendeurs marmoréennes des temples, les mosaïques, les tapisseries, les broderies, les métaux précieux, les pierreries; les statues et les tableaux, les fresques et les stucs, les vases, les lampes