LE PLAISANT ET LE RIDICULE
valent un peu, de sorte que nous le nommons tout bonnement laid et sommes entraînés à ricaner de dédain plutôt qu'à rire de plaisir.
Je note, en attendant, la riche mais incertaine synonymie du plaisant, au sujet de laquelle il est difficile de trouver deux personnes d'accord, qu'elles soient artistes ou critiques, philosophes ou philologues. Aussi voudrais-je proposer, en m'appuyant sur les raisons génétiques des mots non moins que sur rintuition intime de la majorité, de nommer toujours et exclusivement comique ou bouffon le beau plaisant sensoriel, humoristique le sentimental, spirituel l'intellectuel, grotesque l'idéal : de chacun desquels je traiterai à part en son lieu et place, ainsi que des formes d'art auxquelles ils donnent la matière et l'origine.
Dans le champ des sens, le plaisant montre les formes infinies du rire qui naît automatiquement, spécialement chez les gens moins doués de forces d'inhibition, — femmes, enfants, peuple et sauvages, — en détirant voluptueusement les membres engourdis, en les contractant sous le chatouillement, en contemplant les déformations fantastiques de la figure humaine dans l'ombre, ou en assistant aux grimaces d'une guenon et aux lazzis d'un saltimbanque nain et bossu. Dans tous les cas, c'est toujours le plaisir d'une incitation nouvelle et vivace qui met en action un élément nerveux quelconque depuis trop longtemps au repos, plaisir mis en plus fort relief par une pointe très subtile de douleur, par un quelque chose qui, dans chacun des cas cités, nous déplaît : ou l'excessive intensité, extension.
pluralité de rincitation, ou son excessive rapidité ou lenteur, ou la choquante nouveauté et anomalie qu'elle présente.