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LE BEAU SENTIMENTAL

que le bon, disons-le tout de suite. Le bon peut n'être pas beau ou ne l'être que peu, avant tout parce qu'il est toujours plus abstrait, théorique, indépendant de toute vivacité d'images sensorielles; effet d'uû courant déjà non plus vierge, c'est-à-dire déjà diminué et défiguré par le travail accompli dans la zone précédente, il n'a déjà plus avec la réalité extérieure ce rapport immédiat; et, en lui, l'élément extrinsèque, l'élément objectif, Télément « non-moi », fait de formes, de couleurs, d'odeurs, de caractères plastiques, physiques, matériels, en un mot, a déjà perdu sa prépondérance sur l'élément intrinsèque, subjectif, personnel, dont se compose tout phénomène psychique, et cela en proportion d'autant plus grande qu'il est plus élevé : de sorte que l'émotion morale produite par un fait quelconque est, à égalité de force centripète, d'autant moins vive que l'a été davantage l'impression esthétique pure, c'est-à-dire que plus de force a été absorbée dans les centres sensoriels.

Au contraire, dans le beau sentimental prévaut encore, et toujours, l'image; le foyer du mouvement psychique est toujours à la base, tant il est vrai qu'il est toujours plus prompt à se réverbérer à l'extérieur, à se traduire en acte : ce que nous verrons à son moment.

Enfin, le bon peut être aussi complètement laid, esthétiquement, comme dans Tacte héroïque de Mucius Scévola ou dans le grossier mot plébéien lancé par le fier Cambronne à qui lui intimait de se rendre ; tandis que le beau sentimental est beau, surtout et avant tout ; et ensuite, mais subordonnément, il peut encore être bon.

Entre le beau sensoriel et le beau sentimental il n'y a donc pas de confins précis, parce qu'il n'y en a pas dans le cerveau entre la zone des sens et celle des sentiments ; c'est une gradation continue et insensible du beau classique et froid, fait de pures formes et de couleurs, de simples sons et parfums, jusqu'au beau qui, peu ou beaucoup, nous touche et nous émeut dans les sentiments, en conservant néanmoins une force prépondérante de sensations immédiates et formelles; et jusqu'à l'émotion au contraire prépondéramment sentimentale, dans laquelle l'image objective commence à pâlir, dans laquelle le beau devient accessoire et passe en seconde ligne par rapport au bien, et qui, par là, rentre dans la compétence de l'éthique en sortant de celle de l'esthétique.

J'ai dit que le beau sentimental est supérieur au beau sensoriel, et cela se comprend, puisqu'il en renferme tous les éléments, c'est-à-dire tout le plaisir qui vient par lui de la vivacité des images et de l'évidence des perceptions, en y ajoutant de plus toute la richesse de ses propres puissances, c'est-à-dire toute la joie qui naît de Tintensité des émotions et de la délicatesse des affects.

10. — Les hiérarchies du beau sentimental résultent, elles aussi, comme le beau lui-même, de la composition des hiérarchies des sens (isolés, ou combinés par suggestion, ou concourant effectivement à l'impression multiple) avec les hiérarchies des sentiments. Nous avons déjà parlé des premières. Nous ajouterons, au sujet des autres, que, parmi les sentiments, ceux qui occupent le rang le plus bas, comme plus anciens, plus communs

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