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leur supposons le dépit ou la colère que iliomme éprouverait en un pareil embanas.
Dugald-Stewart n'a considéré ie sentiment du ridicule que comme Tallié naturel de la faculté morale : « Le ri- )) dicule a pour objet, dit-il, les légères bizarreries de )) caractère et de manière qui ne sont pas assez graves )) pour susciter l'indignation (1). w II ne se refuse pas toutefois à admettre que nous soyons portés à rire aussi de Tignorance , de Tabsurdité, du défaut d'usage, qui, de son aveu , n'ont rien d'immoral dans la stricte siguilication du mot; mais il pense que ce qui nous fait rire dans les imperfections intellectuelles et physiques, c'est surtout 1 idée que celui qui en est affligé ne s'en aperçoit pas , ou essaie de les cacher aux autres , et fait preuve ainsi de prétention , d'orgueil ou de vanité. « Au reste , )) dit-il , sans décider si le sentiment du ridicule ne s'atta^ » clie qu'à limpeifection morale, ou s il embrasse les » deux autres genres d'imperfections , on peut dire qu'il » ajoute à nos plaisirs en nous faisant un amusement des )) légères fautes d'autrui , et qu'en même temps il nous » excite à nous corriger nous-mêmes de celles qui seraient » trop peu importantes pour exciter la haute censure de )) la faculté morale , le ridicule étant plus redouté que la » haine. Si l'on tourne quelquefois le ridicule contre la » vertu , il n'eu faut rien conclure de contraire à la fia » providentielle du sentiment du ridicule; car, pour » faire rire de la vertu , il a fallu fausser la faculté mo- » raie elle-même, c'est-à dire détourner son attention par » l'appât de quelqu'intérèt contraire au devoir (2). »
(1) Facultés actives cl morales, t, 2 dc la trad. française, p. 329.
(2) Jbid.
DU IllDlCULK. iOU
Cicéron avait également bien saisi le véritable caractère du rire.... « Le domaine du ridicule, dit-il, esttou- )) jours quelque laideur ou quelque difformité ; la seule » cause ou la cause la plus comnmne du rire est le » portrait de quelque dilVormité, pourvu que le por- )) trait ne soit pas lui-même difforme.... On ne rit point )) d'une perversité extrême qui va jusqu'au crime, ni d'une » extrême infortune. Les scélérats doivent être frappés » d'une arme plus puissante que celle du ridicule , et ); l'on ne doit pas se moquer des malheureux , à moins » qu ils n'aient de la jactance. 11 faut surtout épargner )) le cœur humain el ne pas railler les objets de ses af-
)) feclions Les sujets les plus propres à la- raillerie
)) sont donc ceux qui n'excitent à un haut degré ni )) 1 horreur ni la pitié ; tels sont les vices de ceux qui ne )) sont recommandés ni par le malheur, ni par l'aKec- )) tien de personne et que leurs crimes ne désignent pas
» au supplice Les difformités du corps offrent aussi
)) une ample matière à la plaisanterie (1). »
Nous sommes donc portés à rire de tout ce qui choque légèrement la rectitude physique , intellectuelle et morale. Ajoutons maintenant que cette disposition est facilitée par toutes les circonstances qu'on avait prises pour des causes productrices, c'est-à-dire, par l'accomplissement du jugement de mérite et de démérite, par le sentiment de notre supériorité, par le plaisir de la nouveauté ou la surprise, et en général par la satisfaction de toute autre affection naturelle. Si, au contraire, lune d'elles est blessée, soit par le trait plaisant, soit par une
H) De Omtore, lib. II, 58 ôl>.
410 St:WriMi:NT DU fUDICîJLE.
cause antérieure, nous ne rions que du bout des lèvres, ou nous n'avons pas la moindre envie de rire.
II est cependant un grand nombre d'exemples qui, au premier coup d'œil, ne rentrent pas dans les trois catégories que nous avons proposées, et qui se présentent seulement comme des fautes contre la coutume ou comme des associations inusitées. Quand tout le monde porte de grands chapeaux , la vue d'un petit chapeau nous fait rire, et quand tout le mode en porte de petits , c'est le grand qui est en possession de nous égayer. Une coiffure de femme sur une tête d homme , un costume étranger, une action contraire à l'usage , tout cela nous fait rire. Il serait cependant impossible de démontrer que tout cela soit contraire aux conditions de la beauté physique ou pèche contre le vrai ou le bien moral. Mais n'oubhons pas l'influence qu'exerce sur notre jugement la pratique commune, le consentement général. Ce que tout le monde fait, il nous parait judicieux et convenable de le faire ; la coutume générale se met facilement à la place de la raison ; ce qui pèche seulement contre l'habitude nous parait s'écarter du bon sens et du bon goût: c'est ainsi que les exemples d'association inusitée rentrent dans l'une des trois catégories que nous avons tracées.
Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, ce n'est pas sans dessein que la nature nous a inspiré cette prévention en faveur de la coutume et du consentement général; elle empêche ainsi l'humanité de se désagréger, de tomber en poussière et la préserve des innovations dangereuses Les précurseurs mêmes des révolutions les plus salutaires ont tous passé par l'épreuve du ridicule. Socrate a essuyé les sarcasmes d'Aristophane avant de
TIIÉOIUE PIIUENOLOGigUE SUP. L'LSPI'.IT DE SAILI.IE, ETC. 411
subir la condamnalion de laéropage et de léguer au, monde les premiers germes d'une religion dégagée des sens. Le fondateur même du cliristiauisme a été un ob~ jet de risée. Depuis, on a fait des comédies contre Copernic, des satires contre Galilée ; on a joué sur la scène les plus sérieux des philosophes du xvin" siècle , ces préparateurs de la révolution française , et le premier ministre qui ait essayé de faire passer dans les faits îes nouveautés delà théorie, Turgot, malgré l'appui du roi, a succombé sous les épigrammes de la cour.
Une opinion nouvelle ne peut donc simplanter dans un pays qu'après avoir fait longuement et rudement ses preuves. Elle ne sort de la lutte que toute meurtrie des coups du sarcasme et de la raillerie. Mais aussi les entreprises fausses et frivoles succombent sous le ridicule, et toute doctrine qui veut remporter la victoire doit posséder un autre mérite que celui de la nouveauté.
Il faut reconnaître déplus que la disposition au rire varie suivant l'âge, le sexe, les individus et même les nations, et que ceux qui sont portés au rire excellent à découvrir et à combiner les éléments du ridicule, et entre autres les associations inusitées, soit dans les choses, soit dans les mots.
s 24. Théorie phrénologique sur Vespnt de saillie, la gaieté , et Vesprit de discrimination.
Le docteur Gall a parlé d'un esprit caustique, d'un esprit de saillie ; il a multiplié sur ce sujet les synonymes : persiflage, plaisanterie , épigramme , trait, satire, ceii-
il2 THÉOniE PHRÉNOLOGIQUE
sure, sel, et quelquefois naïveté , sans cependant parler du lire. II a cité comme types de cet esprit Diogène , Cicéron , Horace, Juvénal , Lucien , Cervantes, Rabelais , Régnier, Marot, Henri IV, Boileau , Racine, Voltaire , Piron, Swift, Sterne, Wieland , mais sans apporter un seul exemple de trait plaisant ou satirique, et sans indiquer le caractère général qui résulte de tous les synonymes et de tous les noms propres qu'il a énumérés ; de sorte qu'il est impossible de comprendre, après Tavoir lu, eu quoi consiste ce quil appelle Tesprit caustique ou de saillie (1) ; il est donc beaucoup moins instructif sur ce sujet que Cicéron et Dugald-Stewart,etil a laissé dans l'embarras ses continuateurs.
Spurzbeim traite, sous le nom de gaieté , d'une tendance à faire rire et à chercher en tout le côté plaisant (2); mais il ne définit nullement en quoi consiste la plaisanterie. « Ce sentiment, dit-il, produit une manière parti- )) culîère d'envisager les objets. )) Voilà une définition qui ne jette pas beaucoup de lumière et qui dément , comme plusieurs autres, la prétention de la phrénologie à « rectifier tous les systèmes philosophiques, à étabhr » une philosophie ou psychologie positive et invariable » dont le langage sera clair et exact ainsi que les )) idées (3). » En eflfet, dire voilà l'organe qui fait rire, ce n'est pas indiquer la nature spéciale du ridicule, et il reste encore place à des études toutes psychologiques sur le caractère de Tidée qui provoque le rire. C'est une preuve de plus qu'il n'y a de salut pour l'organologie que dans une bonne psychologie.
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(t) ^mit., t. i, p. 173-5.
(2) Oôs., p. 209. Manuel, p. 51.
(3) Manuel, p. m.