‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 106 sur 115 · SUR L'ESPRIT DE SAILLIE, ETC · texte numérisé non relu

SUR L'ESPRIT DE SAILLIE, ETC

L'organe que Gall attribue à l'esprit caustique , que Spurzheim consacre à la gaieté , M. Vimont le réclame pour V esprit de discrimination , qu'il charge d'apprécier la différence des choses (1) , se mettant sur ce point en opposition avec Spurzheim et M. Combe, qui attribuent la perception des différences à la faculté de comparaison. Mais l'esprit caustique , la gaieté et le discernement sont pourtant trois attributions fort différentes. La causticité n'est pas toujours gaie , la vraie gaieté n est pas caustique, et l'esprit de discernement peut être fort éloigné de l'une et de l'autre. Comment les phrénologistes , qui prétendent ne s'appuyer que sur les faits , ont-ils chacun de leur côté , pour le même organe , des faits si divers ? Mais ce n'est pas tout : ce même organe qui saisit la différenée des choses , suivant M. Yimont et M. Scott , dont il invoque l'autorité, est destiné suivant M. Watson à pénétrer la nature intrinsèque des choses , et suivant ]\L Schwartz à trouver le rapport des moyens à la fin , et devient l'esprit de combinaison ou la présence d'esprit. C'est M. Vimont qui rapporte tous ces noms , et il déclare que ces phrénologistes, quoique d'opinion diverse, sont tous les trois très - distingués. Leur mérite redouble notre embarras : si l'un d'eux l'emportait sur les autres , on pourrait au moins se ranger à son avis ; mais sans le secours d'une autorité prédominante , comment choisir entre tant d'assertions opposées?

A défaut de l'ascendant du nom aperce\ons-nous au moins quelque part celui de la vérité? De bonnes facultés perceptives suffisent pour nous faire apercevoir la différence des choses , il n'est donc pas besoin ici d'une faculté

(1) Traité de phrèn., t. 2, p. 388.

ni AITECTIOINS

spéciale, ainsi que nous l'avons déjà dit (1). La nature intrinsèque des choses nous est totalement inconnue , et là où il n y a pas de connaissance, on peut se passer de faculté de connaître. Le rapport des moyens à la fin , les combinaisons et la présence d'esprit dépendent d'une bonne mémoire et d'une bonne induction (2) , c'est-àdire de ce que lesphrénologistes appellent la comparaison et la causalité , il n'y a donc pas encore ici de matériaux pour construire une faculté spéciale. Malgré le vague des opinions de Gall et de Spurzheim , nous les préférons à Tavis des phrénologistes distingués de M. Vimont. Les exemples et les noms que les deux docteurs allemands ont cités sont plus capables de mettre sur la voie d'un sentiment particulier et sont plus voisins des faits sur lesquels nous nous sommes appuyés, pour faire comprendre la nature de l'idée particulière qui suscite le rire.

§ 25. Affections de la mémoire.

Y a-t-il des plaisirs qui résultent de l'exercice de la mémoire pure , comme déploiement d'une force de l'esprit , abstraction faite des objets représentés par le souvenir ? Je ne nie pas la possibilité d'un pareil plaisir , mais je n'ai encore rencontré personne qui se le soit procuré. Il me semble donc que les plaisirs de la mémoire tiennent toujours à la nature des choses représentées. Les objets dont la perception nous a été agréable

(1) Voyez le présent ouvrage, 3° partie, ch. IV, f 8.

(2) I/nd., S 0.

1)K L\ .MÉMOinK. 415

011 d<!^sagréal>lo , nous procurent encore dans le souvenir une émotion affaiblie qui ne mérite pas moins d'être notée. Elle explique l'impression que nous causent certains objets par eux-mêmes indifférents, mais qui ont été associés à ceux qui nous plaisent ou nous déplaisent directement. Quelquefois même cette association fait rejaillir le charme d'un objet agréable jusque sur un objet déplaisant ou retomber l'odieux des choses déplaisantes jusque sur l'objet agréable.

Cette extension de l'affectivité a lieu pour les sentiments égoïstes comme pour les sentiments désintéressés. Le malade jette un regard de tendresse sur les vêlements qu'il portait en bonne santé ; le vieillard trouve une grâce particulière aux modes du temps de sa jeunesse; le général ne voit pas sans plaisir le cheval ^quil montait un jour de victoire. Nous recueillons avec respect les objets les plus vulgaires qui ont été touchés par la main des grands hommes , et la religion vénère les ossements des saints.

Cette association d'idées, jointe à la vénération pour les temps antiques, constitue le préjugé delà noblesse. Le descendant d'un homme illustre conserve à nos yeux quelque chose de l'illustration de son père; et nous avons vu, il y a treize ans, ceux qui se croyaient le plus lil)res du joug des préjugés reconstruire l'idole qu'ils foulaient aux pieds , en créant pour les enfants d'un célèbre orateur , une fortune qu'ils n auraient pas offerte aux enfants d'un homme obscur.

C'est à la même association d'idées qu'il faut rapporter Tesprit de corps, et jusqu'à un certain point, l'esprit de patrie et la sympathie de certains peuples les uns

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