‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 17 sur 115 · ET FACULTÉS AFFECTIVES · texte numérisé non relu

ET FACULTÉS AFFECTIVES

En attendant plus de lumières sur ce sujet , nous nous contenterons des remarques suivantes :

La psychologie est l'étude dos faits que dans le langage nous lions légitimement au mot je. On a trouvé quelquefois étrange cette locution de moi et de non-moi que la philosophie, depuis Descartes, a substituée aux anciens termes d'esprit et de corps ; mais pour comprendre la signification des mots esprit et corps, il faut avoir distingué mentalement entre les faits qu on attribue à son corps et ceux qu'on attribue à un autre principe qui ne peut s'exprimer plus convenablement que par le mot ye. L'enfant se désigne d'abord lui-même par son nom, comme une personne étrangère ; mais un peu plus tard il dit : je me souviens, j'ai rêvé, je suis content, et non pas : mon entendement se souvient , mon esprit a rêvé , ou mon âme est contente. Il se sert donc du langage qu'on regarde comme une innovation , avant d'employer la terminologie que l'on prend pour plus vulgaire et plus ancienne. Cette distinction du je et du il est la véritable ligne de démarcation entre les faits de Tordre psychologique et les faits de l'ordre physiologique et physique. Si nous disons quelquefois je en parlant de notre corps , comme dans ces phrases : je digère mal , je suis fatigué , il suffit d'un peu d'attention pour démêler ici les éléments confondus. L'estomac et la fonction qu'il accomplit ne font pas partie de la connaissance directe que j'ai de moi-même. Si je voulais m'exprimer convenablement, au lieu de dire . je digère mal, je devrais dire : j'éprouve une sensation désagréable , ou plus simplement encore :je souffre, et je localise ma souffrance dans un corps que pour cette raison j'appelle mien, et dans une

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certaine partie de ce corps où l'on me dit qu'il y a un estomac et qu'il s'opère un phénomène appelé digestion. Je souffre : voilà le fait psychologique , celui où l'observateur et l'observé sont un seul et même être; mon estomac digère mal : voilà le fait physiologique, celui où l'observateur et l'observé difTèrent , et où l'on n'emploie le motye que par extension et dans un sens inexact. De même cette phrase : je suis fatigué, devrait se traduire encore ainsi : je souffre et ^e localise ma peine dans les membres d'un certain corps que, pour cette raison, j'appelle mien.

Maintenant, si parmi les phénomènes dont nous disons bien légitimementye, nous comparons ceux qu'on nomme faits intellectuels avec ceux qu'on appelle faits sensibles ou affectifs , quel sera le caractère commun des premiers par opposition au caractère commun des seconds? Peutêtre trouverons-nous que tout fait dit intellectuel s'adresse à un objet qui est actuellement distinct du moi , ou qui l'a été , ou qui peut le devenir; tandis qu'un fait d'affectivité ne contient pas d'élément distinct du moi. Ainsi je perçois retendue sur laquelle mon bras s'appuie en ce moment , je me souviens des degrés que j'ai montés pour parvenir à cette salle ; j'imagine un triangle équilatéral, une mélodie nouvelle, je crois à la solidité future de ces murailles ; je conçois l'espace infini. L'étendue tangible, les degrés, la solidité de la muraille, l'espace illimité, sont des choses distinctes de moi. Le triangle et la mélodie , encore enveloppés dans mon imagination , peuvent se séparer de moi-même et se réaliser au dehors, si je possède des instruments qui répondent bien à mon intention. Mais quand je souffre ou

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quand je jouis, ni ma souffrance ni mon plaisir ne peuvent se détaclier de moi-môme. Dans tout fait intellectuel , il y a un dédoublement possible entre moi et l'objet qui moccupe; dans tout fait de sensibilité, le dédoublement est impossible. On dira peut-être que l'acte de percevoir, l'acte d'imaginer sont tout aussi inséparables de moi que le plaisir et la peine , et que si la perception et l'imagination ont un objet distinct de moi , la peine et le plaisir ont aussi leur objet externe. Nous répondrons que si nous rapportons notre plaisir ou notre peine à une cause extérieure , c'est à la condition que cette cause ait été connue, et alors le fait intellectuel a devancé le fait sensible. L'amour, la baine, la crainte, l'espérance et le désir qui s'appliquent à des objets distincts du moi , sont des plaisirs et des peines mêlés d'un fait intellectuel , et c'est ce dernier élément qui les rend susceptibles d'être dédoublés. Spurzheim a entrevu cette vérité , car il répète en plusieurs endroits de ses oiivrages que les sentiments sont aveugles, c'est-à-dire qu'ils attendent pour se développer que leur objet leur ait été révélé par les facultés intellectuelles (1) ; il lui aurait donc été facile de mettre en première ligne le caractère saillant qui sépare les faits intellectuels des faits aSectifs , et qui possède au moins l'avantage d'unir les premiers. Nous apercevons quelquefois en nous des éclairs de gaieté ou des nuages de tristesse dont nous avons oublié la cause. Le phénomène affeclif se présente alors dans sa véritable simplicité. Alors la tristesse , c'est le moi triste, et il serait impossible de donner un régime à cet adjectif la gaieté, c'est le moi heureux, sans qu'on puisse indiquer l'objet de ce bonheur. Au contraire , nous ne pouvons

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