‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 28 sur 115 · ET DIFFÉRENCE DE DEGRÉ · texte numérisé non relu

ET DIFFÉRENCE DE DEGRÉ

celte théorie : chacun peut observer que certains objets lui sont naturellement faciles à percevoir, à retenir et à combiner , et que d'autres , au contraire , se refusent à sa perception , à sa mémoire et à son imagination. Les mauvais peintres, les mauvais musiciens et les mauvais poètes ne sont pas toujours ceux qui apportent à leurs travaux le moins dattention , le moins de persévérance ni même le moins d'enthousiasme.

De leur côlé , les phrénologistes sont-ils bien fondés à ne diviser les facultés que par les objets auxquels ces facultés s'appliquent, et à ne regarder les fonctions différentes que comme des différences de degrés.

Pour le jugement et le raisonnement, ces opérations étaient déjà envisagées comme des combinaisons de la perception et de la mémoire par une philosophie antérieure à Spurzheim , par celle de Dugakl-Stewart (î). L'attention est regardée depuis longtemps par la philosophie française comme une combinaison de la volonté libre et de telle ou telle faculté intellectuelle (2i.

Il ne reste donc plus que la perception , la mémoire et l'imagination , sur lesquelles poisse s'établir le débat : sont-elles les degrés d'une môme faculté , ou des facultés différentes de nature ? Occupons-nous d'abord de la perception et de la mémoire , réservant l'imagination pour un examen ultérieur.

La perception et la mémoire ne sont pas toujours en proportion l'une de l'autre et elles s'exercent aussi l'une sans l'autre. Spurzheim nous en fournit des exemples

(1) Philos, de l'esprit hum., t. 3 de !a Irad. f.-., p. 33 ctsuiv.

(2) Voir les ouvrages de MM. Cousin et JouiTroy.

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nombreux : il a connu, dit-il , des vieillards qui avaient conservé la faculté de voir et de lire sans aucun secours artificiel , et qui , cependant , avaient perdu toute mémoire des objets qu'ils avaient vus auparavant (1). Ces vieillards percevaient encore et ils ne se souvenaient plus. Il nous parle de grands musiciens devenus sourds, qui continuaient de composer de la musique (2). Ces musiciens sa souvenràent de leurs compositions et même de celles qu'ils avaient autrefois entendues; ils avaient encore la mémoire musicale , quoiqu'ils eussent perdu la perception correspondante. Il faut donc reconnaître ici des facultés difTérentes de nature ou effacer toutes les règles d'après lesquelles on détermine l'existence des propriétés en physique et des facultés en psychologie, règles qui ont clé proclamées par Ja phrénologic elle-même.

Les phréoTriogislcs nous diront-ils qu'ils ont la preuve expérimentale que la perception et la mémoire appartiennent au même organe? En supposant cette assertion légitime, et nous la contesterons plus loin, par des passages de leurs écrits , nous leur répondrions que cet organe serait le siège de deux facultés et non pas d'une seule; qu'une circonvolution du cerveau indépendamment des facultés psychologiques qu'on lui prèle , possède aussi des propriétés physiques, qu'elle est résistante, pesante, revêtue dune certaine couleur, douée d'une certaine température , d'une saveur et d'une odeur particulières ; que si vous ne dites pas que la couleur soit un degré de la température , ni la température un degré de la résis-

(1) Obier,'. , p. 11.

(2) Ih., p 2or..

LT DU TKRENCE DK DECliÉ. 8?

tance , on ne voit pas pourquoi vous diriez que la mémoire est un degré de ia perceplion. Si vous prétendez que ceiui qui perçoit sans se souvenir et que celui qui se souvient sans percevoir sont doués de la môme faculté à des degrés divers , pourquoi les philosophes ne prétendraient-ils pas que ceux qui reîiennent les noms sans les figures ou les ligures sans les noms, ont des degrés difierents d'une seule et même faculté quils appelleront la mémoire. Cette grande innovation dans la division de rintelîigence ne couvre donc comme tant dautres quun changement de nom. On est d'accord sur les faits de part et d autre, on reconnaît que le même individu n"a pas toujours le pouvoir daccomplir des opérations intellectuelles diiTérentcs sur des objets de la même espèce , ou une seule de ces opérations sur des objets d'espèces difiërentes; seulement les uns emploient le mot degrés là OÙ les autres appliquent celui de /acuités j il n y a donc pas dun côté une si grave erreur ni de l'autre une si lumineuse découverte.

iMais maintenant quel sera le plus légitime des deux langages? Il n'est pas en elTet sans importance pour une théorie scieutiilque de distinguer les différences de nature d'avec les difi'érences de degrés. En physique , tous les phénom^ènes qui se séparent dans rexpérience ou qui ne sont pas en proportion les uns des autres sont considérés comme devant être rapportés à des propriétés différentes de nature. On en compte les degrés par des étendues et des durées. Ainsi , le mouvement est mesuré par l'espace et le temps dont le rapport fait apprécier l'intensité de la force motrice ; le poids est comparé à des unités de volume et par conséquent de grandeur ; îa ténacité, la dureté, rélasticité, etc.. . à des poids,

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c'est-à-dire à des volumes et par conséquent à dos grandeurs ; la chaleur et Ihumidité s'apprécient à Taidc de la dilatation et de la contraction, c'est-à-dire de l'augmentation et de la diminution de grandeur. L'électricité se juge par des instruments qui se réduisent tous au mouvement d'un indicateur , et en conséquence , encore à un espace parcouru. Kous n'insisterons pas sur ce fait psychologique remarquable, que les seules quantités et par conséquent les seuls degrés que l'homme mesure exac (.ornent en physique , ce sont des étendues visibles ou tangibles et des durées , puisqu'on ramène à ces deux unités de mesure toutes les autres quantités soumises à l'exploration , nous ferons seulement remarquer que sur l'écheHe des mesures physiques , le degré supérieur n'est atteint qu'après que les degrés inférieurs ont été franchis ; de sorte qu'ils indiquent véritablement l'intensité d'une seule et même propriété.

En psychologie, la marche doit être la même. Ainsi posons cette question : La mémoire étant dinerente d'un individu à un autre, la diiTérence est-elle de nature ou de degré? Si, par exemple , la mémoire des formes est un degré qu'il faille avoir franchi pour arriver à la mémoire des noms ou uice uersd , la diOërence sera de degré ; mais si aucune de ces deux mémoires n'implique l'autre , la diiTérence sera de nature. La seconde de ces suppositions est la véritable. Voici maintenant comment s'établira la dinérencc de degrés: Si je ne reconnais que les figures qui me sont familières , et qu'il \ous suffise d'apercevoir le visage d'un passant pour le reconnaître, nous posséderons l'un et l'autre la môme mémoire à des degrés dinérenls ; votre mémoire implique la mienne. La mémoire des formes et la mémoire des noms seront donc

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deux mémoires dinorentes do nature , et les degrés de chacune d'elles se marqueront par le nombre d'objets de la même espèce auxquels leur portée s'étendra.

Mais, sur ce pied, si les philosophes renoncent à Tunité de la mémoire , comme à limité de la perception , il faut que, de leur côté , iss phréiîologistes abandonnent liudivisibiîité des facultés du coloris, du nombre , de la coniiguralion , etc.... Car si le souvenir n était qu'un degré supérieur de la perception , la mémoire consisterait à mieux percevoir ou à percevoir plus de choses , mais non à se les représenter en leur absence ; la différence est ici de nature et non pas de degré.

La philosophie a donc raison de regarder la perception et la mémoire comme des facultés différentes de nature , mais elle a tort de ne pas les sous-diviser en autant de facultés particulières qu'elles ont d'applications séparées , et , de son côté, la phrénologie n'est pas fondée à n^envisager la perception et la mémoire que comme des degrés ou des modes d'une seule et môme faculté , parce que la perception ne contient pas la mémoire , et que la mémoire n'est pas un redoublement de perception.

Après avoir établi que la perception est le premier degré d'activité de toutes les facultés intellectuelles , la phrénologie classe cependant ces facultés en trois genres qu elle appelle : 1" sens extérieurs ; T facultés perceptives ; 3° facultés réflectives(l). Mais si les sens extérieurs et les facultés réflectivesont, comme toutes lesautres,ïa perception pour premier degré d'activité, comment se distinguerontelles des facultés dites perceptives? De plus, quel est le sens précis des termes : facultés rétlectives ? « Les facultés inlQi- ^

(1) Spurzheini, Manuel, p. IIL

yO DUlÉRiiNCE Dîi iS\TURE ETC- ,

» lectuelles qui précèdent, dit Spiirzheim, connaissent ; )) celles dont je vais parler réSéchissent (1 ). « Spiirzboiin vcut-ll dire par-ià quQ les faciîUés réûeclives ne font que revenirsuriesproduils des facnUêsprécôdeaîes, et les combiner entre eux? Mais il attribue à Tune des facultés réfiectives 4'idée de cause , qui est une idée toute spéciale , et qu^ n"a figuré dans les données d'aucune des facultés précédentes. Ce c'est donc pas la réflexion ou le retour sur les facultés preinières qui a pu dégager Tidée de cause , et si cette idée est un produit original , pourquoi Tattribuer à une faculté dite réflective ?

La division des facultés inteîlectuelies n'est donc pas plus satisfaisante chez les pbrénologistes que la division générale des facultés.

11 est plus facile d'indiquer les défauts d'une classification que d'en proposer une qui soit irréprochable. Les objets ont des asp^is divers; une classe ne tient compte des uns qu'en sacrifiant les autres , et elle confond des éléments que , soiis certains rapports , il faudrait séparer ; toute classification est donc destinée à céder la place à une autre, suivant les points de vue que choisiront les observateurs. Peut-être serait-il bon d'adopter une distribution qui rapprocherait les facultés par la nature môme de l'acte intellectuel , et de les ranger ainsi :

1" Facultés de connaissmice ou de certitude : Perceptions extérieures ; Pacuîtèmorale ; Conception de Tinlini ;

2" Facultés de rmre croyance : Induction ; Faculté interprétative.

3» Facultés de représentation mentale : Les di- • Verses espèces de mémoire et d'imagination.

(I) Obs., p. 309

DE LA CONSCIENCE. Ol

Mais pour lu tliscassion que je me propose , il conviendra mieux de s'en tenir à une sous-divisioo qui me permettra de suivre plus commodément et de plus près tous les pas de mes adversaires.

Je distribuerai ainsi les facultés intellectuelles :

1° Facultés expérimentales ou cV observation , 2" facultés de mémoire ; 3° /"acuités d'imagination; k° facultés de jaisofi.

Les premières nous donnent l'idée d'un fait actuel ; les secondes nous représentent des objets absents, mais antérieurement fournis par l'expérience ; les objets des troisièmes ne sont ni présents, ni conformes à l'expérience ; les quatrièmes nous fournissent nos règles de conduite et les principes de spéculation qui dépassent Tobservation actuelle.

Nous traiterons d'abord du mode de toutes les facultés de l'âme, mode qui , réflécbi dans la mémoire, consiilue la connaissance de nous-mêmes.

S 2. De la coi!S:ience, mode de toutes ies facuilcs.

On dit ordinairement, eu psychologie, que la conscience est une faculté qui nous fait conuaître les actes et les états du moi. Mais est-on bien fondé à faire ici deux parts et à mettre dun côté l'acte ou létat du moi , et de lautre la connaissance de cet acte ou de cet état? JNoublions pas les deux, conditions que la méthode psychologique prescrit à la déterniiriallon des facultés : 1" deux phénomènes sont- ils séparés dans rexpêriencc? 2" deux phénomènes inséparables soat-Hs

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