‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 30 sur 115 · MODE DE TOUTES LES FACULTÉS · texte numérisé non relu

MODE DE TOUTES LES FACULTÉS

peu connu on France. « Il ne faul pas, dit ce philc- » sophe , regarder rinteîiigencc , la sensibilité , la vo- » lonlê comme des objets de connaissance pour une » faculté distincte de ces facilités elles-mêmes ; mais » comme des manières dont le moi s'apparaît à lui- » même ; ce sont des modes de conscience et non pas » des objets de la conscience (î). » Ce que nous avons dit de la seiislbilitc peut se répéter de l'inteiligence , de la volonté et de toutes les manières d'être du liioi • être pour le moi et se savoir c'est la môme cliosc; et c'est justement ce caractère qui distingue le moi du jion-moi. Le non-moi peut exister sans le savoir; le mot je exprime un être et un savoir indivisible ; c'est-àdire un être qui est en même temps le savoir de son être. On nous parait donc commettre une erreur, lorsquon ne fait pas de la conscience un attribut inséparable de toute manifestation du moi , et qu'on admet des sentiments et des facultés intellectuelles qui n'auraient pas la connaissance d'elles-mêmes , c'est-à-dire des sentinienls qui pourraient nêtre pas sentis et des connaissances qui pourraient nous demeurer inaperçues au moment même où nous les acquérons.

Je ne me dissimule pas que cette thèse est sujcîle à de graves objections, et voici comment on pourrait les formuler :

« A ne considérer que l'un des deux criieria de la distinction des phénomènes^ la coîiscienco ne serait pas une faculté spéciale , car elle est inséparable de tous les actes du moi ; mais deux phénomènes peuvent s'ac-

(1) Lectures on the philosophf of (lie huinaii mind , bj Thomas Bl'OWii , 2 Mit., t. II, p. 225.

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compagner sans être toujours en proportion l'un de l'autre, et ce second critérium suffît pour qu'on les rapporte à des causes dilîérentes. Kos mouvements , par exemple , ne proportionnent pas toujours leur degré d énergie , de célérité , ou de délicatesse à la conscience que nous en avons. Au contraire , les mouvements auxquels nous sommes rompus par l'habitude , et que nous exécutons le mieux, sont ceux dont la conscience est si peu claire , quen les produisant nous nous en apercevons à peine. Quant à l'afTectivité, ce ne sont pas les hommes les plus sensibles qui raisonnent le mieux sur la sensibilité; ce n'est pas le plus amoureux qui donne la meilleure analyse de l'amour. Celui qui fait le plus usage de la volonté n'en a peut-être Jamais remarqué le développement ; et , pour prendre un seul exemple relatif aux facultés intellectuelles : croire est un acte intellectuel, qui,.^ distingue du savoir, ou de la certîLude. Or , avoir la conscience dune croyance , ou savoir que l'on croit , c'est avoir une ceniuide relativement à l'existence dune simple croyance. Il semble impossible de ne pas apercevoir ici le dédoublement de la conscience et de l'acte intellectuel qui s'y réfléchit. »

A ce raisonnement nous opposerions la réponse suivante :

Si nous comprenons diîïicilement que le moi puisse agir sans savoir qu'il agit , et que la conscience se sépare des actes du moi , il n'en est pas de môine à l'égard de 1 alteniion qu'il prêle à ces actes , et du souvenir qu'il en conserve. Les actes que pous accomplissons avec peine fixent noîre attention, et nous en gardons la mémoire; ceux oui ne coûtent pas d'effort ne sont

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pas remarqués et soiîbîient aussitôt qu'ils sont accomplis. De là cette diiTérence entre ce que nous appelons la conscience de nos mouvements volontaires, et celle des mouvements instinctifs ou habituels. La différence n" est pas ici dans la conscience , mais dans l'attention et la mémoire. La môme distinction expliquera pourquoi le plus amoureux ne sera pas toujours le plus habile peintre de l'amour : c'est quil sera plus occupé de l'objet aimé que de la façon dont il l'aime. Quant à la dernière objection , qui est la plus spécieuse, il ne suffît pas que deux faits soient diîTérents pour qu'on les rapporte à deux causes différentes, il faut que ces deux faits se séparent ou qu'ils ne soient pas en proportion l'un de l'autre. Ain?!, quoi de plus différent que l'ascension du ballon et la chute des corps? et cependant , comme le ballon ne monte qu'en même temps que l'air descend , et que la rapidité de l'ascension est propcrlionnelle à la rapidité de la cbnie, on rapporte les deux phénomènes à la même cause. Les notes de îa gamme dilTèrent entre elles , et cependant comme celui qui entend l'une ne peut pas ne pas entendre les autres lorsqu'elles sont produites, l'audition en est attribuée à une seule et même faculté.

De môme , nous reconnaissons îa difierencc qui existe entre une croyance et le savoir de cette croyance; mais s'il est impossible que je croie sans savoir que je crois , bien que je puisse ne pas faire attention à cette croyance, et l'oublier sitôt que l'acte est accompli, il faut regarder la conscience comme un mode des aiitres facultés plutôt que comme une fai'uilé spéciaie. JNous jugeroris autrement do la mémoire des .faiLs pr.ycîjolo-

M iriKMIKRK rniTIOCR DE L'KVF.NTUALIT^. ET DE L\ COMPAnMSON.

piques, rt nous donnerons les motifs qui nous la font regarder comme une espèce particulière de mémoire.

r 3. Prcmiùre critique àehf'icuUè d'AentualiU, et de lafactiln'de comparaison.

Les plirùnoloplslos admolleiit , comme les philosophes, une porcoplion spéciale des fails du moi ; mais nous n avons pas seulement à leur reprocher davoir coupé en deux liDdivisible , nous les accuserons d "avoir allril)ué celle perception à deux facullés dilTéreules : 1" à la facullé (juils appellent EvciiiiialiLc ; 2" à celle quils nomment Comparaison .

u II me semble , dit SpurzlKJin en parlant de la pre- » mière , que celle faculté sait tout ce qui a lieu en nous » avec connaissance : les fonctions organiques , les ac- » lions des peuchanls, des sentiments, des sens exté-

» rieurs , et des facullés perceptives (1) Celte faculté,

» ajoule-t-il, à propos tW. la seconde, compare les actions ,) des autres facullés, connaît leur diflérence , leur si- » mililude ou leur identité (2). » Or, ajoutez à la connaissance des fails externes , connaissance qui résulte, scicm nous, de leur existence même, la mémoire de ces faits , et lespril ne pourra mancfuer de connaître les rapports de ces fails cnlre eux , d(; même que la vue et la mémoire des choses visibles suiïîscnt pour nous en faire connaître les ressemblances' et les diflérences. J'accorde que la perception des rapports est involontaire, et que lacomj>araison est une recherche volontaire des rapports.

(I) OLi. sur la jjlirùi.,[) ii'Jj.

(8, /'jid., p. 3:o.

sf.:ns extérieurs. 9T

Mais la difTi^roncc consiste ici dans Tabscnce ou la présence (le la volonlé. l/inl(>rvention de la volonté fortifie laclion de la lacultê intellectuelle, mais n'en produit pas une autre. Tout le monde sait la difl'érence qui existe entre voir e( reijardcr ; mais personne n'est tenté de faire de la ^ue et du rei^ard deux facultés distinctes ; on reconnaît seulement que, dans la vue, la volonlé est absente, tandis qu'elle est toujours présente dans le regard. Le regard , c'est la volonté jointe à la vue : regarder c'est vouloir voir ; comme écouter c'est joindre la volonté à l'ouïe, c'est vouloir entendre. 11 en est de même de la perception des rapports et de la comparaison. La comparaison n'est que l'addition de la volonté à la perception et à la mémoire. Comparer c'est vouloir percevoir des rapports. Spurzheim a donc tort de considérer la comparaison comme une faculté intellectuelle spéciale ; et nous aurons l'occasion de compléter plus tard cette démonstration. Au surplus , il n'appuie d'aucune preuve organique l'asserlion que la faculté de conscience appartient soit à l'organe de ré\>entiiaUté, soit à celui de la comparaison. Il ne montre pas que les hommes dont le cerveau présente moins de volume à cet endroit aient moins la conscience d'eux-mêmes que le reste de l'espèce humaine. Il n'a donc réfuté ni les phrénologistes, qui prétendent que la conscience appartient à tous les organes , ni les philosophes , qui pensent qu'elle ne dépend d'aucun instrument matériel.

S i. Sens extérieurs on pcrceplioiis eutcrnes.

Nous passons maintenant aux perceptions d'objets

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