‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 42 sur 115 · S FACULTÉ INTERPRÉTATIVE · texte numérisé non relu

S FACULTÉ INTERPRÉTATIVE

qu'il s'était arrêté à ces dernières comme à des instruments plus commodes. De ce que le raisonnement nous conduit quelquefois au même but que la nature , on a souvent conclu que l'inspiraticn naturelle n'existait pas. Mais sur ce pied , ou pourrait aussi révoquer en doute l'existence de lappétit. Notre corps ayant besoin de nourriture pour se soutenir, le raisonnement pourrait nous faire prendre le parti de lui donner des aliments à certaines époques périodiques ; mais la nature n'en a pas moins pris la précaution de nous faire sentir, à certains moments du jour , un vif besoin de nourriture et une forte impulsion à la chercher. Elle nous mène ainsi plus sûrement et plus promptement au but qu'elle se propose, et nous serions bien malheureux si ce but était justement l'opposé de celui auquel nous conduirait le raisonnement.

Dans toutes les institutions qui sont réellement humaines,une nation parcourt différents degrés aux diverses époques de son existence , et les nations marchant dans ce progrès d'une vitesse inégale , se trouvent à de grandes distances les unes des autres. Pour récriture , par exemple , il y a un temps où une nation n'écrit pas , un autre où elle peint , un autre où elle abrège les peintures. Plus tard le signe écrit représente l'idée ; plus tard encore il représente le mot tout entier ; puis dans un temps plus avancé la syllabe , et enfin il dissout la syllabe et arrive à la lettre. Ainsi , tandis que nous sommes parvenus à ce dernier progrés, les Chinois ont encore autant de signes écrits que d« mots. A l'égard des méthodes de numération les différences sont les mêmes : parmi les peuples, les uns comptent ayee des planchettes, les autres avec des nœuds,

FACULTÉ INTERPRÉTATIVE. Ii9

les troisièmes , comme les Romains , avec des lettres d'un embarrassant attirail; les quatrièmes , comme les Arabes, avec des signes abrégés qui ont une valeur par euxmêmes et par la place quïls occupent.

Si les peuples avaient hésité dans le choix des moyens de communication, et qu'ils eussent essayé les différents procédés qu'on leur prête, les uns s'exprimeraient avec de petites figures de bois, les autres avec des pièces détoffes diversement colorées , ceux-ci en frappant sur des corps de différents timbres , ceux-là en mariant les couleurs , d'autres encore par les intonations musicales. Or tous les peuples, même les plus barbares, se servent des articulations.

Ce ne peut être le raisonnement qui les ait conduits a ce choix, et qui leur ait fait varier les articulations suivant toutes les délicatesses de la pensée et du sentiment. Les peuples qui sont encore dans la plus profonde barbarie, qui n'ont fait usage du raisonnement dans aucune des branches auxquelles le raisonnement s'applique, qui ne l'ont employé à l'améhoration ni de leur nourriture, ni de leur vêtement, ni de leur habitation , ces peuples ont des langues admirables. Celles des Berbères , des Wolofs , des Chirokees offrent une complication et une richesse qui manquent à la nôtre. Nous avons tout à leur apprendre sous le rapport des arts de raisonnement , rien sous le rapport du langage.

Si l'on disait que ces populations sont les débris dun grand peuple autrefois ilorissant dont les monuments se retrouvent de jour en jour , et qu'ainsi la langue est

150 FACULTÉ INTERPRÉTATIYE.

chez elles une tradition ; nous demanderions comment ces peuples auraient conservé l'art merveilleux de la parole, eux qui auraient laissé perdre l'art plus simple de peindre ou de sculpter, l'art plus grossier de tisser ou de bâtir, et qui n'auraient gardé enfin aucune trace du plus facile des arts mécaniques.

Il est donc probablement naturel à l'homme de se servir des articulations en les interprétant, c'est-à-dire de les prendre pour signes. L'inspiration naturelle vat-elle jusqu'à faire attacher certaines articulations précises à certaines pensées? N'expliquerait-on pas ainsi la communauté de radicaux que l'on découvre peu à peu entre toutes les langues? Une fois reconnu qu'il serait inspiré à Thomme d'attacher l'idée de signe à l'emploi de l'articulation, l'imitation du son naturel des objets donnerait déjà l'origine d'un assez grand nombre de ces articulations. Secondement , sous rinflueuce de telle ou telle impression, soit de joie, de tristesse, d'amour, de haine , d'effroi ou d'admiration , le corps et principalement l'organe vocal prennent une disposition particulière : le souffle poussé dans l'organe doit produire alors un son particulier, comme jouir, gai, gaieté, suave, doux , peur , poids , frémir , froid , horreur ; ce qui donnerait l'origine d'une classe de radicaux non moins nombreuse que la première. La diversité des désinences s'expliquerait par la diversité de l'organe vocal et de l'organe auditif, qui différent de race à race, et qui pourraient être considérés comme ayant influé sur les radicaux eux-mêmes , si l'on arrivait à découvrir définitivement des langues irréductibles les unes aux autres.

Page 1