THÉORIE PHRÉNOLOGIQDE DU LANGAGE
les gestes et les sons articulés se trouvent-ils seuls d'un usage universel ? Ces deux derniers moyens sont, ditesvous, les plus commodes ; mais montrez-nous que tous les peuples ont réglé tous leurs autres usages sur le pied de la plus grande commodité? Montrez-nous que les barbares ont trouvé la manière la plus commode de se velir, de se loger et de se nourrir? Pour communiquer avec les personnes absentes, les gestes et les sons ne servent plus de rien; les signes écrits sont alors les plus commodes : pourquoi donc tous les peuples n'emploienl-ils pas l'écriture ? Vous avez distingué vousmême un langage naturel et un langage artificiel ; mais si vous placez les gestes dans le second , que resterat-il au premier ? Peut-être parlez-vous des gestes de convention et des alphabets manuels , inventés par les instituteurs des sourds-muets ? Ces derniers signes sont en effet arbitraires , artificiels ; mais aussi ne sont-ils pas le fruit d'une faculté spéciale naturelle ; on en connaît l'inventeur , et les sourds-muets les abandonnent promptement pour revenir entre eux au véritable langage de la nature.
Les hommes étant mis en possession d'une faculté interprétative , cette faculté doit s'appliquer à certains phénomènes extérieurs prédestinés. Elle fournit l'idée spéciale de signe, et nous met en mesure de nous comprendre les uns les autres. Nous pouvons alors convenir entre nous de nouveaux moyens de communication, établir de nouveaux signes, comme l'écriture, la télégraphie ; si un peuple a dans l'imagination un peu de poésie et de grâce , il invente comme en Orient le
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langage des fleurs ; si son esprit est plus porté à l'abstraction, il arrive à Talgèbre. Mais ces inventions qui proviennent du raisonnement et de la réflexion, sont successives et coïncident avec d'autres découvertes. La réflexion et «le raisonnement ne sont pas des facultés spéciales; elles ne sont que l'activité prolongée de Jtoutes les facultés de l'esprit, et leur application est générale: ainsi Finvention de récriture coïncide avec celle de la navigation ; Finvention de Timprimerie avec celle des postes; l'invention de la télégraphie avec celle de la machine à vapeur. Montrez-nous les inventions qui ont coïncidé, chez les sauvages de l'Amérique , avec celle des gestes et du langage articulé.
De tout cela nous concluons : i" que l'écriture , l'algèbre, etc , sont bien des inventions humaines, des signes conventionnels, et qu'il ne faut pas les regarder comme le produit d'une fruité particulière; 2° que la vraie faculté du langage détermine l'emploi et l'intelligence de certains phénomènes, qui sont les vrais signes naturels , et que parmi ces signes, il faut compter le jeu de la physionomie , les gestes et aussi les articulations.
Le docteur allemand ne paraît pas avoir bien saisi théoriquement la limite où s'arrête le langage naturel et où commence le langage de convention, et c'est pour cela qu'il a rapporté à la faculté du langage l'écriture , l'algèbre , etc. Mais s'il eût fait attention aux exemples organologiques sur lesquels s'appuie sa théorie , il aurait vu que ces exemples concernent tous l'emploi de l'articulation ; qu'en conséquence il devait la distinguer des autres moyens de communication , et ne pas la regarder