‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 58 sur 115 · DE MÉMOIRES · texte numérisé non relu

DE MÉMOIRES

deurs et des formes tangibles. Spurzheim ne s'est pas assuré si cet habitant de Londres qui ne distinguait pas l'étendue de couleur réfléchie par l'église Saint-Paul, de celles que réfléchissaient les maisons voisines (1), n'aurait pas très-bien distingué et par conséquent retenu l'étendue tangible de ces bâtiments. Les peintres et les sculpteurs qui se représentent les traits des modèles antiques explorés par leurs yeux , n'en garderaient peut-être pas un aussi fidèle souvenir, s'ils les connaissaient seulement par le toucher, comme le sculpteur aveugle dont nous trouvons l'histoire dans les Nouvelles de la république des Lettres (1).

La perception de l'étendue et de la forme est toujours liée à celle de la couleur ou à celle du tangible ; de même le souvenir de la forme et de l'étendue est lié, soit au souvenir d'une couleur, soit au souvenir d'une surface tangible. Spurzheim cite l'exemple de quelques personnes qui ne distinguent plus le rouge d'avec le vert, ou le vert d'avec le brun, et qui continuent de distinguer les étendues et les formes des couleurs, dont ils n'apprécient plus exactement la nuance. Elles possèdent donc encore la mémoire des étendues descouleurs ; est-ce une raison pour qu elles jouissent au même degré de la mémoire des étendues tangibles ?

A toute perception spéciale doit correspondre une mémoire spéciale, et nous avons droit de réclamer une mémoire du toucher comme une mémoire de la vue. Si la seconde, qui se sous-divise en mémoire des couleurs, de leur étendue et de leur forme, appartient aux or-

(1) Yoy. 3« part., ch. l"', « y.

(î) Octobre 1085,

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gancs marqués par Spiirzheim , il faut faire des sousdivisions seml)lables dans la mémoire du toucher, et Tanalof^ie demande qu'on en cherche le siège dans le voisinage de l'autre. Peut-être le trouvera-t-on dans Torgane attribué par le docteur allemand à son inutile et singulière faculté de X individualité . L'une des fonctions qu'il prèle à cette dernière est de nous révéler le monde externe, fonction, dit-il, que les philosophes attribuent au toucher. Les philosophes et les phrénologîsles seraient ici d'accord pour le fond. Le tangible n'est sans doute pas la seule chose que nous distinguions d'avec nous-mêmes, ainsi que nous avons essayé de le prouver(i ), mais c'est au moins celle dont l'objectivité nous frappe le plus. Il serait facile de montrer que le tangible est la base de ce que tous les hommes appellent matière, et l'élément principal de ce que les philosophes appellent le jion-îuoi. L'organe de ï individualité, réduit au rôle d'organe de la mémoire du toucher, serait encore le princi])al instrument de la distinction de l'objectif et du subjectif. Nous avons vu que sous le nom de faculté perceptive du poids et de la résistance, Spurzheim avait reconnu la mémoire de la force motrice. Gall et Spurzheim ont mentionné la mémoire de l'intonation dans le sens des tons (2), ou la. faculté de la mélodie (3) , et la mémoire verbale dans la faculté du langage (4). Comme ils ont reconnu une mémoire spéciale du coloris, abstraction faite de l'étendue et de la forme de la couleur, ils auraient pu re-

(1) Voy. S'' part., cli. I", 5 0.

(2) r.all, ylnat., etc., t. i, p. 108-10.

(3) Simrzhcirn, yî/rt;)«<'/, pfiO,

(4) GalJ, Ânnt,; t. 4, p. 08 et suiv. Spurzheim, ois., p. 209, '

DE MÉMOIRES. lïO

connaître aussi une mémoire spéciale du timbre, caractère que nous avons délini plus haut (1), et une mémoire spéciale de la localité du son; car apprécier cette localité, comme le faisait l'aveugle Shœuberger (2) , n'est pas apprécier celle des couleurs, ou celle des objets tangibles.

Lespbrénologistes n'ont pas reconnu de mémoiresspéciales pour la température , Todeur et la saveur ; mais si les perceptions simples des couleurs et des sons appartiennent aux organes des sens extérieurs et les souvenirs de ces phénomènes aux organes cérébraux (3) , n est-on pas en droit de faire une distinction du même genre entre la perception simple de la température, de l'odeur et de la saveur, et l'appréciation relative , et par conséquent la mémoire de ces phénomènes? Si tous les hommes ne sont pas également bons juges des grandeurs , et s'il faut pour saisir ces rapports une mémoire particulière, quelques personnes surpassent de beaucoup toutes les autres par l'appréciation coniMaralive des degrés de la température ou des nuances de l'odeur, ou de la saveur. La phrénologie aurait donc dû chercher des organes pour ces mémoires particulières, et peut-être aurait-elle trouvé la mémoire de la température près des autres mémoires du toucher et celle de l'odeur et de la saveur dans les nombreuses circonvolutions qu'elle consacre à l'instinct de l'alimentation (4), puisque, de son aveu, les animaux choisissent leur nourriture à l'aide de l'odorat et du goût (5).

(1) roj. 3'- part.,ch. I", S 8.

(2) Spurzheim, Oi^-., p. 231.

(3) Voj. 3P part., ch. I", § 9.

(4) Spurzheim, Manuel, p. 20-7.

(5) Spurzheim, Obs., p. 343.

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