IMAGINATION COLORISTE, ETC
illégitime indiicUon. La passion égare aussi notre induction , et nous fait supposer , dans l'objet aimé ou dans l'objet redouté , des charmes ou des périls que la langue appelle encore imaginaires.
La diiîérence qui existe entre l'induction et l'imagination créatrice , c'est que la première prend ses données dans l'expérience et ne fait que les transporter ailleurs , tandis que la seconde conçoit un objet ou une série d'objets que la mémoire ne lui a pas fournie.
Mais s'il peut y avoir une imagination créatrice dans la musique , le dessein et la peinture , ce n'est pas une raison pour qu'elle y apparaisse toujours ; la plupart du temps au contraire , ceux qui cultivent les beaux-arts , se contentent des combinaisons de l'expérience et de l'induction.
Quant à la poésie et à l'éloquence , elles ne relèvent pas d'une faculté spéciale d'imagination. Ce qu'on appelle invention dans l'éloquence n'est que le choix des preuves , et ces preuves sont des déductions ou des inductions. Dans la poésie , la partie humaine de la fable est une combinaison des événements humains. S'il nous est donné de concevoir des intonations, des lignes et des couleurs non perçues , ou de nous les représenter spontanément dans un ordre différent de celui des perceptions , il ne nous est pas possible de concevoir un seul fait humain original ; et nous concevons les faits de ce genre suivant la loi de l'association des idées, c'està-dire dans l'ordre de nos perceptions. Pour les combiner, il faut que nous choisissions dans la série de nos souvenirs. Quant au coté merveilleux de la fable poétique, il nous présente , ou des objets inanimés que le poëte a doués de volonté, d'intelligence et de passion , ce qui