SDR LA FACULTÉ MORALE. 2S
» du devoiren général ; la faim peut être satisfaite par mille )) aliments diirérents(l).i) La faim n'en indique pas moins le choix d'un ou de plusieurs alimens déterminés ; il ne vous est pas loisible de convenir que telle et telle chose sera un aliment, et de le faire consacrer comme tel par la faim ; votre comparaison tourne donc contre vous. La faim vous prescrit tels et tels aliments, et le sens moral vous prescrit tels et tels actes déterminés par lui-même; vous l'avez senti, lorsque vous dites plus loin : « A tra- » vers l'instabilité des opinions, il y a une infinité de )) choses qui sont généralement reconnues comme justes, » où injustes, et qui , même avant la naissance des lois , )) impriment à la morale un caractère uniforme et im- )) muable(2). »
Spurzheim dit aussi comme son maître : « Le senti- » ment du juste ne détermine pas la justice ; ce senti- )) ment se combine avec les autres facultés, et fait envi- » sager leurs actions comme des devoirs ; voilà pourquoi )) la justice de l'un n'est pas la justice de l'autre ; si le )) sentiment du juste s'unit en nous à la bienveillance , » notre justice ne sera pas la même que s'il s'unit à la- » mour de la propriété (3). »
Cela veut dire que, dans le premier cas, nous regarderons la bienveillance comme obligatoire , et que dans l'autre nous donnerons le caractère de l'obligation à l'amour de la propriété. « En effet , continue l'auteur, il y aune » conscience absolue ou générale, et une conscience rela- » tive ou individuelle ; la première se forme par la com- » binaison du sentiment de la justice avec les facultés
(1) Jnnt , t. 4, p. 206.
(2) Ihid , p. 207.
C3) Obiérvatienf, p, 201, %i Manuel, p. 47.
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» propres à l'homme , la seconde par la combinaison de » cesentimentavec telle ou tellefacultc prédominaate(l). »
Nous demandons quelle serait l'utilité d'une conscience qui ne donnerait aucune indication par elle-même , qui apporterait seulement une sanction ou un caractère obligatoire à la faculté qui prédominerait en nous, consacrant, suivant la circonstance, les facultés propres à Thomme , ou celles que nous partageons avec les animaux, indifférente aux unes comme aux autres, ne se décidant que suivant la force native de chacune d'elles. S'il existe une conscience, il faut qu'elle fasse son choix entre telle ou telle de nos facultés , qu'elle préfère l'une à Tautre, et qu'elle ne se borne pas à fournir une idée Inappliquée du bien , pouvant s'adapter à toute action suivant nos autres dispositions innées. Spurzheim a raison de faire observer « que la conscience n'a pas la » même activité chez tous les hommes, qu'elle est si faible )) chez quelques-uns , qu'ils se glorilient des crimes les )) plus énormes (2) ; » mais c'est justement parce que la conscience leur manque , et non parce qu'elle s'allie chez eux aux penchants animaux. Dans ce dernier cas, ils se seraient crus obligés aux forfaits qu'ils ont commis, et ils éprouveraient des remords pour tous ceux qu'ils n'auraient pu commettre.
Il ne faut donc pas dire que « la conscience fait envisager » les actions en général sous le point de vue du devoir ou » de l'obligation (3), » mais qu'elle choisit certaines actions auxquelles elle donne ce caractère. Spurzheim a
(1) Obs., p. 201.
(2) Obs., p. 203.
(3) Manuel, p. 47.