SUR LA FACDLTÉ MORALE
entrevu, comme Gall, quelques parties de cette vérité. « Mon intention, dit-il, est de soutenir seulement qu'il y » a un sentiment particulier du juste et de l'injuste, ou )) une conscience, mais qu'elle peut manquer chez quel- ))ques-uns, et que ceux-ci ne sont pas déterminés par » des remords à combattre leurs penchants inférieurs (1 ) . »
D'après ces termes, le rôle de la conscience serait donc de combattre les penchants inférieurs, et de recommander l'action des penchants supérieurs, par conséquent de faire entre nos penchants un choix , qui seul rendrait possible la qualification qu'on leur donne de supérieurs et d'inférieurs. Spurzheim dit encore : « Certaines fa- )) cultes devraient être directrices (2) ;... l'homme a beau- » coup de facultés qui lui sont communes avec les ani- » maux, c'est pourquoi, de tout temps , on a reconnu sa «double nature, l'esprit et la chair (3).,. Il me semble » que l'homme doit l'emporter sur la bête;... tout ce qui » s'accorde avec [ensemble des facultés propres à Ihomme » est bien, tout ce qui n'y est pas conforme est mal. »
Ces observations sont très-justes ; mais à quelles sources l'auteur les a-t-il puisées ? Comment n a-t-il pas vu qu'il suivait ici les déclarations précises de la conscience, déclarations reconnues même par ceux qui n'y conforment pas leur conduite, excepté par le petit nombre de ceux qui sont privés de la conscience morale, et qu'on peut ranger sous ce rapport dans la classe des aliénés.
Enfin, pour montrer que le sentiment du juste diffère du sentiment religieux, Spurzheim observe que -< le code )) sacré des chrétiens n'abolit pas la faculté naturelle....
(1) Obs., p. 205.
(2) Ibid, p. 342.
(3) Ibid, p.- Ui.
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» et qu a l'exemple des philosophes, ce code définit la » vertu : la victoire de- facultés supérieures sur les fa- •n cultes inférieures. » Nous ne voyons plus ici trace de cette fausse théorie qui fait de la conscience la complaisante de la passion qui nous domine , une sorte de blanc-seing passible de toute déclaration , de cheval prêt pour tout cavalier ou de selle propre à tout cheval.
Quanta la question organologlque , je comprends bien que les perceptions , les souvenirs et les imaginations des choses sensibles doivent avoir des organes dans le cerveau; mais je n'en conçois plus la nécessité pour le jugement moral. Je m'étonne aussi que cette faculté qui nous révèle l'idée du bien et du mal , du juste et de linjuste, du mérite et du démérite soit rangée par la phrénologie au nombre des facultés affectives et non des facultés intellectuelles. « La vertu, dit Hutcheson, n'est )) pas toujours accompagnée de plaisir : celui-ci ne vient » que de la réflexion sur notre conduite. INous pouvons )) penser à la vertu d'un autre, abstraction faite du plai- •» sir que cette vertu peut lui procurer. L'approbation » morale n'est pas non plus un plaisir, quoiqu'elle en » soit ordinairement suivie , de même que la peiiception )) d'une forme extérieure est accompagnée de plaisir, » mais est autre chose que ce plaisir. La qualité approu- » vée par le sens moral est conçue comme résidant en la » personne approuvée et comme une perfection et une V dignité en elle (1). » (iall avait compris cette vérité : «La » peine et le plaisir qu'on éprouve par suite d'une bonne )) ou d'une mauvaise action est , dit-il , une affection du
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» sens moral , comme une sensation agréable ou doulou- » reuse, n'est autre chose qu'une affection, une moditica- )) tion des organes de la sensation (1). » M. Broussais , suivant cet exemple , avait répété : « L'impulsion primi- )) tive nous pousse vers ce qui est juste sans le projet de )) nous satisfaire; le sentiment de satisfaction ne paraît » qu'après l'accomplissement de l'œuvre (2). » Pourquoi donc la phrénologie fait-elle du jugement moral une faculté affective? Si le jugement moral peut avoir un organe, cet organe devrait figurer dans la partie antérieure et supérieure du cerveau , à la place de l'organe attribué à la bienveillance, car la bienveillance à son tour serait en meilleure compagnie près du siège des affections, ainsi que l'avait remarqué le docteur Gall lui-même (3). Je ferai observer que les têtes apportées jusqu ici en preuve de la localisation, soit du jugement moral, soit de la bienveillance , avaient appartenu à des hommes àla fois justes et bienveillants {k.),et que par conséquent la preuve organologique est nulle relativement au siège respectif de la bienveillance et du jugement moral. Ajoutons que la bienveillance est un mode de toutes 1 s affections du cœur et non une affection spéciale, et que 1 idée inexacte de Gall et de Spurzheira relativement aux préceptes de la conscience , doit les avoir mal guidés dans l'appréciation du siège de cette faculté.
« Mais, dira Spurzheim, il y a, chez les animaux doux )) et pacifiques , un organe dominant à la place que » j'assigne à la bonté ; ce ne peut donc pas être l'organe
(1) Jnat., t. i, p. 210.
(2) Court de vhrén., p. 369-70.
v4^ Gall, t. î,p. 19t, Broussais, C«urs lie phr^n., p. 810.