THÉORIE PHRÉNOLOGIQUE SDR LA FACULTÉ MORALE
» de la justice , puisque les animaux sont dépourvus de )) cette faculté. •» II a répondu lui-même à l'objection : » Les places correspondantes chez l'homme et chez les )) animaux peuvent être occupées par des organes diffé- » rents (1). » Et en effet, supprimez dans le cerveau de l'animal les organes des facultés que Spurzheim regarde comme propres à l'homme , et vous aurez rapproché du front les organes des facultés affectives qui suffisent à expliquer la douceur <;hez les animaux.
Les successeurs de Spurzheim se sont tenus dans le même vague sur la définition du sens moral , et n'ont pas mieux réussi à localiser cette faculté. « Je sup- » pose, dit M. Vimont, que deux personnes à qui on aura » confié un dépôt en abusent, toutes deux auront bien la )) conscience de leur mauvaise action, mais est-il certain » que le repentir se fasse sentir chez elles au même degré ? » Non certainement; il pourra fort bien arriver que l'une » se rappelle cette circonstance comme toute autre chose, » sans que cette réminiscence occasionne chez elle du » repenlir, tandis que l'autre ne pourra jamais y penser » sans être troublée (2). »
La distinction entre le jugement et le sentiment est encore ici fort bien posée : pourquoi donc M. Vimont relègue-t-il la conscience parmi les sentiments , puisqu'elle juge , puis qu'il peut y avoir conscience d une mauvaise action sans repentir, c'est-à-dire sans peine, sans affection désagréable ? M. Vimont n'a-t-il voulu localiser que les peines et plaisirs de la conscience, c'està-dire le sentiment qui correspond au jugement moral?
(1) Ohs., p. 146.
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Mais- alors que devient le jugement moral ou la conscience proprement dite? Le jugement a-t-il son siège au même endroit : n'appelez donc pas la faculté morale du nom unique de sentiment ; le jugement a-t-il son siège ailleurs, indiquez-le ; n'a-t-il pas de siège, comme faculté dont l'objet n'a pas de rapport avec les impressions du cerveau, cet aveu valait la peine d'être énoncé.
S 5. Faculté inductive.
Les facultés intellectuelles qu'il nous reste à décrire nous donneront l'occasion de traiter de celles que les phrénologistes appellent causalité , comparaison , esprit métaphysique , et nous aurons ainsi passé en revue la liste complète de leurs facultés intellectuelles.
La perception est un fait qui dépend d'une impression organique , quoiqu'elle dépasse de beaucoup cette impression. Il est facile d'admettre que la conception mémorative et la conception imaginative soient dans la même dépendance, puisque pour l'une et pour l'autre il faut des représentations mentales, qui ont beaucoup d'analogie avec les perceptions. Interpréter est une fonction dont on ne conçoit déjà plus trop la liaison avec l'état du cerveau, et par laquelle lame semble conquérir son indépendance, entrer dans une sphère de propre activité. Nous en dirons autant de la conception morale et de celles qu'il nous reste à décrire, c'est-à-dire de la conception inductive et de la conception de l'infini.
Expliquons-nous dabord sur la faculté inductive, et montrons la différence qui la sépare du jugement dé-
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ductif Le dernier consiste à faire sortir d'un principe général une conséquence particulière : par exemple , si un homme parvenu à l'âge de la maturité, dit : ma vie a été heureuse, ceux qui concluent de là que son enfance a été heureuse, font un jugement déductif; ceux qui jugent que sa vieillesse sera heureuse, font un jugement inductif. En effet, l'enfance est contenue dans l'existence de Thomme d'âge mur ; la vieillesse n'y est pas encore. Pour aller de cette proposition : sa vie a été heureuse, à celle-ci : donc son enfance a été heureuse, il ne faut que l'intelligence des termes et le secours de la mémoire. La seconde proposition est renfermée dans la première. Mais pour passer de cette proposition : sa vie a été heureuse, à cette autre : donc sa vieillesse sera heureuse, il faut autre chose que de la mémoire, il faut la croyance à la permanence de ce qui existe , à la réapparition de ce qui a déjà paru. Réaction singulière de notre esprit : un phénomène nous frappe ; nous ne nous bornons pas à savoir qu'il existe , nous allons jusqu'à penser qu'il existait en notre absence , et qu'il continuera d'exister dans l'avenir.
Suivons dans ses applications diverses ce principe de notre intelligence, que Thomas Reid a le premier mis en lumière sous le nom de principe d'induction (l). Son application la plus simple est celle-ci : tel phénomène exisJe; il a probablement existé avant ma perception, il existera probablament après. Sans Tinduction, nos verbes n'auraient pas de futur, comme sans la mémoire ils n'auraient pas de passé.
Une seconde application du même principe se pré-
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sente sous cette forme : ces phénomènes s'accompagnent ou se succèdent; il en était probablement ainsi avant mon expérience, et probablement ils s'accompagneront ou se succéderont encore dans l'avenir. Cette flamme m'a brûlé hier ; je le sais par la mémoire ; si j'en approche la main de nouveau, elle me brûlera encore : je le crois par induction ; c'est l'exemple cité par Reid. J'aperçois de mes fenêtres passer des chapeaux et des manteaux sous lesquels je suppose des hommes, quoique je ne les voie pas actuellement ; c'est l'exemple cité par Descartes pour montrer que notre jugement dépasse quelquefois la portée de nos sens (1). Nous pouvons nous tromper dans nos jugements induclifs ; nous cherchons quelquefois des corps tangibles sous la couleur qui se réfracte ou se réfléchit , comme lorsqu'une rame est à moitié plongée dans l'eau , et que l'enfant demande la lune, dont il voit le reflet dans un bassin. Mais après avoir rectifié notre erreur inductive par la perception , c'est encore l'induction qui nous fait nous défier pour l'avenir des déviations de la lumière , et en général de la séparation des phénomènes qui sont ordinairement associés. Je me rappelle les jours passés, par la mémoire ; je vois par la perception celui qui m'éclaire; de plus, je crois par induction que ce jour ne va pas s'éteindre soudain , qu'il déclinera peu à peu comme le dernier, que j'appelle hier, et qu'après lintervalle de la nuit il en viendra un autre que j'appelle demain. Cest par l'induction que nous allons tout à l'heure, sans défiance , prendre les aliments qui nous ont nourris jusqu'à présent; c'est par l'induction que le commerçant fait ses calculs, règle ses approvision-
CD Méditation II, n. 10, édit. déjà citée.
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nements et dresse ses conlrats d'assurance ; que le savant dirige son expérimentation ; quePascal, par exemple, ordonne de peser Tair sur le sommet du Puy-de-Dôme, et qu'après l'expérience les physiciens et les chimistes étendent la propriété découverte dans un corps, non seulement à Texistence passée et future des objets explorés, mais encore à tous les objets semblables qui ne seront jamais soumis à rexpérience. L'induction entre donc pour sa part dans rétablissement des lois proclamées par toutes les sciences.
Il nous reste à signaler la troisième et la plus périlleuse application de la faculté inductive. Non seulement nous concluons de l'objet exploré à tous les objets qui lui ressemblent entièrement , mais encore à ceux qui en diffèrent sous plusieurs faces, et qui n ont avec lui que de l'analogie. Par exemple , un solide résiste , mais se laisse comprimer; le liquide contenu dans un vase résiste aussi . pourquoi ne cèderait-il pas à la compression ? D'après cette conjecture, les physiciens font expériences sur expériences, jusqu à ce qu'ils soient arrivés à la découverte de la compressibilité des liquides. Un fruit se détache de l'arbre et tombe : Newton pense que les planètes et le soleil et les étoiles devraient tomber aussi, et il arrive par cette conjecture à la découverte de la gravitation unrvcrselle.
L induction est 1 instrument des découvertes dans le monde moral ainsi que dans le monde physique ; elcomrae elle dirige les recherches du physicien, elle détermine les décisions de l'homme d'Etat. Se fondant sur cette vérilé que les colonies antiques, lorsqu'elles ont pu se suffire à elles-mêmes, se sont détachées de leur mère-patrie comme un fruit mûr se détache de l'arbre, Turgot prédisait, en
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1750, raffranchisseiiient de toute l'Amérique. La mort de Charles 1" aurait dû faire redouter celle de Louis XVI, et les fautes des Stuarts restaurés avaient fait prévoir les erreurs de la restauration française.
Mais si l'induction est la source des découvertes , elle est aussi celle des hypothèses et des faux systèmes, c'est-àdire des généralisations aîuicipécs, comme dit Bacon , généralisations tenues pour certaines avant l'expérience ou même malgré l'expérience. C'est elle qui a mis au monde les hypothèses géologiques des neptuniens et des vulcaniens , les rêves de l'alchimie et de l'astrologie , la physiologie de Stahl et de Van-Helmont , la médecine de Paracelse et les panacées de tous les temps.
L'homme aspire à la généralisation et s'y repose. Nous n'aurions pas achevé la peinture de cette faculté si nous n'ajoutions que les prétendues explications des sciences , ne sont que de grands phénomènes généralisés. Pourquoi le fruit lorabe-t-il vers la terre ? parce que les planètes y tombent; et pourquoi les planètes y tombent-elles? parce que tous les corps vont les uns vers les autres , en raison directe de leur masse et inverse du carré des distances. Arrivés là, nous ne demandons plus d'explication ; nous sommes cependant encore devant une énigme ; mais cette énigme est universelle.
La faculté d'induction est donc une des plus hautes facultés de l'intelligence , c'est la faculté scientifique ou philosophique -, elle étend pour nous le présent dans un passé que nous n'avons pas vu , dans un avenir que nous ne voyons pas encore ; elle nous pousse sans repos , à la découverte d'une généralité que nous pressentons dans la nature avant de l'y avoir trouvée , et qui , une fois rencontrée , fait cesser nos questions et nos recherches,
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et plaît à l'esprit comme la plus pure et la plus douce lumière plaît aux yeux.
S 6. Faculté de concevoir rinflni.
Au-dessus de la faculté dont nous venons de parler, il n'en est plus qu'une seule dans l'intelligence , c est celle qui nous fait admettre , non plus la généralité et l'uniformité probable de ce qui existe ; mais des existences absolues , indépendantes , nécessaires , éternelles , infinies. Cette faculté a besoin pour se développer du secours de la réflexion. Des peuples entiers ont passé sur cette terre sans recueillir les fruits de cette faculté, absorbés qu'ils étaient par les nécessités matérielles; mais au milieu du loisir d'une société plus avancée, la réflexion trouve plus de place, et il doit se faire que quelques hommes s'interrogent sur le commencement et la fin de ce qui existe. C'est alors qu'ils trouvent avec étonnement que tout n'a pas pu commencer et que tout ne peut pas finir. Quelle que soit l'opinion qu'ils se forment sur la nature de l'être premier et dernier, opinion qui varie suivant l'induction et le degré d'un sentiment inné de vénération dont nous parlerons plus tard , ils admettent tous, athées et théistes, que quelque chose a dû exister de tout temps et ne pourra pas périr. Demandez à l'athée s'il peut comprendre que ce qui existe ait commencé d'exister : le monde, suivant lui, est une séiie de révolutions, sans but et sans dessein ; mais les éléments de ces compositions successives, d'où viennent-ils? sont-ils sortis à une certaine heure des abîmes du néant ? comment ont-ils
DE CONCIAOIR L'INFTM. iiT
pu naître? ce commencement recule à l'inûni , ils n'ont pas commencé , répondra-t-il ; rien ne se fait de rien , la matière est éternelle.
Et demandez-lui si les éléments peuvent périr? Les composés tombent en dissolution, les solides se liquéflent, les liquides se changent en gaz ; mais la molécule gazeuse que devient-elle? peut-elle cesser d'être? Comme il ne met pas un Dieu au-dessus du monde , il ne pourra comprendre l'anéantissement de la matière , si loin qu'il en recule la lin , cette tin échappera toujours; il la verra fuir dans l'immensité d'un aulreintini, jusqu'à cequ'il proclame la matière impérissable. Bien plus, cette matière lui paraîtra indiiîérente à toutes les parties de l'espace ; si elle nagit pas actuellement dans toute l'immensité, il comprendra qu'elle y pourrait agir, et que rien ne borne sa puissance en aucun lieu.
Le théiste, qui dans les transformations du monde aperçoit une intelligence, un esprit séparé des corps, reporte sur cet esprit l'éternité sans commencement et sans fin, et c'est à cette condition seulement qu'il peut concevoir latin et le commencement de la matière. Quelques philosophes anciens déclaraient l'esprit et la matière coéternels ; mais le théiste antique et le chrétien de nos jours sont d'accord sur la nécessité d'une existence sans limites dans le temps Le théiste accorde aussi à Tesprit premier et dernier une puissance illimitée dans l'espace, et lorsqu'il arrive à concevoir la bonté et l'amour dans cet esprit , il les y conçoit sans limites, comme lintelligence et la puissance.
Il est encore une autre ressemblance dans les vues de l'athéisme et du théisme : lexistence infinie qu'ils admettent l'un et l'autre implique lidée d'un temps qui n"a