CHAPITRE PREMIER
Affections égoïstes.
S 1. Base de la sous-division des affections.
Nous avons montré par quels caractères les facultés aHectives se distinguent des facultés inteliecluelles (1). Pour diviser ces dernières , il nous a fallu tenir compte de la différence de Tacte et de la différence de lobjet ; mais les facultés affectives ne sont susceptibles que de la division par l'objet. Bien que dans leur partie subjective elles présentent, d'un cùlé, laffection agréable ou le plai-
(1) Voyez 2^ partie, ch. ^^
2GI lâsk de la sols division
gir, et de l'autre, FaiTeclion désagréable ou la peine , ces deux aiTections doivent être plutôt considérées comme deux modes inséparables i'un de l'autre que comme les effets de deux facultés différentes. Il y a des objets qui plaisent et d'autres qui déplaisent par eux-mêmes ; mais la privation d'un objet agréable produit une peine , de même que l'absence d'un objet désagréable produit un plaisir. Les deux espèces d'affections peuvent donc naître soit immédiatement soit médiatement à propos de tout objet, et de là vient l'ancienne allégorie sur l'union indissoluble de la peine et du plaisir.
« L'étrange chose, mes amis, que le plaisir, dit So- » craie, dans le Pbédon, et comme il a de merveilleux )) rapports avec la douleur , que Ton prétend son con- )) traire ; car si le plaisir et la douleur ne se rencontrent )) jamais en même temps , quand on prend l'un il faut )) accepter l'autre, comme si un lien naturel les rendait )) inséparables. Je regrette qu'Ésope n'ait pas eu cette )) idée , il en eût fait une fable; il nous eût dit que Dieu )) voulut réconcilier un jour ces deux ennemis, mais que )) n'ayant pu y réussir , il les attacha à la même cbaîne , » et que pour cette raison, aussitôt que l'un est venu, on » voit bientôt arriver son compagnon ; et je viens d'en )) faire rexpérienec moi-même, puisqu'à la douleur que » les fers me faisaient souffrir à cette jambe , je sens )) maintenant succéder le plaisir (1). )>
De plus, l'objet agréable peut à la longue produire la satiété et même le dégoût; et l'objet désagréable finit par devenir indifférent, et même quelquefois par causer
(1) OEmres de Platon, trad. de M. CoUSin, t. 1; p. 191.
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une do ces êrnoîions qu'on appelle plaisirs factices ou goûiS dépravés.
Toute afieclion implique une prédisposiliou à élrc affecté. Quelques personnes appellent cette prédisposition du nom de tendance , amour , inclination , etc., peu importe le terme. Dans ce point de vue , il n'y a pas deux phénomènes différents, dont Fun soit le plaisir et l'autre l'amour; il y a entre le plaisir et l'amour le rapport de reflet à la cause : le rapport est le même enir« le déplaisir et !a haine, la répugnance, î'aversion.
Si l'objet agréable est absent, et que cette absence nous soit pénible, la peine prend alors le nom de désir.
Si l'induction nous montre que les chances favorables au retour du plaisir l'emportent sur les chances défavorables, cette induction et raffection agréable qui en résulte s'appellent espérance ; dans le cas contraire, l'induction et la peine qu'elle produit se nomment crainte. Lorsque c'est le déplaisir qui est absent, l'espérance et la crainte ont lieu dans Tordre inverse, mais elles se composent toujours, l'une d induction et de plaisir, l'autre d'induction et de peine.
\^di passion est un état habituel et violent d'affection et de désir. Toutes les observations précédentes sont dues à la sagacité de Locke (l).
Le plaisir actuel réagit sur iinduction et nous fait bien augurer de l'avenir ; la souffrance exerce une action contraire, et jette un sombre voile sur les événements futurs. C'est une disposition que chacun a pu remarquer accidentellement en soi-même. Il arrive de là,
(1) Essai sur i entcridcnunt humain, \\\. II, ch. XX, S 1-16,
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que les persoimies qui sont plus profondômoiit pônéirées par le pJaisir et plus indifférentes à Sa peine, se trouvent plus géoéralemeot disposées à respérascc, cl que îa disposition contraire se rencontre dans ceux que le plaisir ne fait qu ellleurcr, taîidis que la peine les déchire.
<; 2. Critique de ia faciiHii d'esi'.û-ance.
Spurzheim a proposé une division des facultés aûeclives en penchants et sentiments : « Quelques facultés af- )) fectives, dit-il, ne donnent qu'un désir, une inclination, )) un penchant, ou ce qu'on appelle instinct dans les )) animaux. Ces facultés sont presque soustraites à la vo- )) lonté. Je les appellerai /)e77c7m«f5. D'autres facultés af- )) fectives ne sont pas bornées à un simple penchant , )) mais elles éprouvent quelque chose de plus , c'est ce )) qu'on nomme seîiiiment (1). » Ce quelque chose de plus n'est pas un caractère assez distinct pour que nous adoptions une pareille classification.
Le même auteur, contrairement à l'avis du docteur Gall (2), a cru devoir faire une faculté spéciale de l'espérance. « Il faut, dit-il, distinguer l'espérance d'avec le .)) désir; chaque faculté désire, mais chaque faculté n'es- )) père pas. On peut désirer ardemment et ne'rien espé-
)) rcr L'espérance fait croire à la possibilité de ce
)) que les autres facultés désirent; elle dispose à admettre >) l'immortalilé de l'âme; elle se montre trop active chez
(i) Ohs., \^. 125-133-18}^.