‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 87 sur 115 · MODE DE TOUTES LES AFFECTIONS. 2T · texte numérisé non relu

MODE DE TOUTES LES AFFECTIONS. 2T

seulement les moiivemcnls de défense, comme à retirer la tête on arrière, à porter en avant les poings fermés, à écarter les pieds pour offrir au corps un plus large soutien, mais à user des armes offensives que la nature nous a données, et à rejeter le mal sur son auteur. C'est le même ressentiment qui porte le taureau et le bélier à employer leurs cornes, le cheval ses pieds, le chien ses dents, le lion sa griffe, le sanglier ses défenses, Tabeille et la guêpe leur aiguillon. « Quelques animaux peuvent « être provoqués à une colère furiouse et la conserver )) longtemps ; plusieurs montrent , dans la défense de » leurs petits, une animosité violente dont ils donnent à » peine un signe quand il ne s'agit que de leur propre » salut (1). »

Ce ressentiment nous fait donc surmonter momentanément les appréhensions instinctives dont nous parlerons pins loin, et même les appréhensions réfléchies, et il nous donne alors un courage physique qu'il ne faut pas confondre avec le courage moral. Ce dernier est la lutte de la volonté disciplinée par la raison ; il n'a rien de commun avec l'ardeur dans le combat matériel. Le courage physique se renferme tout entier dans le combat physique : il est momentané ou habituel : dans le premier cas, il résulte du ressentiment animal ou de la colère; dans le second, il provient du plaisir d'exercer notre puissance matérielle , plaisir dont nous parlerons plus loin, et il suppose un sentiment peu profond des appréhensions naturelles.

Le docteur Gall avait posé, comme Reid , un senti-

(1) Rci(],t.6, p. 11 et 85.

JT8 on RESSENTIMENT INSTINCTIF, ETC.

ment de propre défense , qu'il regardait également comme un principe particulier et non comme le résultat de toutes les autres affections (1). Il est vrai qu'il rapportait à ce principe, non pas seulement le courage instantané de la défense, mais le courage habituel. Il faut cependant distinguer entre ces deux courages. Le premier peut s' allier avec la plus grande pusillanimité, et se développe accidentellement chez les animaux les plus timides. Le second constitue un caractère permanent dont nous nous proposons de développer plus loin le principe.

Ainsi, les formes de toute affection ou les manifestations de toute tendance sont les suivantes : plaisir, peine, désir, espérance, crainte, ressentiment.

N'ayant pas à diviser les affections par la nature du fait subjectif, nous les distinguerons seulement par les objets qui les excitent. Sous ce point de vue, nous mettrons d'un côté les affections égoïstes, se rapportant , soit à un certain état de notre corps, soit à des objets matériels ou à des avantages immatériels que nous ne pouvons partager avec autrui sans privation pour nousmêmes; de l'autre, les affections désintéressées se rapportant aux êtres animés ou à des objets et avantages que nous pouvons partager sans diminuer en rien notre part. Les premières, par lesquelles le moi est ramené sur lui-même, pourraient se nommer affections autophiles , et les secondes qui le répandent pour ainsi dire sur autre chose que lui-même , pourraient se nommer affections hctéropliiles.

SF.NTIMFNT DE fA S\NTl'; ET DE lA M\r.AniF, 2T:1

S i. Sentiment de la santé et de la maladie. — Indécision des phrénologislcs sur l'organe de ce sentiment.

Lorsque les foQctions physiologiques ou corporelles dont nous n'avons pas ordinairement conscience s'accomplissent régulièrement, il en résulte un bien-être qui n'est clairement senti que par son opposition avec la peine opposée ou la maladie. Ainsi, Socrate ne goûte le plaisir de la libre circulation du sang dans les veines qu'au moment où ses membres sont délivrés des fers qui les chargeaient (l). Ce plaisir est tantôt général, tantôt local, suivant que la gène ou la maladie avait étendu ou resserré son siège.

Quel est, suivant les phrénologistcs , le siège de la douleur physique et du sentiment de bien-être que produit la santé ? Gall incline à croire qu'il existe dans les nerfs (2). Spurzheim a un peu varié sur ce sujet : tantôt il attribue le plaisir et la peine aux nerfs des sens et particulièrement du toucher (3) , tantôt il rapporte la connaissance des sensations organiques et par conséquent de la douleur et de la santé, à cette partie du cerveau, qu'il charge de connaître les faits internes et qu'il appelle éi^entualité (4) ; mais il n'appuie cette opinion d'aucune ■preuve organologique : car en supposant que les expériences de Haller et de Sœmmering ne soient pas contre-

Ci) Voyez le présent ouvrage, même chap., S 1.

(3) Obt., p. 245.

(4) Ibid., p. 295,

J74 BESOIN d'alimentation,

balancées par les raisons du docteur Gall (l), elles ne prouvent pas, comme nous l'avons déjà dit, que Fimprcssion faite sur le nerf ait besoin de se propager jusqu'à l'orijane dit de l'éventualité.

S '5. Besoin d'alimentation. — Son action sur la faculté motrice.

Le manque d'aliment et de breuvage produit une peine locale appelée faim et soif, que la satisfaction de ce besoin remplace par un plaisir. Le besoin d'alimentation est servi par l'odorat et le goût chez l'homme et chez un très-grand nombre d'animaux. , ainsi qu'on s'en est assuré par une expérience très-bien faite. « En dissé- » quant une chèvre pleine, dit Galien , je trouvai l'em- » bryon vivant ; je le détachai de la matrice, et l'ayant )) emporté avant qu'il eût vu sa mère, je le déposai dans )) une chambre où se trouvaient plusieurs vases remplis, )) les uns de vin, les autres d'huile, ceux-ci de miel, ceux- )) là de lait ou de quelque autre liqueur , d'autres enfin » contenant des grains ou des fruits. Nous vîmes d'abord )) le petit animal se dresser sur ses jambes et marcher; » puis il se secoua et se gratta le flanc avec un de ses » pieds; alors il se mit à flairer chacun des vases qui » étaient dans la chambre, et quand il eut tout flairé* )) il but le lait (2). »

Le toucher des parties de la langue qui sont agréable-

(1) T. 2, p. 231-2 ; et le présent ouvrage, 3' part., ch- I", § 9.

(2) Dugald-Stewart, Fie de Heid, à la tôtc des OEwres de licid, irad. de M. Jouffroy, t. 1, p. 70.

SON ACTION SUR I,A J'ACUI.TÉ ÎMOTRICK. 275

menl aiTcctées par la chaleur ou la fraîcheur des mets aide aussi à ralinienlalion ; et cliez quelques espèces d'animaux, comme les oiseaux carnassiers et les oiseaux pécheurs, qui dislinfiuonl leur proie à une très-grande distance ou sous la profondeur des eaux, il est probahle que la vue accomplit le même office que l'odorat chez l'homme, c'est-à-dire qu'elle les dispose à se faire un aliment de tel ou tel objet particulier, ayant telle forme ou telle couleur.

La faim et la soif agissent sur la force motrice et lui font exécuter les mouvements nécessaires à l'alimentation. Ces mouvements sont, suivant les espèces, la succion, la déglutition, le déchirement de la proie, l'adduction à la bouche, la trituration, etc. Ils ne se produisent pas seulement quand la faim ou la soif se fait sentir; quelquefois ils la devancent, mais dans ce cas, ils n'en sont pas moins le résultat de la tendance à l'alimentation, car ils ne sont jamais exécutés par les animaux dont le mode d'alimentation ne les appelle pas..

Les animaux les exécutent instinctivement ; il doit en être ainsi chez l'espèce humaine. Lorsque BufTon nous représente les développements successifs du premier homme, il prend beaucoup de peine pour Tamcner à produire les mouvements indispensables à la nutrition.

« J'étais assis à lombre d'un bel arbre, dit le premier )) homme, d après BufTon ; des fruits d'une couleur ver- » meille descendaient en forme de grappes à la portée de )) ma main; je les touchai légèrement : aussitôt ils se sé- » parèrent de la branche, comme la figue s'en sépare dans )) le temps de sa maturité.... J'avais approché ce fruit de » mes yeux, j'en considérais la forme et les couleurs ;

â76 BESOIN D AUMEiSTATION ,

)) une odeur délicieuse me le fit approcher davantage, )) il se troiwa près de mes lèpres ; je tirais à longue in- )) spiralîon le parfum et goûtais à longs traits les plaisirs )) de i'odorat; j'étais intérieurement rempli de cet air » embaumé, ma bouche s'ouvrit pour l'exhaler, elle se )) rouvrit pour en reprendre ; je sentis que je possédais )) un odorat intérieur plus fin, plus délicat encore que )) le premier; enfin je goûtai (1)!» Il n'avait donc approché le fruit de ses yeux que pour le contempler, et c'est par hasard que la grappe se trouva près de ses lèvres : heureuse rencontre, sans laquelle le père du genre humain fut mort d'inanition et n'eût pas laissé de postérité. Un enfant de six mois résout chaque jour sous nos yeux ce problème : tous les objets qui lui tombent sous la main, il les porte naturellement à sa bouche, sans qu'on lui ait enseigné ce chemin ; si l'odeur ou la saveur de l'objet est appétitive , il cherche comme le jeune chevreau à exéfuter le mouvement de déglutition; c'est par accident qu'il avale ce qui n'a pas excité son appétit.

Gall ne s'est pas expliqué sur l'organe de l'appétit. Spurzheim avait d'abord attribué aux nerfs le sentiment de la soif et de la faim (2) ; il l'a ensuite rapporté à un organe cérébral (3). Tout en reconnaissant que les animaux choisissent leur nourriture à l'aide de l'odorat et du goût (4), il fait observer que le choix des aliments ne dépend pas de la grosseur du nerf olfactif, et il en donne pour preuve la petitesse de ce nerf chez Thomme, qui est

(1) BufTon, Du sens du toucher.

(2) Obs., p. 13Q.

(») Manuel, p. 26.

S0:\ ACTION sur. la FACULTK MOTHICI'. 27Ï

un animal omnivore (1). Tsous avons déjà remarqué que la mémoire, et par conséquent le jugement comparatif des odeurs et des saveurs, doit avoir un autre organe que la perception de ces objets ; que probablement cet organe, qui doit être dans le cerveau, comme les organes de toutes les autres mémoires, se trouve voisin de l'organe du choix des aliments s'il ne le constitue pas tout entier. Les physiologistes ont placé le siège do Tappétit dans l'estomac : suivant Spurzheim, lexpérience démontre que l'appétit, eu ce qui concerne le choix et le plaisir des aliments, est attaché à une circonvolution cérébrale, mais sans doute il n'aurait pas nié la réaction de l'estomac sur cet organe.

Nous reprocherons à cet auteur de n'avoir pas donné assez d'attention aux mouvements naturels que fait exécuter l'appétit. Il n'en a mentionné qu'un seul : c'est le mouvement de destruction ouïe déchirement de la proie, et encore l'attribue-t-il à un organe particulier quil appelle destructiuité . Mais si le mouvement de destruction n'est pas regardé comme la réaction de lappétit sur la force motrice , il faudra aussi rapporter le mouvement d'adduction, de trituration, de déglutition à ïadductivité^ à la trituratwité, etc. En forgeant ces mots, je n'ai pas l'intention de combattre la doctrine de Spurzheim par le ridicule de la terminologie , cette méthode étant aussi puissante contre la vérité que contre l'erreur; je veux seulement montrer que l'inutilité de tant de facultés spéciales s'étend à la faculté de destructiuité , qui est absolument du même genre et que peut remplacer

(1) obt., p. sse-i.

Page 1