‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 88 sur 115 · AFFECTIONS DU TOUCHER · texte numérisé non relu

AFFECTIONS DU TOUCHER

la force motrice dirigée , soit par l'instinct d'alimentation , soit par d'autres principes dont nous parlerons plus loin.

Le docteur Broussais ajoute avec raison au besoin d'alimentation celui de la respiration et de l'exonération (1). Ces actes sont complémentaires de la nutrition, et leur point de départ doit se trouver dans la faculté motrice déterminée par le besoin d'alimentation.

C'est une question intéressante d'organologie que celle de savoir à quelle cause il faut attribuer la dépravation de l'appétit, telle que le goût des fruits verts, du plâtre, etc. MM. Vimont et Broussais sont d'accord pour rapporter cette dépravation à une prédominance de l'organe de l'alimentation (2). Il me semble que c'est Taltération et non la prédominance d'un organe qui doit en dénaturer les fonctions. N'oublions pas que les objets naturellement désagréables, lorsqu'ils n'inspirent pas une trop forte répugnance, finissent par devenir indifierents et quelquefois môme par exciter un certain plaisir, et que cette dépravation n'est pas exclusivement particulière à l'appétit.

S 6. Affections du toucher.

Une troisième affection du corps, ou affection que nous rapportons directement à telle ou telle partie de nos organes, est celle que nous cause la température, la

(1) Cours de phrên.^\t. 141.

(2) Vimont, Traité de p/trén., t. 2, p. 17Î. BrOUSSaiS , Cours de phrên.,

l\STi?(r,T D'ACTIVITE PHYSIQUE. 279

rudesse et le poli, aiTection à laquelle Gall et Spurzheim assignent le même organe qu'à la perception correspondante (1).

Mais comme la mémoire de ces phénomènes ne peut résider dans le même organe ou au moins dans la même partie de l'organe que la perception, il y a lieu d'examiner si l'aflection correspondante n'a pas un siège séparé de ceux de la perception et de la mémoire, puisqu'elle ne les accompagne pas toujours.

jNous ne parlons pas ici du plaisir que nous cause la ?orme tangible régulière, parce que, pour la percevoir, le toucher a besoin d'être aidé de la mémoire, et que ce plaisir ne se localise pas dans l'organe.

s 7. Instinct d'activité physique.

Il y a une aiïection agréable attachée au déploiement de la faculté motrice, plaisir qui, suivant la remarque de Thomas Reid , est surtout sensible dans l'enfance (2) ; c'est le mobile qui pousse l'enfant à s'agiter dès le maillot, et plus tard à saisir les objets, à les mouvoir, à faire effort pour se dresser, pour marcher, courir, monter, descendre, s'élancer, franchir, porter, frapper, détruire; c'est l'amour du pouvoir physique. Les peuples barbares, qui ont plus d'une analogie avec les enfants, se plaisent aussi dans l'exercice de la force motrice, et presque tous leurs jeux sont des luttes de vigueur ou d'adresse.

(1) j^nat., t. 2, p. 231. Obs., p. 245.

280 INSTINCT d'activité PHYSIQUE.

Cet instinct d'activité physique avait été négligé par les premiers phrénologistes. Le docteur Broussais a réparé cetie omission. « Si j'ose ici me citer, dit-il, j'avais, )) sans connaître les travaux de Fécoîe d'Edimbourg, ad- )) mis comme elle.... le besoin de l'activité musculaire , )) l'impatience d'agir , parce que ce besoin me paraît im- )) périeux chez les jeunes sujets (1). »

L'exercice trop prolongé de la force motrice finit par causer une peine spéciale connue sous le nom de fatigue, et la cessation du mouvement ou le repos devient à son tour un plaisir.

L'amour du combat, quand on l'isole du désir de vengeance (2), de l'amour de la gloire (3), du plaisir de la domination {k) n'est qu'un degré supérieur delà tendance à l'activité physique, un amour du pouvoir njalériel.

L'expérience prouve que les enfants remuants, tapageurs, s'engagent volontiers dans les rixes , comme le jeune Duguesclin, dont la mère disait qu'il était toujours battant ou battu. Celui qui aime à dompter, battre, détruire , est poussé à ne pas s'inquiéter des coups qu'il peut recevoir, lorsque chez lui, d'ailleurs , les appréhensions naturelles ne sontpas trés-vives(3); il est justement dans la condition la plus favorable au courage physique.

De même que , suivant la remarque de Spurzheim , Ihabile direction de la faculté motrice ne dépend point de la grosseur et de la force des muscles, de même le plaisir du mouvement ou de l'action physique n'est pas

(I) Cours de phrén., \). lil.

(•2) Voyez le présent ouvrage, même chap-, S 3.

(3) Ihifl., S 23.

(4) Jbid.,%'2.2.

(5) Ihid., S 14.

CRITIQUE DE LA lACULTÉ DK DKSTliUCTIVlTÉ. 281

Cil proportion de la puissance musculaire. Celle puissance peut d'ailleurs être neutralisée par la crainte, soit inductive , soit irréfléchie. Voilà pourquoi le courage physique n'est nullement en rapport avec la force extérieure. Un chien de petite taille fait souvciit fuir plus grand que lui, non pas seuiement parmi les animaux de son espèce. Cependant, le sentiment de la force musculaire peut quelquefois réagir sur la disposition à user de la faculté motrice.

!; 8. Ci'iliquc de la faculté de dcsimctivitè.

Nous établissons donc comme plaisir spécial de l'espèce humaine celui du mouvement pour lui-même, c'està-dire de ractivité physique ou du déploiement de la faculté motrice, plaisir auquel nous rapportons la tendance habituelle au combat et à la destruction , et nous rejetons les facultés spéciales de combattwitè et de des^ trucdvité imaginées par Spurzheim (1).

Gaîl avait été mécontent de ces dénominations. Il avait représente que le titre d'une faculté doit en exprimer le degré moyen et non l'excès ; que la combattuàté et la destructivité sont des tendances excessives d'après la description même qu'eu donne Spurzheim , car* tous les hommes ce sont pas portés « à mordre, pincer, casser, » rompre, déchirer, brûler, dévaster , démolir, ravager, )) étrangler, empoisonner, assassiner (2). » II avait posé

(1) Manuel,^. 33el3».

(2) Gall, t. l3/p. 20.

cet excellent principe pour la détermination d'une faculté : « Une faculté fondamentale est commune à tous )) les individus de Tespèce , mais les degrés varient d'in- )) dividu à individu. Si on néglige toutes les modilica- » tions accidentelles, si on ne fait attention qu'à ce qu'il )) y a de commun dans les individus , on aura trouvé la )) faculté fondamentale (1). » Il est vrai que Gall avait considéré l'amour du combat comme l'excès , non de la tendance permanente à l'activité physique, mais du ressentiment instinctif ou de l'instinct de propre défense , ce qui donnait lieu à robjeclion suivante :

« La différence, dit M. Combe, entre les philosophes » et les phrénologisles^ au sujet de la combat tiuité , c'est )) que nous considérons ce penchant comme exerçant )) une influence habituelle sur l'esprit, inspirant lorsqu'il » est développé , une hardiesse naturelle , et poussant à )) chercher les occasions dans lesquelles la faculté peut )) s'exercer (2). » « Ce n'est pas l'impulsion colérique du » moment, ajoute M. Broussais, l'emportement passager ; » c'est une hardiesse habituelle, soutenue qui affronte le )) danger, qui le contemple sans s'eflrayer, et qui puise » de nouvelles forces dans les obstacles qu'elle ren- )) contre (3). Le docteur Gall n'avait donc rendu compte que du courage physique momentané et non du courage habituel. Pour Texpliquer, il fallait ajouter que toute faculté demande à s'exercer, l'activité physique et l'activité intellectuelle lorsqu'elles se trouvent soutenues par la confiance en soi-même [k), et qu'elles ne sont paspa-

(1) Gall, t. 3, p. 20.

(2) Nom-. Manuel, p. 72.

(3) Cours de phrén., p. 212.

f 1(4) Voy. le présent ouvrage, niéine chap.j S 20.

DK L\ 1 ACULTK DE r)KSriU;r,TIVITK. 283

ralysces par les apprélionsions instinctives (1), suflisent pour déterminer cet amour de l'action et du combat, soit physique, soit intellectuel, auquel les phrénologistes croient devoir consacrer une faculté spéciale.

Quant à la destructivité, si l'on veut prendre la peine de lire tous les exemples de destruction cités par Spurzlieim (2), on verra qu'ils peuvent tous s'attribuer, soit à rinstinct dalimentalion , soit à linstinct de propre défense, soit au plaisir d'exercer le pouvoir physique. J'ai essayé ailleurs (3) d'expliquer comment les populations sauvages qui montrent la plus grande férocité sont celles qui vivent dans un tel état de souffrance, que chez elles la vengeance et les hostilités ue peuvent s'accomplir que par d'affreuses tortures. Mettez ces peuples dans des conditions plus heureuses, et vous verrez peu à peu s'adoucir leur cruauté, s'éteindre leur soif du sang. De ce que certains exemples de monomanie homicide ne rentrent, ni dans l'instinct d'alimentation, ni dans le ressentiment instinctif , les phrénologistes croient devoir admettre un goût spécial de la destruction. Jls n'ont pas tenu compte de l'amour du pouvoir matériel ou de l'activité physique, dont l'excès nous pousse à battre, dompter et détruire. Parmi les faits qu'ils allèguent, ligure celui d'un jeune homme de Fribourg, qui mit successivement le feu à neuf maisons , mais qui aidait luimême à éteindre les flammes, et qui sauva une fois un enfant (4). Cet aliéné ne détruisait donc pas pour dé-

(1) Voy. le présent ouvrage, mèmcchap., S 13- C2) Obs., p. 153-1G9.

(3) Traité de la peine de mort, 2« édil.j ISiO-

truire, mais pour exercer son pouvoir. Les monomanies destructives sont des déviations de Tinstinct carnassier ou de l'instinct de propre défense ou de Tamour de l'activité physique, ou enfin ce sont des exemples de ces goûts factices que l'homme parvient à se créer par des surexcitations morales ou physiques , se faisant ainsi un besoin de la douleur elle-même. Au surplus , eston bien certain que l'acte de l'aliéné émane d'un seul principe ? Se flatte-t-on de démêler toutes les associations d'idées que les circonstances extérieures peuvent exciter dans chaque intelligence^ et voudrait-on rapporter à une faculté spéciale la manie de cet aliéné qui, pensant que son corps est de verre , redoute de le briser au moindre choc, et de cet autre qui s'imagine que son nez est devenu le séjour perpétuel d'une mouche obstinée.

J'ai entendu avec grand plaisir le docteur Spurzheim proclamer que toutes les actions que nous inspire la nature nous sont utiles ;, et que toutes celles qui nous sont utiles nous sont inspirées par la nature , propositions qu'il mettait sous cette forme : « Tout ce qui » est pour l'homme est dans l'homme, et tout ce qui est )) dans l'honune est pour l'homme. » Mais en vérité, on ne voit pas quel serait le but de cette destruction pour la destruction même. Ce n'est pas, dit Spurzheim, l'instinct destructeur qui porte les animaux carnassiers à se nourrir de chair (1); il aurait dû ajouter : c'est l'instinct carnassier qui les porte à détruire. Je ne prétends

(1) Ois., p. 108.

DE lA lACULTÉ Dli DESTnUCTIVlTK. S85

pas que la faim les presse au moment où ils détruisent, ni qu'ils pensent que la destruction a pour but leur nourriture, mais je dis que le mouvement de destruction dépend, dans ce cas, de la tendance à lalimontation ou de linstinct d'activité physique. « Mais il y a des ani- )) maux, répond le docteur, qui font plus de victimes )> qu'il n'en faut pour leur besoin. » La satisfaction de leur faim n en est que plus assurée. Le but est dépassé, mais il existe. « Beaucoup de choses, continue notre au- » teur, sont inutiles et relativement nuisibles ; elles doi- )) vent être détruites, et c'est pour cela que la nature » nous pousse à la destruction. » Mais cette destruction ne tombe-t-elle que sur les choses inutiles et nuisibles? c'est ce que vous ne vous êtes pas occupés de démontrer. Et d'ailleurs, pour les choses inutiles, à quoi bon les détruire? et pour les choses nuisibles, nous n'avons pas besoin qu'un instinct aveugle nous pousse au hasard : l'aversion et la crainte sont des guides plus puissants et plus sûrs. Nous persistons , en conséquence, à regarder le mouvement de combat et de destruction comme un résultat, tantôt de l'instinct d'alimentation, tantôt de l'instinct d'activité physique ou du ressentiment instinctif.

Quant à la question organique, il suffirait de convertir les prétendus organes de la combattiyité et de la destructivitê en un organe de la faculté motrice. Les assertions phrénologiques sur le rapport entre le courage physique habituel et le développement des lobes moyens du cerveau ne se trouveraient pas moins justifiées; la force motrice aurait un siège plus raisonnable que celui que Spurzheim lui suppose au-dessus de l'arcade du

280 APPKnr DU SEXE

sourcil (1) et surloul 1 explication des pljénomènes serait plus satisfaisante dans l'ordre psychologique.

S 9. Appétil du sexe.

Le plaisir sexuel, ou l'appétit du sexe (2) doit être distingue de l'amour de cœur, parce qu'il ne fait pas acception de la personne, souffre la promiscuité, ne nous attache que momentanément à son ohjet et dans la vue d'un plaisir corporel, comme la faim et la soif, et que, le besoin étant satisfait, l'objet devient indifférent.

Gall reconnaît ce principe sous le nom d'amour physique (3), mais il ne le distingue pas convenablement de l'amour de cœur ou de \ amour électif, dont nous parlerons plus loin.

Spurzheim change le nom d amour plijsique en a?7ia' twité, parce que ce penchant ne lui paraît pas plus matériel que l'amour de soi ou Tamour des enfants (k). Mais Tamour de soi ne s'applique pas à un objet matériel ; Taniour des enfants est un sentiment désintéressé, puisque nous les préférons à nous-mêmes. L'amour physique ou l'appétit du sexe, n'a pour objet qu'un plaisir corporel , quelquefois même sans affection pour la personne qui le fait goûter, à moins qu'il ne se complique du sentiment d'amitié ou de l'amour de cœur. iNous pensons avec

(1; Voyez le présent ouvrage, 2'= partie, ch. III, S 2.

(2) Rcid, l. 6, p. 3i.

(;j; Jnnl., l. 3, p. 20-

(t; Ois., p. 130.

INSTINCT D'APPi;01'RIATI0\. 287

Gall que Texpression iïamatiuité est tout à fait impropre pour exprimer le pencliaiit dont il s'agit, et nous préférons au ternie d^anwur pliysiijuc , employé par Gall lui-même , celui d'appétit du sexe , par lequel M. JouflVoy a traduit le mot de Reid, lust, qui ne se confond pas en anglais avec le mot loue, amour de cœur.

M. A'imont, pour désigner ce principe de notre organisation, a cru devoir prendre le terme Aa pencliant à la reprocluciioîi (1) ; mais il court risque de le faire confondre ainsi avec l'amour de la progéniture. L'amour sensuel ne voit rien au delà des sens , et ce n'est pas la reproduction qu'il cherche dans l'acte que lui agrée. Cependant, comme c'est dans un hut de reproduction que la nature nous porte à cet acte, et qu'il y a le même rapport entre cet acte et la reproduction qu'entre l'adduction à la bouche et la nutrition, le titre adopté par M. Vimont peut se justifier , sinon dans l'ordre psychologique , au moins dans l'ordre ontologique.

L'appétit du sexe prédétermine, comme toutes les autres alfections, les actes propres à le satisfaire ; et le tourment de Daphnis et de Chloé n'a existé que dans l'imagination deLongus.

s 10- Instinct d'appropriation.

Les philosophes écossais ont pensé que la propriété dérive de la prévoyance ou de l'amour du pouvoir (2). Lambitieux peut en effet aimer la richesse comme

(1) Traité de phrèn., {. 2. p. 230.

(î/ Rci(J, t. 6, p. 30:J-5. O.-Stewart. rxfuU^s actù'es. (. t, p. 07.

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