‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 90 sur 115 · INSTINCT · texte numérisé non relu

INSTINCT

et Tordre moral. Ce ne peut être non plus en vertu du sentiment de la conservation , « que l'oiseau rejette les » plantes qui lui sont nuisibles , et dont l'odeur lui dé- » plaît (l) ; )) il lui suffît pour cela de l'odorat et de l'organe de l'alimentation. L'oiseau , en repoussant instinctivement une nourriture qui lui serait nuisible , ne sait pas qu'il vient do conserver ses Jours , et n'a pas été conduit par i'amour de sa conservation. L'amour spécial de la vie ou l'appréhension instinctive de la mort demande l'intelligence nette de la vie et de la mort , et nous pouvons affirmer, sans faire une hypothèse trop audacieuse, que les animaux n'ont point cette idée.

Nous concluons donc que l'appréhension de la mort est un de ces effrois instinctifs que la phrénologie a mal distingués de là circonspection inductive ; que ces eflrois à priori forment un genre dont la peur de la mort est une espèce, et que celle-ci ne doit pas donner son nom à la classe tout entière.

s 18. Instinct de ruse.

Lorsque les objets de nos affections, soit égoïstes, soit désintéressées , sont menacés par des attaques extérieures, le ressentiment instinctif nous dispose au combat (2). Mais la nature craignant que ces objets ne fussent pas suffisamment protégés par ce moyen , y a pourvu encore d'une autre manière, surtout chez les espèces dont la con-

(2) Voy. mcrne chap., f 3.

DE UUSK. ai7

slitulion physique csl trop faiblo pour soutenir la lutte avec succès ; elle sujigère ridée et le goût de la ruse.

La ruse est double ; elle est active ou négative : elle opère par simulation ou par dissimulation.

Certains animaux font du bruit pour effrayer leur ennemi ; Tun agite les eaux , l'autre bat des ailes , un troisième donne de la voix, un quatrième se porte en avant : ils feignent tous un courage qu'ils n'ont pas, car ils fuient sitôt que l'ennemi fait mine de résistance. Ces animaux ont lïnstinct de la simulation , de la jactance et pour ainsi dire du charlatanisme.

Leroy , dans ses lettres sur les animaux , ra.conte ainsi

les ruses employées par le cerf. « Souvent , au lieu de

» rentrer d'assurance et d'aller droit se mettre à sa repo-

» sée , le cerf fait de faux rembûchements ; il eutre

» dans le bois , il en sort , il va et revient sur ses voies

)) à plusieurs reprises. Sans auoir d'objet présent din-

)) quiétude , il fait les mêmes ruses quïl ferait pour se

)) dérober à la poursuite des chiens s'il se sentait chassé

» par eux., . Il court souvent en ligne droite, revient sur

)) ses voies qt se sépare ensuite de la terre par plusieurs

)) bonds consécutifs... S il est pressé, il lui arrive de se

)) jeter sur le ventre , dans l'espérance que l'ardeur em-

» portera les chiens , qu'ils outrepasseront la voie ; et

» quand cela est arrivé il retourne sur ses derrières.

» Souvent il va chercher d'autres bêtes de son espèce ;

» et lorsque la horde est assez échauiTée pour parta-

» ger le péri! avec lui , et que lardeur des chiens [)eut

w s'y méprendre, il la laisse exposée et se dérobe par une

» fuite plus rapide. Le change en résulte souvent, et

» cette ruse eit une de celles dont le succès est le plus

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)) assuré... Le daim , le chevreuil et le lièvre emploient )) les mêmes ruses. »

Leroy attribue ces stratagèmes à lexpérience et au raisonnement; mais il n'a pas remarqué que d'autres animaux, tels que le loup , le renard, le lapin, auxquels il accorde autant de raisonnement et d'expérience, n'emploient aucune de ces ruses , mais en imaginent d'autres qui leur sont propres et qui sont refusées au cerf, au daim , au lièvre et aii chevreuil. Il faut donc voir dans l'emploi des ruses particulières de chaque espèce le résultat d'une inspiration naturelle.

Au lieu de faire de fausses démonstrations , quelques animaux se cachent , s'atténuent , se glissent en tapinois, assoupissent leurs pas , retiennent leur souffle , feignent de dormir ou font les morts : ceux-là ont le goût naturel de la dissimulation.

« Le renard se laisse rarement emporter à l'ardeur de » poursuivre une proie qui fuit ; il arrive près d'elle en se » traînant et s'en saisit en sautant légèrement dessus (1).»

Parmi les araignées , les unes tendent des filets , les autres se placent dans un affût ou se bîotissent sous des trappes ; toutes se cachent pour guetter îa pfdie.

« Le fourmilion se creuse dans le sable une fosse en )) forme d'entonnoir , au fond de laquelle il se place. » Malheur à îa fourmi qui vient à passer sur le bord de )> la fosse : le sable s'éboule sous ses pas ; elle tombe » dans l'embuscade, elle est saisie, sucée jusqu'à la mort, » et son cadavre desséché est lancé au loin pour qu'il » n'avertisse pas d'autres victimes (2). »

(1) Leroy, Lettres sur les animaux.

(1) DuDiOril, Eléments des lacnccs naturelles.

DE r.L'SK, 319

Les variétés de rcspèce humaine présentent cette diversité de caractères ; on connaît la jactance naturelle et non calculée du Gascon et la dissimulation instinctive de lEspagnol. Lamothe-Lcvayer, dans son discours .vi</' la contraricté d'hwneur des dijjéreutes nations , trace ainsi le portrait du Français et de l'Espagnol, a Le sol- )) dat français se fait toujours craindre dabord, jurant et )) tempêtant quand il entre quelque part. Le lendemain » il se trouve des grands amis de la maison. L'Espagnol )> use de courtoisie en arrivant, mais rien 'de plus rude » que sa sortie, pillant et désolant tout. » Ainsi l'un fait peur et se montre plus méchant qu'il ne Test, c'est le chien qui aboie sans mordre ; l'autre inspire la confiance et est plus méchant qu'il ne le paraît . ccst le chat qui fait patte de velours et qui ensuite égratigne. Le premier a plus de charlanisme , le second plus de dissimulation.

On retrouve la même diversité dans les hommes de cour dépeints par Labruyére. Tel ne peut dire nifaire aucune chose simplement et tranquillement. Chaque pensée se revêt sur ses lèvres d'une hyperbole; rien pour lui n'est de mesure ou de qualité moyenne ; tout est excellent ou détestable , « il marche des épaules, « il redresse la tête , il se balance, il s'agite, il roule les yeux, il gonfle la voix, il multiplie et agrandit ses gestes, il ne regarde personne , il se montre. Du reste ne lui demandez pas la raison de tout ce tapage , il n'en a pas le secret , c'est sa manière, c'est sa nature , il ne s'en aperçoit même pas , et ses affaires n'en vont pas plus mal tant l'instinct est supérieur à la raison.

320 n-iTINCT DE nusE.

Cet autre ne souffle mot : il no manifeste pas sa pensée,

C'est de la tcte aux pieds un homme tout mystère

Sans cesse il a tout bas , pour rompre l'entretien, Un secret à vous dire , et ce secret n'est rien ;

Et jusqucs au bonjour il dit tout à l'oreille (1).

Il marche la tête baissée, son geste est rare et court; sa voix s'entend à peine, il ne se montre pas, il regarde ; il n'a pas non plus la raison de sa prudence, il est fait ainsi et il réussit comme le premier.

L'antiquité cous présente l'opposition d'Alcibiade et de Thémislocle ; le dernier se contentait de ne pas laisser pénétrer ses desseins; le premier aimait à se donner pour tout autre qu'il n'était et à se présenter sous mille formes diverses. Le contraste de Fabius et d'Annibal n'est pas seulement le résultat des circonstances; il dérive du caractère naturel des deux adversaires. Fabius était plus impénétrable , Annibal plus insidieux.

Les enfants, avant Tage du raisonnement et du calcul, montrent quelquefois une disposition naturelle , les uns pour la dissimulation, les autres pour la ruse active. JMa- (iamc IXecker de Saussure, dans un livre rempli d'observations très-instructives sur l'enfance , nous raconte le trait suivant : « Un enfant de 18 mois convoitant depuis )) longtemps un petit panier , parvient à s'en emparer , )) le cache avec grand soin, et revient tout doucement )) s'établir auprès de sa mère. )) Jusqu'ici c'est la ruse de dissimulation , mais voici celle de simulation qui com-

(I) Le Miutnthvope, acte IL

fRiTigor; Dt l\ sér.nkTiviTK. :j-2l

nience : « L'enfant voudrait se tenir (ran(mille , mais )) trop agité pour y réussir , il ajïacc sa mère et la comble )) de caresses. Un autre enfant emprunte ud bel éventail, « et dans l'espoir de le faire oublier , i! apporte au prè- » teur des fleurs , de vieux jouets. Un troisième demande )) des bonbons pour son frère (1). »

L'abbé Girard , dans l'opposition des mots cacher , dissimuler et déguiser , a fait admirablement ressortir la différence qui existe entre la dissimulation et la ruse active. « On cache par un profond secret... on dissimule )) par une conduite réservée... on clàguise par des appa- » rences contraires. Il y a du soin- et de l'attention à » cacher... du travail et de la ruse à déguiser. L'homme )) caché veille sur lui-même pour ne se point tixihir par )) indiscrétion. Le dissimulé veille sur les autres pour ne )) les pas mettre à portée de le connaître. Le déguisé se

)) montre autre qu'il n'est pour donner le change

)) Lorsque la nécessité des circonslances et la nature des )) affaires engagent à déguiser, c'est politique ; mais lors- )) que le goût de manège et la tournure d'esprit y déter- » minent , c'est fourberie (2). »

§ 19. Critique de la sccréiniié.

Gall avait remarqué cette disposition à la tromperie , sous sa double face de simulation ou de dissimulation et il l'avait nommé : ruse , finesse , savoir faire (3). Spur-

(1) Education progressive OU Etude du Cours delà lie, 1'" édition, t. 1, p 280-1.

(2) Dictionnaire des synonymes ,

(3) .'inat., t. 3, p. 200.

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zlioini reconnaît les mêmes faits , mais il les rapporte à une cause qui ne leur suffit plus; c'est à la dissimulation qu'il ani)i>ll«' .scc/rf/i'/Vr (1). <( Les hommes rusés, dit-il, V décèlent de mille manières l'instinct à cacher , ils plai- » dent souvent le faux pour connaître le vrai ; ils exagé- )) rent le hien pour apprendre le mal; ils donnent des » vertus supposées à ceux dont ils désirent connaître les » défauts. »

Plaider le faux , exagérer le hien , donner des vertus supposées , tout cela c'est plus que dissimuler , que cacher , c'est simuler, c'est feindre, c'est agir. Il y a une grande dillercnce entre cacher ce qui est , et inventer ce qui n'est pas. La simulation et la dissimulation sont donc deux modes différents de l'instinct de ruse qui se rencontrent fort souvent dans le même homme , mais qui peuvent se séparer et constituer des caractères diflerents. Nous pensons donc qu'on doit revenir ici à la terminologie de t'zall. Il est important aussi , pour hien constater la nature instinctive de la ruse , de ne pas donner d'exemples où elle soit intentionnelle, raisonnée ; car il suflit alors de l'expérience et de Tinduction pour l'expliquer. Si vous avez remarqué que la conlradielion excite les hommes à dire leur secret et que vous mettiez à proiit cette remarque en plaidant le faux pour savoir le vrai , vous raisonnez , c'est-à-dire , vous vous souvenez de vos expériences et vous induisez qu'elles réussiront encore, il n'y a là ni l'instinct , ni le goût de la ruse pour la ruse elle-même.

La ruse ne se montre comme l'elTet d'une tendance naturelle , que chez les hommes qui ne se rendent pas

(Il Obs., p. 182.

DF. I,A SK.( RITIVlTir. 32:1

roniplo (1(S sinîulnlioiis ol des «lissimiilalions (\\\\\9, v.mpIoiiMil , ou clic/ les animaux à (\m la iialurc inspire de l'aire (In hiuil ou (lo socaclicr avant qu'ils aient pu prévoir !e j)rolit qu ils rclireront de ce iuané{îe ; il est donc uéeessnire de réformer sur ce point lanalyse cl la lerrniuolo^ie de Spurziieim.

ÎNIais nous avons à lui reprocher une faute plus prave qui retombe en partie sur son prédécesseur, c'est la coufiision de la faculté de circonspection , non-seulement avec rinduetlou, comme nous lavons vu tout àllieure, mais encore avec la faculté qu'ils appellent , Vunpcnchant il la ruse , l'aulre sécrctiwiLé.

u La circonspection , dit Spurzheim , contribue à la )) conservation ; elle (aH prendre les précautions ^ Hiit )> placer les sentinelles, retient l'activité des penchants )) et semble toujours dire : Prenez garde (1). )>

u "Lîi secret ivuê , dit le même , est un instinct dont les » animaux ont besoin pour se cacher , et pour s'y prendre » de manière it n'ctre pas aperçus. Un chat fait semblant » de dormir , il guette la souris sans faire aucun mouve- )) ment ; le chien pour s'assurer un os le cache dans la )) terre 2). »

Je crois que l'œil le plus pénétrant n'apercevrait pas ici de limite et ne pourrait découvrir pourquoi la force qui retient raclivitô des penchants est plutôt la circonspection que la secrctiuité, et pourquoi le manège du chat qui s'abstient de tout mouvement est dû plutôt à la secrélii'iié quà la circonsjjection.

M. Vimont a encore augmenté la confusion <n iiUor-

(1) Mnnrtcl, p. J3.

(2) MailUil, p. 30.

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