‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 92 sur 115 · AMOUR DE L'ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

AMOUR DE L'ÉGALITÉ

)) rieurcs ni de l'expérience qu'ils ont pu faire de leurs » talents (1). »

Gall cite l'exemple d'un mendiant qui s'était laissé tomber dans la misère parce qu'il avait regardé le travail comme indigne de lui. Il fait remarquer que ce sentim.ent est plus généralement répandu chez les hommes que chez les femmes , et chez certaines nations que chez d'autres. Il ajoute que cette affection contenue dans de justes hmites , constitue la noble fierté, la dignité humaine , mais qu'il peut dégénérer en orgueil , suffisance, dédain , présomption , insolence (2).

La psychologie et la phrénologie sont donc d'accord sur ce sujet.

S 2t. Amour de l'égalilc et de la supériorité.

Quelle que soit l'opinion que nous ayons conçue de nous-meme , chacun éprouve un déplaisir très-vif de se sentir inférieur à ses semblables. Il goûte au contraire une douce émotion à se savoir égal aux autres et il ne sera môme pas fàché.de leur être supérieur , non pas en apparence , mais en réalité. L'homme modeste qui se délie do lui-même et qui sejuge inférieur à tout autre, n'en est pas moins alïligé de cette infériorité qu'il s'attribue. II se réjouirait donc d'être égal au plus grand nombre en facultés intellectuelles , en force physique et même en beauté , et si Dieu lui offrait de faire de lui le plus intel-

(I) Obs., p. 10 et 18i. r2) T. 2, p. 295.

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ligent , le plus robuste et U; plus beau des bommes , il ne refuserait pas la propositiou. Il faut donc mettre au nombre des principes de la nature bumaine , lamour de l'égalité qui s'exalte quelquefois jusqu'au désir de la supériorité. Ce principe , retenu dans de justes limites , s'appelle émulatio/i. Lorsqu'au lieu de nous excitera nous élever nous-mêmes , il nous fait désirer rabaissement d'autrui il devient enuie.

Les pbilosopbes écossais ont avec raison distingué la conliance en soi-même d'avec 1 émulation ou le désir d'égalité ou de supériorité (1). Nous trouvons sur ce sujet une omission dans la pbrénologie. Suivant Spurzlieim , la Jalousie est une combinaison de l'estime de soi avec telle ou telle de nos autres facultés. « On peut être, )) dit-il , jaloux sous un rapport et indifférent sous un )) autre (2). » En effet , lorsque nous avons remporté un avantage , cette victoire fait compensation avec nos défaites et celles-ci peuvent nous devenir indifférentes. Mais ce n'est pas une preuve que nous aj ons besoin de nous estimer nous-mêmes pour être jaloux des avantages d'autrui. « Le jaloux , continue l'auteur , désire )) que ses facultés soient satisfaites de même que celles )) des autres personnes. » Avec la plus mauvaise opinion de soi-même on éprouverait le même désir. 11 est si peu vrai que l'estime de soi ou la confiance en soi-même figure comme élément nécessaire dans la jalousie, que l'orgueil exclut quelquefois l'envie. Tel orgueilleux se

(1) Reid, l- G, p. 79-83. Dugald-Stcwart. Ksquisscs de philosophie morale, trad. de 1\I. JoullVoy, p. 59-60^ Philosophie des facultés actii'es ou morales, trad.dejM. Simon, t. I,p. 70.

(2) Obs., p. 328.

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met dans son esprit tellement au-dessus des hommes qu'il n'a rien à leur envier. L'envie suppose que nous avons conscience de quelque manque ou imperfection : l'orgueilleux n'a pas de lui cette opinion. Parle-t-on de vertus? il n'en est pas une qu'il ne se donne; il s'attribue aussi tous les talents. L'occasion seule lui a manqué pour déployer son génie tacticien à la guerre , et son éloquence dans les assemblées politiques; s'il fait des vers, il est émerveillé de la richesse de ses rimes et de l'originalité de ses conceptions ; s'il écrit pour le théâtre et qu'il soit sifflé, cest du public quil rit; s'il joue lui-même la comédie, où trouver plus d'énergie ou plus de finesse ; s'il fait de 1 escrime , qui peut le lui disputer pour l'agilité et la force ? s'il monte à cheval , il ne tombe jamais par sa faute. Du reste , il n'est pas mécontent de sa figure et il sait en mettre chaque défaut sous le nom d'une qualité. Sa naissance peut n'être pas illustre , mais il méprise la noblesse. Ainsi donc , que lui nianque-t-il? il a beau se regarder , il est complet.

L'émulation et lenvie ne sont donc pas un résultat de l'estime de soi.

S 22. Amour du commandement.

Désirer d'être aussi intelligent , aussi brave ; aussi robuste , aussi beau que les autres , n'est pas désirer qu'ils nous obéissent , qu'ilsexécutent notre volonté. L'envieux lui-même, quisouflVcIe plus des atteintes portées à son désir de supériorité, n'est pas toujours pour cela un homme avide de pouvoir. Malheureusement le mot de supériorité s'applique à lu domination, aussi bien qu à lexcellence iu-

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tellectuellc , morale ot physiv'inc , et le commandement n'est souvent considéré qne comme nn genre d'excellence , une manière entre autres de donner satisfaction à notre émulation ou à notre désir de supériorité. Cependant l'émulation ne fait pas acception de tel ou tel avantage , elle se contente de celui qui nous échoit , ou elle les veut tous. Mais Timpérieux , et j'entends par ce terme celui qui veut commander, gouverner les autres à sa fantaisie , celui-là dédaigne tout autre avantage sur ses semblables. Donnez- lui les plus beaux palais, les jardins les plus délicieux , entourez-le du cortège le mieux choisi et le plus nombreux , euivrez-Ie des enchantements de tous les beaux arts , prodiguez-lui tous les trésors , conférezlui même le droit d'élection universelle; qu'il nomme les généraux , mais sans jamais commander les armées ; qu'il institue les administrateurs, mais sans prendre part à l'administration ; il vous répondra comme ÎVapoléon à Syèyes : « Vous voulez faire de moi un cochon à l'en- )) grais. )) Lorsque César disait en passant dans un village : J'aimerais mieux être ici le premier que le second à Rome , ce n'était pas le premier orateur qu'il voulait être , ni le premier poëte , ni le plus riche citoyen , ni le plus beau des Romains , mais le plus puissant.

Il y a donc un amour de la domination , un plaisir d'exercer le pouvoir moral , comme un plaisir d'exercer la force physique. Ce n'est plus ici la vaine satisfaction du corps , c'est le contentement de l'esprit , ij n'est plus question de s'agiter , de courir , de porter , de soulever , de dompter seulement pour exercer la force motrice ; mais de modifier les choses extérieures suivant ses desseins, de réaliser au dehors sa volonté. Faiie défricherune forêt sauvage , dresser un terrain , bâtir ua édifice , sou-

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