‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 93 sur 115 · AMOUR · texte numérisé non relu

AMOUR

mettre la nature inerte à nos plans est déjà une réalisation assez douce de notre volonlé ; faire obéir des animaux , guider un cheval , conduire un char dans la carrière , est une satisfaction plus vive ; commander aux hommes , faire mouvoir à son gré une cohorte , un régiment , une armée , sont des plaisirs plus recherchés encore ; mais gouverner toutes les armées , administrer les provinces , distribuer la justice , régler l'enseignement et la religion , diriger tous les ressorts d'un grand empire , faire rayonner sa volonté du centre à toutes les parties de la circonférence , la réfléchir dans toutes les intelligences , l'exécuter avec tous les bras , être le seul déclarateur de la loi, dire à tous les autres : Vous devez, et s'en tendre dire à soi seul : Si vous voulez; cest le rêve qui enchante , c'est la chimère qui emporte et tue les ambitieux.

INous pensons donc que E.eid et Stewart ont eu raison de constituer à part le désir du commandement et de le distinguer de lémulalion ou du désir général de supériorité (i;.

Les phrénologistes ne nous paraissent pas avoir saisi le caractère de Tamour du pouvoir. Gall attribue l'amour du pouvoir à lorgueil (-2) , Spurzheim le fait résulter d'un méiange de persévérance et d'estime de soi (3).

Est-il vrai que la fermeté ou la persévérance combinée avec l'orgueil, produise l'amour du commandement? Quant à l'orgueil , il faut sans doute avoir une haute conliancecn soi-même , je ne dis pas pour aimer le commandement , mais pour chercher à s'en emparer ; toutefois il n'en résulte pas que tout homme doué dun peu de

(1) Reid, t. G, p. 41. D. SlC^\ai't, PhUosoph. desfacullcs nclii'., 1. 1, p. C3.

(3) Manuel, p. «G.

DU (;OM'.i\M)i;MK.\r. 331

fermeté dans la bonne opinion qui! a de lui-même, poursuive la clîimèie du {îouvoir. ])ioj;èiie ne niaïujuait ni d'orgueil ni de persévérance , puisipie les privations el les sarcasmes n'ont pu le faire sortir de la misérable condition quil s'était choisie ; il n'a cependant jamais voulu commander à personne.

Ou le sentiment appelé fermeté par les phrénologislcs est le plaisir que nous éprouvons à faire exécuter nos volontés , ou ce n'est qu'un degré de telle ou telle autre faculté. Dans le premier cas , le sentiment de la fermeté est l'amour du commandement lui-même; mais l'analyse qu'en donne la pbrénologie est sujette à bien des reproches 5 comme nous avons essayé de le prouver (1) ; dans le second , ce n'est pas une faculté spéciale. Spurzheim avait senti le vice de sa théorie sur la fermeté. « II est )) difficile , (lit-il , de définir ce sentiment primitif (2). » Comment , avec une psychologie aussi vague parvenir à une organologie précise ?

Commander à ses semblables est un plaisir pour la plupart , une passion pour quelques-uns ; le degré inférieur de Tamour du commandement est Tamour de l'indépendance. jN e voyons-nous pas beaucoup d'hommes peu soucieux d'imposer à d'autros leur volonté, pourvu qu'on les laisse se gouverner à leur fantaisie? Il y a des races conquérantes qui savent garder leur conquête ; il y a des races indépendantes qui ne se plaisent sous le joug de personne , mais qui ne font pas d'etTorls pour imposer leur empire à d'autres races ; qui n'ont opéré de conquêtes que sous l'impulsion de la foi religieuse et qui ne les ont

1) Voy. 2<= part.; ih. H L -' (2) Obs., p. 19S,

Page 1