‹ La psychologie et la phrénoloChapitre 99 sur 115 · THÉORIR PHRÉNOLOGIQUE DE L\ VÉNÉRATION · texte numérisé non relu

THÉORIR PHRÉNOLOGIQUE DE L\ VÉNÉRATION

mais il la laisse flotter dans le vague , et il a confondu la vénération à priori , irréfléchie , instinctive , avec la vénération raisonnée, ii posteriori, expérimentale. « La vénération, dit -il, n'a pas d'application déter- )) minée. Elle peut s'exercer sur les choses, les per- » sonnes, les idées et sur l'Être -Suprême. Ce senti- » ment porte au respect et fait reconnaître des choses )) comme sacrées ; il vénère les vieillards , les parents et » tout ce qui est respectable , et il adore la cause des )) causes, c'est-à-dire Dieu (1). )) Dire que le sentiment de la vénération est excité par les choses , les personnes et les idées , c'est dire quil est excité par tout ce qui existe ; mais Fauteur parle plus has des vieillards , des parents , de la cause suprême : ce ne sont donc pas toutes les choses , toutes les personnes , ni toutes les idées qui excitent la vénération , mais certaines choses , certaines personnes, certaines idées ; les exemples contredisent la définition. L'auteur détruit bientôt la spécialité des exemples en ajoutant que ce sentiment respecte tout ce qui est respectable ; mais quelles sont les choses respectables? est-ce la vénération qui en décide , est-ce une autre faculté? Dans ce dernier cas, il n'est plus question que d'une vénération à posteriori, comme celle que nous ressentons pour une vertu éprouvée , pour une intelligence qui a fait ses preuves. La vénération pour la vertu vient du sens moral , la vénération pour le génie vient de l'amour des arts ou des sciences ; il n'y a rien là de commun avec la vénération à priori qui ne résulte pas d'un mérite constaté , mais qui le suppose.

Nous pensons donc que la phrénologie n'a pas conve-

(1) ois., p. 197.

PL.VISinS DE LA VUE, DE L'OUlE, ETC. 375

iiablement distingué la vénération clairvoyante et à posteriori qui nous saisit à 1 aspect du l)!cn et du beau, et qui n'est que le plaisir du développement de la faculté morale et des autres facultés intellectuelles , d'avec la vénération aveugle et à priori qui nous frappe en eertaines circonstances , et nous fait suppost^r , non-seulement le bien et le beau là où nous n'avons pu voir encore ni l'un ni l'autre, mais encore tous les genres de mérite et de perfection.

§ 11. Plaisirs de la rue, de l'ouïe et de la facuUc interprclative.

Nous abordons maintenant un groupe d'aiïcclions auxquelles on donne d'ordinaire le nom de plaisirs de l'esprit.

Il n'y a que trois de nos sens qui nous fournissent des plaisirs vraiment corporels , ce sont l'odorat , le goût et le toucher. Ce dernier, à l'aide de la mémoire , permet à l'aveugle d'apprécier des formes régulières , et ce plaisir ne se localise plus dans l'organe ; c'est déjà un plaisir de l'esprit.

Mais la vue et l'ouïe ont le privilège de nous mettre plus complètement en rapport avec la beauté physique. La vue nous fait presque instantanément embrasser des formes étendues et compliquées, elle nous ies fait voir en mouvement et elle y joint le charme de la couleur. Non -seulement nous admirons les larges développements des plaines et des montagnes, limmensité des cieux et des mers , les vastes proportions d'une pyramide ou d'une cathédrale , mais nous aimons à suivre

37G l'LAISiRS DE L\ VUE, DL f/OOlE, ETC.

des yeux le mouvemcKl des nuages , le balancement des arbres, la fuite des eaux du fleuve, et nous sommes encore charmés par la verdure de la prairie , l'azur de la voûte céleste , la teinte blanche et rose d'une tête de vierge , l'or, la pourpre et lazur dont les temples son décorés (1).

Le sens de l'ouïe nous fait goûter à son tour les plaisirs d'un timbre flatteur, d'une nette articulation, d'un rbythme varié, d'une modulation mélodieuse et d'un chœur harmonieux.

Mais la vue et l'ouïe ne saisissent que les traits les plus grossiers de la beauté physique : l'étendue et la figure , le mouvement et l'action , la couleur et le son ne présentent tous les caractères de la beauté que lorsqu'ils deviennent expressifs (2). Il faut donc appeler au secours de l'ouïe et de la vue la faculté interprétative. C'est elle qui nous fait lire sur le visage humain, idéalisé par le ciseau du statuaire , les pensées les plus profondes , les passions les plus vives ou les plus sublimes vertus ; c'est elle qui dans les modulations de la mélodie, dans les inflexions de la voix nous fait entendre le morne accent de la tristesse, les vifs éclats de la joie, les imprécations de la haine ou les expansions de l'amour; c'est elle qui nous fait comprendre les sentiments exprimés môme dans la ])hysionomie de l'animal : le calme et la force empreinte sur la face du lion , et la douceur qui respire dans l'attitude do la colombe ; c'est elle enfin qui nous révèle un sens jusque dans la nature inanimée en nous la montrant, comme « le trône extérieur de la magnificence di-

(1) Reid, t. 5,1). 277-8,283.

(2) Ueid, l. 5, p. 2U0-li t. 0, p. 77, et M. Coussin. Cours de 1818, XX V'-- liçon.

ciUTioui: !)!■; i,\ r.vcL'i/ri: dk i/oiidiu;. 377

)) ville (1). » Ici rol)jet de notre piaisir n'est plus engagé dans le corps, ainsi que lalimcnt, l'odeur et la saveur; ce n'est plus un avanîage qui nous soit personnel , comme la supériorité , le pouvoir , la propriété. L'objet reste à distance : il ne nous est pas exclusivement attribué , le plaisir que nous y goûtons ne diminue en rien celui que les autres peuvent y prendre, et c'est là ce qui fait le désintéressement et la noblesse de ce genre d'affections.

S 12. Critique de la facuUé de l'ordre-

Les éléments de la beauté physique sont donc la grandeur, la régularité , ou l'unité dans la variété, le mouvement, la couleur, le son et surtout l'expression. Le plaisir que cette beauté nous cause nous est fourni par le toucher, mais surtout par la vue , l'ouïe et la faculté interprétative.

Le docteur Gall , en ônumérant nos perceptions , a reconnu que chacune d'elles peut nous procurer du plaisir ou delà peine (2).

Spurzheim a répété cette observation. « Les yeux , )) dit-il, font connaître la lumière et ses nuances, ils en )> sont affectés agréablement ou désagréablement (3). » Et ailleurs il attribue à la facuUé perceptive du coloris le plaisir que nous cause la vue des Heurs et des cou-

Ci) BuîTon, Discours sur la nature,

(1) .hiat:, t. 2, p. 231.

(2) Obs., p. 283; Manuel, p. 5(3.

leurs (1). Il a mal déterminé la faculté interprétative, mais il lui confère à la fois l'intelligence et le goût des signes et de leur interprétation.

Enfin Gall et Spurzheim posent , en thèse générale , que toute faculté procure du plaisir ou de la peine , suivant qu'elle est affectée d'une manière qui est en harmonie ou en désharmonie avec elle (2). NoifS^avons fait plusieurs fois l'observation que cette thèse détruit la division des organes, en organes des facultés intellectuelles et organes des facultés affectives. Il faudrait au moins reconnaître que ce n'est pas de la même partie de l'organe que dérivent la notion et l'affection, carie premier phénomène n'est pas toujours accompagné du second , ainsi que nous avons essayé de le démontrer, et Spurzheim nous a fourni lui-même l'exemple d'un enfant qui était fort habile appréciateur de l'intonation et à qui la musique ne faisait goûter aucun plaisir. Mais comme nos deux auteurs , à l'exemple de Locke , ont trop de bon sens pour ne pas trahir de temps en temps leur propre système, et qu'ils ne manquent jamais de nous fournir des arguments ad hominem , peut-être allons-nous leur prouver par leur propres aveux , et les inductions qui eu sortiront légitimement que l'amour de la beauté physique, et par conséquent les plaisirs de la vue , de l'ouïe et de la faculté interprétative n'ont pas pour siège les mômes organes que les perceptions et les mémoires des objels matériels.

Gall et Spurzhem |constituent à part une ^faculté de l'ordre. Gall entend par ces mots : le sens du goût, h

(1) Â/nnuel, p. 57.

(2) Gall, .-Jnat., [.i, p. 303; SpurzheijC, Obs., p. 326.

sens de la symétrie (1). « L'ordre, dit son coUabora- )) leur et son disciple , peut s'appliquer aux dimensions, )) aux formes, aux couleurs, aux tons {-l). » La faculté de l'ordre ne peut pas être une faculté perceptive, car. elle ferait double emploi avec les facultés perceptives ou mémoratives de l'étendue , de la configuration , du coloris , des tons et de la durée qui suffisent pour nous faire connaître la ressemblance ou la dificrence , l'harmonie ou la désharmouie de leurs objets. La faculté de i ordre ne peut donc être qu'un goût , qu une afleclion , et , comme la définit M. Combe , « la faculté d'être )) satisfait de Tordre et affligé du désordre (3). » Ainsi faliéné, qui voit apparaître des formes confuses, doit souffrir quelque aitératiou dans les organes des perceptions et des représentations relatives aux formes, et non pas dans i organe de l'ordre , comme le dit M. Yimont (4). L'altération de ce dernier organe ne ferait que troubler le goût, et non la perception de la symétrie.

L'ordre appliqué aux dimensions constitue les grandeurs égaies ou proportionnellement décroissantes; appliqué aux formes , les figures régulières et parallèles ; aux couleurs , la pureté et la dégradation successive des nuances ; aux tons , le rbylhme et le retour symétrique des modulations. Or, c'est là justement, avec l'expression , ce qui nous charme dans les objets physiques. Personne ne se plaît aux grandeurs inégales , aux formes irrégulières , aux couleurs mêlées ou sales , aux tons non

(!) Jimt., [. i, p G!.

(2) Oij., p. 29 j; Manuel, p. 58.

(3) Noiw. manuel, p. 180.

(i) Traite lie pkréii.,\. 2. p. 'iàl.

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mesurés , aux mélodies non symétriques. Nous pouvons donc conclure , d'après l'aveu des phrénologistes , que les alTeclions excitées par les objets physiques se rattachent à un autre organe que les perceptions et mémoires relatives aux mêmes objets.

Mais , n'y a-t-il pas lieu de faire des divisions dans cet organe de lamour de I ordre ? Celui qui se plaît à la régularité des formes , comme rarciiitecte et le peintre , est-il touché au môme degré de la régularité des couleurs et des tons ? Ne faut i! pas, au moins , distinguer soigneusement Tordre physique d'avec Tordre intellectuel , et d'avec l'ordre dans les mœurs. Le dernier appartient à la faculté morale; le second est une appropriation des moyens à la fin , comme par exemple , un plan de composition littéraire ou scienliGque : il appartient à Tinductiou. Un homme peut être fort régulier dans sa conduite morale et laisser beaucoup de désordre dans ses compositions, et dans les oI)jets matériels dont il dispose. L'un rangera sa bibliothèque par ordre de formats , l'autre par ordre de matières : le premier préféreia la régularité physique ; le second , l'analogie iriteliectuelie. Spurzheim , dans Thistoire curieuse de John Mitchel , jeune sourd-niuet presque aveugle ;, nous fournit des exemples d'un amour de Tordre physique : « John » Mitchel , dit-il , donne la préférence aux personnes )) bien mises; et s'il a des habits neufs, il ne veut plus

)) mettre les vieux Il se plaît à recueillir des pierres

» rondes et lisses , à les disposer en cercle , et à se placer •» au milieu (i). -» 11 n'y a pas trace ici d'ordre moral,

(1; Ol's., p. 208.

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