INSTINCT D’ACTIVITÉ PHYSIQUE
Cet instinct d’activité physique avait été négligé par les premiers 'phrénologistes. Le docteur Broussais a réparé cette omission, a Si j'ose ici me citer, dit-il, j’avais,
)> sans connaître les travaux de l'école d’Edimbourg, ad- » mis comme elle ... le besoin de l’activité musculaire , )> l’impatience d’agir, parce que ce besoin me paraît im- » périeux chez les jeunes sujets (1). »
L’exercice trop prolongé de la force motrice finit par causer une peine spéciale connue sous le nom de fatigue, et la cessation du mouvement ou le repos devient à son tour un plaisir.
L’amour du combat, quand on l’isole du désir de vengeance (2), de l’amour de la gloire (3), du plaisir de la domination (4) n'est qu’un degré supérieur de la tendance à l’activité physique, un amour du pouvoir matériel.
L’expérience prouve que les enfants remuants , tapageurs, s’engagent volontiers dans les rixes , comme le jeune Duguesclin, dont la mère disait qu’il était toujours battant ou battu. Celui qui aime à dompter, battre, détruire , est poussé à ne pas s'inquiéter des coups qu'il peut recevoir, lorsque chez lui, d’ailleurs , les appréhensions naturelles ne sont pas très-vives (5); il est justement dans la condition la plus favorable au courage physique.
De meme que , suivant la remarque de Spurzheim , l'habile direction de la faculté motrice* ne dépend point de la grosseur et de la force des muscles, de même le plaisir du mouvement ou de l’action physique n’est pas
(1) Cours de phrèn., p. 141.
(2) Voyez le présent ouvrage, môme chap-, § 3.
(3) Ibid., S 23.
(4) Ibid., $ 22.
(5) Ibid., § 14.
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en proportion de ïa puissance musculaire. Cette puissance peut d’ailleurs être neutralisée par la crainte, soit inductive, soit irréfléchie. Voilà pourquoi le courage physique ii’est nullement en rapport avec la force extérieure. Un chien de petite taille fait souvent fuir plus grand que lui, non pas seulement parmi les animaux de son espèce. Cependant, le sentiment de la force musculaire peut quelquefois réagir sur la disposition à user de la faculté motrice. .
$ 8. Critique de la faculté de destructivité.
Nous établissons donc comme plaisir spécial de l’espèce humaine celui du mouvement pour lui-même, c’està-dire de l’activité physique ou du déploiement de la faculté motrice, plaisir auquel nous rapportons la tendance habituelle au combat et à la destruction , et nous rejetons les facultés spéciales de combattmtê et de des tructivitè imaginées par Spurzheim (1).
Gall avait été mécontent de ces dénominations. Il avait représenté que le titre d’une faculté doit en exprimer le degré moyen et non l’excès ; que la combattivitè et la destructivité sont des tendances excessives d’après la description même qu’en donne Spurzheim , car tous les hommes ne sont pas portés « à mordre, pincer, casser, )> rompre, déchirer, brûler, dévaster, démolir, ravager, )> étrangler, empoisonner, assassiner (2). » Il avait posé
(1) Manuel, p. 33 et 34.
r (2) Gall, t. 3/p. 20.
cet excellent principe pour la détermination d une faculté : « Une faculté fondamentale est commune à tous » les individus de l’espèce , mais les degrés varient d’in- )> dividu à individu. Si on néglige toutes les modifica- )> tions accidentelles, si on ne fait attention qu’à ce qu'il » y a de commun dans les individus , on aura trouvé la )> faculté fondamentale (1).» Il est vrai que Gall avait considéré l’amour du combat comme l’excès , non de la tendance permanente à l’activité physique, mais du ressentiment instinctif ou de l’instinct de propre défense, ce qui donnait lieu à l’objection suivante j.
« La différence, dit M. Combe, entre les philosophes » et les phrénoîogistes, au sujet de la combattiuité , c’est » que nous considérons ce penchant comme exerçant
)> une influence habituelle sur l’esprit, inspirant lorsqu’il
» est développé , une hardiesse naturelle , et poussant à » chercher les occasions dans lesquelles la faculté peut » s’exercer (2). » « Ce n’est pas l’impulsion colérique du » moment, ajoute M. Broussais, l'emportement passager ; » c’est une hardiesse habituelle, soutenue qui affronte le » danger, qui le contemple sans s’effrayer, et qui puise » de nouvelles forces dans les obstacles qu elle ren- » contre (3). Le docteur Gall n’avait donc rendu compte que du courage physique momentané et non du courage habituel. Pour l’expliquer, il fallait ajouter que toute faculté demande à s’exercer ; l’activité physique et l’activité intellectuelle lorsqu’elles se trouvent soutenues par la confiance en soi-même (4), et quelles ne sont paspa-
(1) Gall, t. 3, p. 20.
(2) Nom\ Manuel, p. 72.
(3) Cours de phrén., p. 212*
r £(4) Voy. le présent oavrage, même chap., S 20.
DE LA l-'ACULTÉ DE DESTRUCTIVITÉ.
ralysées par les appréhensions instinctives (1) , suffisent pour déterminer cet amour de l’action et du combat, soit physique, soit intellectuel, auquel les phrénologistes croient devoir consacrer une faculté spéciale.
Quant à la destructivité, si l’on veut prendre la peine de lire tous les exemples de destruction cités par Spurzheim (2), on verra qu'ils peuvent tous s’attribuer, soit à l'instinct d’alimentation , soit à l’instinct de propre défense, soit au plaisir d’exercer le pouvoir physique. J’ai essayé ailleurs (3) d’expliquer comment les populations sauvages qui montrent la plus grande férocité sont celles qui vivent dans un tel état de souffrance, que chez elles la vengeance et les hostilités ne peuvent s’accomplir que par d’affreuses tortures. Mettez ces peuples dans des conditions plus heureuses, et vous verrez peu à peu s’adoucir leur cruauté, s’éteindre leur soif du sang. De ce que certains exemples de monomanie homicide ne rentrent, ni dans l’instinct d’alimentation, ni dans le ressentiment instinctif , les phrénologistes croient devoir admettre un goût spécial de la destruction. Ils n’ont pas tenu compte de l’amour du pouvoir matériel ou de l'activité physique, dont l’excès nous pousse à battre, dompter et détruire. Parmi les faits qu’ils allèguent, figure celui d’un jeune homme de Fribourg, qui mit successivement le feu à neuf maisons, mais qui aidait luimème à éteindre les flammes, et qui sauva une fois un enfant (4). Cet aliéné ne détruisait donc pas pour dé-
(1) Voy. le présent ouvrage, mémechap., S 13.
(2) Obs p. 155-1G9.
(3) Traité de la peine de mort> 2e édit. 1829. (i) Obs,, p. 165.
truire, mais pour exercer son pouvoir. Les monomanies destructives sont des déviations de linstinct carnassier ou de l instinct de propre défense ou de l’amour de l’activité physique, ou enfin ce sont des exemples de ces goûts factices que l’homme parvient à se créer par des surexcitations morales ou physiques , se faisant ainsi un besoin de la douleur elle-même. Au surplus , eston bien certain que l’acte de l’aliéné émane d’un seul principe ? Se flatte-t-on de démêler toutes les associations d’idées que les circonstances extérieures peuvent exciter dans chaque intelligence, et voudrait-on rapporter à une faculté spéciale la manie de cet aliéné qui,
pensant que son corps est de verre , redoute de le briser
au moindre choc, et de cet autre qui s’imagine que son nez est devenu le séjour perpétuel d’une mouche obstinée.
J'ai entendu avec grand plaisir le docteur Spurzheim proclamer que toutes les actions que nous inspire la nature nous sont utiles, et que toutes celles qui nous sont utiles nous sont inspirées par la nature , propositions qu'il mettait sous cette forme : « Tout ce qui )> est pour l’homme est dans l’homme, et tout ce qui est » dans l’homme est pour 1 homme. » Mais en vérité, on ne voit pas quel serait le but de cette destruction pour la destruction même. Ce n'est pas, dit Spurzheim, l’instinct destructeur qui porte les animaux carnassiers à se nourrir de chair (1) ; il aurait dû ajouter : c’est l’instinct carnassier qui les porte à détruire. Je ne prétends
(t) Obs., p. 168.