APPETIT DU SENE
{sourcil (1) et surtout { explication des phénomènes serait plus satisfaisante dans l’ordre psychologique.
S y. Appétit du sexe.
Le plaisir sexuel, ou 1 appétit du sexe (2) doit être distingué de l’amour de cœur, parce qu’il ne fait pas acception de la personne, soutire la promiscuité, ne nous attache que momentanément à son objet et dans la vue d’un plaisir corporel, comme la faim et la soif, et que, le besoin étant satisfait, l'objet devient indifférent.
Gail reconnaît ce principe sous le nom d’amour physique (3), mais il ne le distingue pas convenablement de i’amour de cœur ou de Y amour électif, dont nous parlerons plus loin.
Spurzlieim change le nom d'ainour physique en amatwité , parce que ce penchant ne lui parait pas plus matériel que l’amour de soi ou l’amour des enfants (4). Mais l’amour de soi ne s'applique pas à un objet matériel ; l’amour des enfants est un sentiment désintéressé, puisque nous les préférons à nous-mêmes. L’amour physique ou l’appétit du sexe, n’a pour objet qu’un plaisir corporel , quelquefois même sans affection pour la personne qui le fait goûter, à moins qu'il ne se complique du sentiment d’amitié ou de l’amour de cœur. Nous pensons avec
(1) Voyez le présent ouvrage, 2e partie, ch. 111, § 2.
(2) Rcid, t. 6, p. 32.
(î$) Jnat ., t- 3, p. 20.
(t) OBs.y p. 130.
INSTINCT D'APPROPRIATION
Gall que l'expression iïamativitè est tout à fait impropre pour exprimer le penchant dont il s’agit, et nous préférons au terme d’ amour physique , employé par Gall lui-même , celui d’appétit du sexe , par lequel M. Jouffroy a traduit le mot de Reid, lust , qui ne se confond pas en anglais avec le mot love, amour de cœur.
M. Y i mont, pour désigner ce principe de notre organisation, a cru devoir prendre le terme de penchant a la reproduction (1) ; mais il court risque de le faire confondre ainsi avec l’amour de la progéniture. L’amour sensuel ne voit rien au delà des sens, et ce n’est pas la reproduction qu’il cherche dans l’acte que lui agrée. Cependant, comme c’est dans un but de reproduction que la nature nous porte à cet acte, et qu’il y a le même rapport
entre cet acte et la reproduction qu’entre l’adduction à la
bouche et la nutrition, le titre adopté par M. Vimont peut se justifier , sinon dans l’ordre psychologique , au moins dans l’ordre ontologique. •
L’appétit du sexe prédétermine, comme toutes les autres affections, les actes propres à le satisfaire ; et le tourment deDaphnis et deChloé n’a existé que dans l’imagination de Longus.
S 10. Instinct d’appropriation.
Les philosophes écossais ont pensé que la propriété dérive de la prévoyance ou de l’amour du pouvoir (2). L'ambitieux peut en effet aimer la richesse comme
(1) Traité de phrén t. 2, p. 230.
(2) Reid, t. 0, p. 363-5. D. -Stewart, facultés actives , t. 1; p. 67.
INSTINCT D’APPROPRUTION.
un moyen de puissance , mais ce n est pas là le lien qui attache l’avare à son trésor, ce dernier n’est sensible qu’au plaisir cV acquérir et de garder .
Gall reconnaît cette affection. Pour démontrer qu’elle n est pas l’œuvre de la législation, il cite les animaux qui défendent contre tout agresseur le gîte qu’ils se sont choisi , le nid qu'ils ont dressé, l’habitation qu’ils ont construite. Certains oiseaux, des plus faibles comme des plus forts, le rossignol, le rouge-gorge et l’aigle défendent non seulement leur habitation, mais une certaine région tout autour, qu’ils s’attribuent en propre et qu’ils interdisent aux autres oiseaux de leur espèce. Les abeilles combattent jusqu’à la mort pour leurs murailles de cire. L’auteur prouve que le penchant à l’appropriation ne vient pas du besoin, de l’ignorance, de l’improbité ou de l’irréligion par les exemples de Yictor-Amédée Ier, roi de Sardaigne , qui ne pouvait s’empêcher de dérober quelques objets de peu de prix, et d’un voleur repentant, qui, à l’article de la mort, fut surpris étendant la main pour voler la tabatière de son confesseur (1). Spurzheim reproduit tous ces exemples (2). Je regrette seulement de voir ce dernier donner comme preuve de l’esprit de propriété l’exemple du chien qui distingue la maison de son maître d’avec celle d’un étranger (3) ; car distinguer le lieu où se trouve son maître , ce n’est pas reconnaître que ce lieu lui appartient.
C’est se laisser duper par une métaphore, que d’attribuer le plagiat à un excès du penchant à l’acquisition (4).
(1) Jnat., t. 3, p. 267-285.
(!) p. 181. Manuel , p. P.
INSTINCT D’APPROPRIATION
Ce penchant nous porte à nous emparer d’un lieu, d’une construction ou d’un objet mobilier; mais ce qui nous pousse à nous décorer de la gloire d’autrui, c’est la vanité ou l’envie. Il 11e s’agit pas ici d’une appropriation matérielle ; Spurzheim commet dans ce cas la faute qu’il a reprochée au docteur Gail, de mêler dans un même penchant le moral et le physique (1). Si, comme il le fait judicieusement remarquer, ce n’est pas la même faculté qui nous porte à nous enorgueillir et à monter sur les lieux élevés, ce n’est pas non plus la même tendance qui nous fait ramasser les objets matériels et ravir la gloire d’autrui. Il n’y a ici de commun que le mot prendre, qui exprime , d’un côté une installation de notre corps en un lieu, une main mise sur des objets tangibles, et de l’autre un désir d’estime , une affectation d’un mérite qui n’est pas le nôtre ; et certainement il n’y a pas plus de différence entre l’orgueil et l’habitation des montagnes.
Après avoir pris des exemples de l’instinct d’appropriation chez les animaux qui entassent sans raisonnement et chez les hommes qui volent par besoin presque machinal, il était inutile de chercher à expliquer notre goût pour la propriété par la notion du respect dû au travail. Spurzheim s’exprime ainsi : « Une troupe de )) chamois qui s’est établie sur une montagne en chasse » les autres. L’homme éprouve également ce penchant. )) Supposons deux personnes qui vivent dans une forêt , )> 1 une ramasse des fruits sauvages pendant l’automne , » l’autre se promène et ne fait pas de provisions ; mais » pendant l’hiver, la seconde veut partager les fruits
(1) Ohu , p. u T.
INSTINCT D’APPROPRIATION
» que la première a cueillis : celle-ci ne sen lira-t-elle » pas que les fruits lui appartiennent, parce qu elle )) sest donné la peine de les ramasser (1) ? » Si nous n’aimons à conserver notre propriété que parce que nous nous sommes donné la peine de l’acquérir , par quelle tendance lavons-nous d’abord acquise? l’amour de la propriété précède et détermine l’acquisition, ce n’est pas l’acquisition qui détermine l’amour de la propriété. Si la troupe de chamois n’était pas prédisposée à s’approprier la montagne, ils ne la posséderaient jamais, et ils n’auraient pas l’occasion d’en exclure les autres animaux de leur espèce. Ce n’est donc pas parce qu’ils se sont donné la peine de l’acquérir qu’ils se l’approprient , c’est parce qu’ils ont voulu se l’approprier qu'ils ont pris la peine de l’acquérir, et encore cette peine n’a-t-elle pas été bien grande s’ils ont été les premiers occupants. Dans riiisloire des deux hommes de la forêt , il n’y a pas trace de l’instinct de propriété : l’un des deux fait des provisions parce qu’il prévoit l’hiver ; il n’acquiert pas pour acquérir, il raisonne son acquisition. Ce qu’il défend contre l’agresseur, c’est bien plus qu’une accumulation instinctive, c’est le fruit d’un travail raisonné et entrepris pour lui seul. Réduire l’instinct d’appropriation aux fruits de notre travail, c’est effacer tous les exemples des animaux qui s’emparent d’un gîte, sans travail , et le défendent comme s’ils y avaient travaillé , et des hommes qui poussent la manie de la propriété jusqu’au vol ; enfin, c’est ne pas tenir compte du penchant qui nous porte à nous emparer des matériaux avant d’y appliquer notre travail.
(1) Vis., p. 179.
INSTINCT D’APPROPRIATION. 291
Les animaux qui sont portés par leur instinct à faire des provisions, ne connaissent pas le but de cet approvisionnement. Le nouvel essaim d'abeilies n’a pas encore vu l hiver , il ne peut le prévoir, et cependant il amasse. Son plaisir consiste à entasser ; la nature se réserve l’emploi ultérieur de celte richesse. Il en est de même pour l’homme : la nature nous fait goûter du plaisir à posséder quelque chose en propre, à augmenter nos possessions, sans que nous ayons besoin d’en raisonner l’emploi, et l’enfant annonce le goût de la propriété avant d’être capable d’en concevoir la destination. Ceux qui sont poussés par le goût de la propriété jusqu a l’avarice, amassent pour amasser, pour compter et recompter leurs richesses et non pour goûter les plaisirs qu’elles peuvent procurer, car ils ne les consacrent à aucun usage. De nos jours, l’avarice se preud aux métaux précieux , parce qu’ils sont la richesse des peuples civilisés, de celle qui représente toutes les autres; mais à défaut de celle-là, un avare entasse ses grains, ses fruits et son gibier, non pas pour s’en servir, car il n’en use qu’à regret, et il en laisse corrompre la plus grande partie. 11 ne faut donc pas dire que l’instinct d’acquérir soit la passion dominante de ceux qui disent : « A quoi cela est-il bon ou utile (1)?)) car pour l’avare, posséder est tout simplement bon à posséder, il n’en sait pas davantage.
Il n’en est pas moins vrai que le goût de la propriété est mis en nous dans une vue providentielle. A quoi sert la possession ? l’animal et l’avare ne le savent pas , mais la nature le sait : elle a voulu que l’homme trouvât
(1) Spurzheim, Obs ., p. 179-180.
1 INSTINCT D'APPROPRIATION
sous sa main certains objets au moment où le besoin s’en ferait sentir. Si les pies et les corbeaux ramassent des métaux et des pierres dont ils ne nous paraissent pas faire usage (1), il est probable que cette appropriation se rattache à une fin qu’ils ignorent peut-être euxmêmes, mais qui n’en existe pas moins , et qu’on découvrira quelque jour.
Enfin, il ne faut pas avancer, comme la fait Spurzheim, que l’instinct d’acquérir ne détermine pas l’objet de l’acquisition (2) ; car 1° cette proposition démentirait l’intention providentielle qui éclate dans toutes les prédispositions de notre nature ; 2° elle contredirait l’expérience : les fourmis, les abeilles et tous les animaux dont Spurzheim a cité l’exemple, s’approprient certains lieux, certains travaux , certains objets et non aucun autre. L’homme est le seul qui aime à s’approprier toute chose, mais aussi c’est le seul qui puisse tirer parti de toute chose. Le nombre croissant des inventions et des découvertes nous permet de croire qu’il n’est rien sur cette terre que l’espèce humaine ne sache un jour mettre à profit.
Dans l’homme, l’instinct d’appropriation se complique de l’amour du pouvoir, passion dont nous parlerons plus loin. C’est pour cette raison que nous réclamons le droit d’user, comme bon nous semble, de notre propriété, de la transmettre à notre gré, d’en disposer pour le temps où nous ne serons plus, et même de l’anéantir. La tendance de l’esprit d’appropriation est de conserver et non
(1) Obs.t p. 180.
(2) lbid.f p. 181,