‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 115 sur 181 · CRITIQUE DE L’HABIT ATIVITÉ · texte numérisé non relu

CRITIQUE DE L’HABIT ATIVITÉ

do transmettre. Celui qui se dessaisit volontairement de son bien est dit faire acte de propriétaire , mais par abus de langage; il fait acte de maître ou de souverain , mais non de propriétaire, puisqu’il se dépossède. Aussi, voyez l’avare : ce qu’il voudrait, ce n’est pas le droit de tester, mais le pouvoir d’emporter avec lui sa richesse. Il sait bien que sa propriété lui échappe à la mort, c’est ce qui le désespère et lui fait jeter un œil de courroux sur ses héritiers. C’est à cause de la réunion ordinaire de l’instinct de conservation et de l’instinct de souveraineté ou de commandement que les philosophes écossais ont attribué l'amour de la propriété à l’amour du pouvoir.

§ 11. Critique de Xhabitcitivitê.

La nature ayant semé sur la surface du globe une innombrable multitude d habitants, devait leur assigner à chacun leur place, afin qu’ils ne vinssent pas à se disputer le sol et à s’écraser les uns contre les autres. Elle remplit déjà ce but, sans doute, en faisant que les diverses espèces trouvent en différents lieux les conditions de température et d’alimentation qui leur conviennent. Mais avant que l’animal sache qu’il rencontrera en tel lieu des ressources dont il n’a pas èncore l’idée , il faut bien qu’un attrait particulier le conduise vers cet endroit, et l’y retienne. Lorsque les petits de la cane ont brisé leur coquille, ils se dirigent vers l’eau, sans savoir encore quel peut être pour eux l’utilité de cet élément.

« Le temps de l’exclusion des œufs est de plus de » quatre semaines. Ce temps est le même lorsque c est

)> une poule qui a couvé les œufs. La poule s’attache » parce soin, et devient pour les petits canards une » mère étrangère, mais qui n’en est pas moins tendre. » On le voit par sa sollicitude et ses alarmes, lorsque , » conduits pour la première fois au bord de l’eau , ils » sentent leur élément et s’y jettent poussés par V impul- » sion de la nature , malgré les cris redoublés de leur » conductrice qui, du rivage, les rappelle en vain en s’a- » gitan t et se tourmentant comme une mère déso- )> lée (1). )>

A peine les insectes sont-ils éclos, que les uns s’enfoncent dans le sol, les autres s’envolent dans les airs, ceux-ci s’attachent à l’écorce des arbres, ceux-là se posent sur les Heurs. Les différentes espèces d’oiseaux placent leurs nids à des hauteurs différentes.

Le même instinct se fait remarquer chez les mammifères. Si, par exemple, dans le pré où se nourrit une chèvre , il se trouve une pierre nue et stérile , elle s’y place comme sur un piédestal pendant tout le temps qu’elle n’emploie pas à brouter. C’est à des variétés de cet aveugle instinct qu’il faut attribuer la migration des animaux voyageurs, phénomène qui ne s’explique ni par là température, ni par le manque d’aliments , puisque le départ a lieu par la chaleur comme parle froid, et que des espèces plus faibles passent l’hiver dans nos climats.

Mais est-il nécessaire, pour expliquer le choix dun gîte de reconnaître un instinct spécial, distinct de 1 instinct général d'appropriation. La phrénologie s’est prononcée pour l’affirmative, et elle a constitué, d une part,

(1) Bll (TOI), Du canard.

DK L HABIT ATIVITÉ.

l' acquisioité, et de l’autre Yhabitativiié. Mais elle ne s’est pas aperçue qu elle appuyait ces deux principes sur les

mêmes exemples et qu elle attribuait ainsi à deux causes les mêmes effets. A l’article de Y acquis witê , nous lisons dans Spurzheim : « Les animaux défendent la place

» qu’ils occupent et leurs nids contre les agresseurs

» Le rossignol, le rouge-gorge, l’aigle ont leur canton » où ils sont établis, et d’où ils éloignent les autres in- » dividus de leur espèce. On connaît la constance des » hirondelles pour leur nid et pour la cheminée dont )> elles se trouvent en possession. Les chasseurs savent » que dans un arrondissement il n’y a qu’un certain » nombre d’animaux d’une espèce. Une troupe de cha- )> mois qui s’est établie sur une montagne en chasse les )> autres (1). » Si tous ces exemples servent à constater Yacquisivilè , que restera-t-il pour constituer l’instinct du gîte ou Yhabitalwitè ?

Thomas Reid avait noté comme une variété du goût de la beauté physique l’instinct qui fait choisira l’animal un gîte de préférence à tout autre. « C’est probablement )> une variété du goût du beau qui détermine chaque )> animal à fixer sa demeure parmi certains objets plutôt » que parmi d’autres (2). » Et en effet si le séjour de notre choix n’a pas toujours l’avantage d’être agréé de tous nos semblables, il faut bien qu’il ait offert à nos yeux un charme particulier.

Dans les grandes migrations des peuples, les uns s’arrêtent sur les montagnes, les autres dans les plaines , ceux-ci au milieu des forêts, ceux-là sur les bords des

(1) Ohs., p. 178-9.

grands fleuves ou de la mer. Parmi les individus , tel se plaît dans les lieux secs et arides et par conséquent dans la monotonie des villes, tel autre a besoin de la verdure des prés et des arbres et des accidents d’un horizon varié.

Faudrait-il donc voir dans le choix du gîte une prise de possession immobilière, guidée par un goût intellectuel semblable à l’admiration de l’artiste pour le beau, et serait-ce ce goût intellectuel que la phrénologie cacherait sous le nom d ’ habit atwité ? Mais qu’elle prenne garde: cette faculté ne va-t-elle pas faire double emploi avec la faculté de localité ? Quels effets la phrénologie attribue-t-elle entre autres à cette dernière ? « L’amour de )> la géographie et des voyages. . . le goût des paysagistes. . . » les migrations périodiques des oiseaux, le retour dès )) hirondelles, des rossignols, des cigognes, des étour- » neaux et d’autres oiseaux de passage, non pas dans )> un pays de température analogue, mais clans le même )> pays, au même toit , a la même fenêtre , au même » arbre (1). »

Ainsi 1 ’habitativité , comme goût intellectuel pour certains lieux, empiète sur la localité , et comme prise de possession sur Xacquiswitè. Elle ne peut donc demeurer comme faculté spéciale. Aussi Spurzheim n’avait -il indiqué que d’une manière très-conjecturale l’organe de la prétendue faculté d’ habit ativité. Tl en montrait le développement chez les animaux qui habitent les hauteurs, et la dépression chez ceux qui habitent la plaine. « Il est )> certain que les animaux qui aiment les habitations )> élevées ont une partie cérébrale très-dé veloppée. L orw ganisation respective diffère dans les espèces du même

(1) Obs., p. 287-8-9.

DE L’HABITATIYITÉ.

)) genre qui habitent les plaines (1). » Mais si cette circonvolution est l’organe du choix d’un gîte, elle doit être également développée chez ceux qui demeurent dans la plaine et chez ceux qui habitent la montagne, ou bien il faut y reconnaître seulement la tendance à demeurer dans les lieux élevés. Or, c’est avec raison que Spurzheim répugnait à établir une faculté aussi restreinte ; il ne voyait dans l’amour des lieux élevés qu'un mode d’une faculté plus générale , de celle du choix des lieux. Mais ce choix appartenait d’avance à l’organe de la localité , placé au milieu des facultés perceptives et éclairé par elles; Spurzheim ne devait pas l’établir dans une circonvolution qui, de son aveu, n était développée que chez une partie des animaux, lorsque presque tous choisissent un séjour. C’est pour ces raisons sans doute que Spurzheim, un peu découragé, terminait par ces mots sur l’organe de X habit atwitè : « L'instinct du sé- /> jour est commun à la plupart des animaux et l’organe )> respectif a probablement son siège dans la région in- » férieure du cerveau ; mais il est difficile de le détermi- » ner, parce que les animaux terrestres et les animaux )> aquatiques ayant également cet organe , ne peuvent

)) pas être comparés les uns avec les autres D'un

» autre coté, il est très-difficile d’observer un assez w grand nombre d’individus de la même espèce qui ex- » celîent par cet instinct , et d’autres chez lesquels il » soit peu actif (2). y

(1) Oh., p. 145.

(2) Oh., p. 149-50.

CRlflQÜE

S il. Critique de la construclivité.

Un très-grand nombre d’animaux ne se bornent pas à se choisir un gîte; ils modifient le lieu quils ont choisi., soit en nettoyant le terrain, soit en creusant le sol, soit en dressant et liant des matériaux. « Les ouvrages des )> animaux, dit Rcid, nous offrent une étonnante variété u d’instincts particuliers à chaque espèce , soit sociale , » soit solitaire. Tels sont les nids des oiseaux , dont la » situation et la forme sont si semblables chez la même » espèce, si diverses chez les espèces différentes; les toiles » des araignées et des autres insectes fileurs; le cocon du

» ver à soie; les souterrains des fourmis et des autres » insectes fouilleurs; les alvéoles des guêpes, des frelons )> et des abeilles ; les écluses et les cabanes des cas- )> tors (1) . »

Thomas Reid n’avait accordé l’instinct de construction qu'aux animaux. Gallet Spurzheim lont étendu à l’espèce humaine (2). Mais examinons la description quils en donnent : «La faculté en question (dit Spurheim , » qui résume ici la théorie de son maître), donne la dex- » lé ri té manuelle dans tout ce qui concerne la construc- » tion et dans l'usage des outils (3). » Et ailleurs : « Cette » faculté n’a pas fait naître les conceptions sublimes de » Raphaël ni celles des autres grands peintres, mais elle

» est nécessaire pour les représenter sur les tableaux ( V). »

(2) Gall, Annt t. -4, p. 143. Spurzlieim, Manuel , p 39.

(3) Manuel , p. 39.

(4) Obs.j p. 172.

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