‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 120 sur 181 · APPREHENSIONS INSTINCTIVES · texte numérisé non relu

APPREHENSIONS INSTINCTIVES

Certains animaux nous font peur sans raison et môme malgré la raison. Tel , ail sortir d’une leçon d’histoire naturelle où on lui aura démontré la propreté extrême et la parfaite innocence des araignées de nos climats , s’il trouve une araignée grosse et velue étalée sur sa porte , n’osera pas la faire tomber du doigt , et un intrépide général, après le gain d’une victoire, n’aura pas toujours le courage de dormir sous sa tente dans la compagnie d’un crapaud. Lorsque le naturaliste nous a fait savoir que la couleuvre est innocente , il nous faut encore bien des efforts pour surmonter notre premier mouvement de crainte à l’aspect de ce corps sinueux et luisant qui se roule et glisse dans l’herbe. Aussi voyons-nous le dragon, monstre composé du serpent et du crapaud, figurer dans tontes les traditions poétiques ou populaires , comme redoutable gardien de trésors ou ennemi naturel du genre humain.

Le sentiment que ces objets nous inspÿent a priori , sans raisonnement, est du même .genre que la peur instinctive des animaux à la première vue de leur ennemi, avant qu’ils en aient reçu l’attaque. L’agneau frémit et prend la fuite au premier aspect du loup. L'oiseau de

basse-cour tremble de toutes ses plumes, lorsque dans

les airs se marque un point noir dans lequel il a deviné l’oiseau de proie. Un phénomène remarquable signalé

par Ses naturalistes et qui semble indiquer que l’homme est prédestiné à jouer le premier rôle sur cette terre , c’est que les animaux les plus féroces fuient en sa présence, à moins qu’ils ne soient pressés par la faim, et que cet autre principe de leur nature ne paralyse le

premier.

Ces appréhensions agissant sur la force motrice dis-

posent naturellement noire corps à la fuite, et une partie du courage consiste à combattre le mouvement naturel de préservation , à redresser le corps et à le tenir ferme et fixe devant les ennemis imaginaires comme devant les véritables ennemis.

S 15. Critique de la faculté de circonspection.

Ces appréhensions se distinguent très-nettement de la crainte inductive on de la prudence raisonnée , en ce qu’elles s’appliquent d’avance à' certains objets déterminés , comme l’odorat est choqué naturellement de certaines odeurs, tandis que la crainte inductive se prend indistinctement à tous les objets que l’expérience a montrés dangereux. La phrénologie ne me "parait pas avoir bien saisi ce principe instinctif de la constitution humaine. Le docteur Gall traite d’une circonspection générale dans laquelle se trouvent confondus les effrois instinctifs et les appréhensions raisonnées. « Il était néces- » saire, dit-il, que l’animal et l’homme fussent doués d’une » faculté pour prévoir certains événements , pressentir » certaines circonstances, se prémunir contre les dangers. )) Les personnes imprévoyantes ne vivent que dans le » présent et îont des entreprises hasardeuses. Dans î’obs-

» eu ri té elles se heurtent contre une table , brisent la » vaisselle pour ne l’avoir pas rangée, négligent d’entou-

» rer les bassins d’une balustrade , perdent les sommes )> quelles ont prêtées , courent à cheval sur un pavé » passant, mettent le feu par imprévoyance (1). » .11 n’y

(1) Annt., t. 3, p. 332.

nos

CR l TIQUE

a rien de commun entre Feftroi irréfléchi qui nous saisit malgré nous à ! aspect, d une couleuvre ou d une insecte ailé souvent inoffensif et la crainte raisonnée , judicieuse , expérimentale, si je puis ainsi parler, qui nous

empoche d’approcher la lumière des rideaux, de lancer un cheval sur un pavé glissant, de prêter notre argent sans garantie, et de laisser jouer des enfants sur les bords d’un bassin sans balustrade. Cette* crainte sage vient de l’induction ; la crainte instinctive n’en vient pas ; la première est à posteriori , elle est instruite par le passé, et elle change d’objets suivant l’expérience ; la seconde est à priori , elle anticipe sur l’avenir, et ses objets sont constants. Gail l'a dit lui-même : « la circonspection est le » haut degré d’ime faculté dont le degré commun est lm- » duction (1). » Or, comme il attribue Vin duction à l'ensemble des organes placés dans la région antérieure et

supérieure du cerveau (2)., il ne devait pas en détacher

la circonspection , pour la rapporter à une circonvolution des lobes moyens. « C’est la circonspection, dît-il , en- )> core qui porte l’outarde , l’oie sauvage , le liaot, Fé- » tourneau , le singe à placer des sentinelles (3). » Si ces animaux placent des sentinelles après avoir été surpris une première fois, ils font un acte d'induction ; si au contraire ils naissent avec l’idée d’un mal qui les menace et qu’ils soient instinctivement poussés à placer des gardes, sans en avoir reconnu expérimentalement 1 utilité, ils éprouvent alors une de ces appréhensions à priori dont l’objet est constant et qui n’a rien de commun

(1) Jnat,, t. 3, p. 2! .

Page 1