‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 128 sur 181 · DE RUSE · texte numérisé non relu

DE RUSE

slitution physique est trop faible pour soutenir la lutte avec succès; elle suggère l’idée et îe goût de la ruse.

La ruse est double ; elle est active ou négative : elle opère par simulation ou par dissimulation.

Certains animaux font du bruit pour effrayer leur ennemi ; l'un agite les eaux , 1 autre bat des ailes , un troisième-dônne de la voix, un quatrième se porte en avant : ils feignent tous un courage qu’ils n’ ont pas, car ils fuient sitôt que 1 ennemi fait mine de résistance. Ces animaux ont 1 instinct de la simulation, de la jactance et pour ainsi dire du charlatanisme.

Leroy , dans ses lettres sur les animaux , raconte ainsi les ruses employées par le cerf. « Souvent , au lieu de )> rentrer d’assurance et d’aller droit se mettre à sa reno-

» sée , le cerf fait de faux rembûchements ; il entre » dans le bois , il en sort, il va et revient sur ses voies » a plusieurs reprises. Sans avoir d objet présent din- )> quiétude , il fait les mêmes ruses qu’il ferait pour se » dérober à la poursuite des chiens s’il se sentait chassé }) Par eux... Il court souvent en ligne droite, revient sur )> ses voies et se sépare ensuite de la terre par plusieurs » bonds consécutifs... S’il est pressé, il lui arrive de se )> jeter sur le ventre , dans l espérance que l’ardeur em- » portera les chiens , qu’ils outrepasseront la voie ; et )> quand cela est arrivé il retourne sur ses derrières. )> Souvent il va chercher d’autres bêtes de son espèce ; )) et lorsque la horde est assez échauffée pour parta- » ger le péril avec lui , et que l’ardeur des chiens peut )) s y méprendre, il la laisse exposée et|^ dérobe par une » fuite plus rapide. Le change en résulte souvent, et » cette ruse est une de celles dont le succès est îe plus

I INSTINCT

)> assuré...* Le daim , îe chevreuil et le lièvre emploient » les mêmes ruses. »

Leroy attribue ces stratagèmes à l’expérience et au raisonnement; mais il n’a pas remarqué que d’autres animaux, tels que le loup , le renard, le lapin, auxquels il accorde autant de raisonnement et d’expérience, n'emploient aucune de ces ruses , mais en imaginent d’autres qui leur sont propres et qui sont refusées au cerf , au daim , au lièvre et au chevreuil. Il faut donc voir dans l’emploi des ruses particulières de chaque espèce le résultat d'une inspiration naturelle.

Au lieu de faire de fausses démonstrations , quelques animaux se cachent , s’atténuent , se glissent en tapinois, assoupissent leurs pas , retiennent leur souffle , feignent de dormir ou font les morts : ceux-là ont le goût naturel de la dissimulation.

« Le renard se laisse rarement emporter à l’ardeur de » poursuivre une proie qui fuit ; il arrive près d’elle en se )> traînant et s’en saisit en sautant légèrement dessus (1).»

Parmi les araignées , les unes tendent des filets , les autres se placent dans un affût ou se h lotissent sous des trappes ; toutes se cachent pour guetter la proie.

« Le fourmilion se creuse dans le sable une fosse en » forme d’entonnoir , au fond de laquelle il se place. » Malheur à la fourmi qui vient à passer sur le bord de )> la fosse : le sable s’éboule sous ses pas ; elle tombe » dans l’embuscade, elle est saisie, sucée jusqu’à la mort, )) et son cadavre desséché est lancé au loin pour qu’il » n’avertisse pas d’autres victimes (2). »

(1) Leroy, Lettres sur les animaux.

(1) Duraéri), Eléments des sciences naturelles.

Page 1