DE RUSE
Les variétés de l’espèce humaine présentent cette diversité de caractères ; on connaît la jactance naturelle et non calculée du Gascon et la dissimulation instinctive de l’Espagnol. Lamothe-Levayer , dans son discours sur la contrariété d’humeur des différentes nations , trace ainsi le portrait du Français et de l’Espagnol. « Le sol- » dat français se fait toujours craindre d’abord, jurant et » tempêtant quand il entre quelque part. Le lendemain » il se trouve des grands amis de la maison. L'Espagnol )> use de courtoisie en arrivant , mais rien de plus rude » que sa sortie, pillant et désolant tout. » Ainsi l’un fait peur et se montre plus méchant qu'il ne Test, c’est le chien qui aboie sans mordre ; l’autre inspire la confiance et est plus méchant qu’il ne le paraît , c’est le chat qui fait patte de velours et qui ensuite égratigne. Le premier a plus de charlanisme , le second plus de dissimulation.
On retrouve la même diversité dans les hommes de cour dépeints par Labruyére. Tel ne peut dire ni faire aucune chose simplement et tranquillement. Chaque pensée se revêt sur ses lèvres d une hyperbole; rien pour lui n’est de mesure ou de qualité moyenne ; tout est excellent ou détestable , « il marche des épaules, » il redresse la tête ,
il se balance, il s’agite, il roule les yeux, il gonfle la
voix, il multiplie et agrandit ses gestes, il ne regarde personne , il se montre. Du reste ne lui demandez pas la raison de tout ce tapage , il n’en a pas le secret , c’est sa manière, c’est sa nature , il ne s’en aperçoit même pas , et ses affaires n’en vont pas plus mal tant l’instinct est supérieur à la raison.