‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 146 sur 181 · DE FAMILLE · texte numérisé non relu

DE FAMILLE

mour maternel est ie résultat d on calcul intéressé, si la mère aime dans l’enfant un instrument de profit ou l’appui futur de sa vieillesse. Puisque l’amour maternel va jusqu’au sacrifice de la vie, il n’a pas pour origine un intérêt, ou autrement on détruirait la fin pour sauver les moyens, on brûlerait l’édifice pour conserver la base.

(c Mais, réplique-t-on, ce que la mère aime dans ses enfants, ne serait-ce pas les grâces, la figure et plus tard le mérite intellectuel et moral qu’elle est plus à même que tout autre d’apprécier, ou bien cette affection ne serait-elle pas le résultat de Ihabitude?» Quelle manie singulière de refuser à l’espèce humaine certaines tendances pour lui en accorder libéralement plusieurs autres? Vous coûte-t-iî plus de lui reconnaître l’affection maternelle que le goût du mérite intellectuel et moral de la beauté physique, de l’habitude, etc.? Ces dernières tendances sont-elles plus évidentes que la première ? — Il faut simplifier les explications. — * Sans doute , mais non pas au point que les explications ne suffisent plus aux phénomènes. L’amour maternel , comme l’amour électif, loin de naître des perfections de la personne aimée, lui en prête plus qu elle n’en possède : qui ne connaît les illusions maternelles ? Cette affection devance non-seulement le mérite, mais encore la naissance de l’enfant; il n’est donc pas non plus le résultat de I habitude.

De notre temps, une école philosophique trouvant dans la faveur des pères et mères pour leurs enfants un obstacle à la répartition des richesses, suivant le travail et le mérite de chacun, et voulant arriver cependant à ce but désirable, avait pris le parti de nier l’obstacle et de déclarer que l’amour des parents est une fiction, un faux semblant, un aete de parade et de vanité ; que les

AFFECTIONS

anciens législateurs ayant voulu établir l’état sur îa famille avaient enseigné la moralité de l’amour des enfants et avaient dressé ainsi les hommes à ! affecta tien de cet

amour; qu’il suffisait de changer l'éducation, et de dire aux mères d’aimer les enfants des autres comme les leurs, pour obtenir cette heureuse révolution ; que déjà la république de Sparte avait donné l’exemple, et qu’elle avait bien su trouver des mères plus amies de la patrie que de leurs enfants. Mais cette école ne remarquait pas que l’admiration de l’antiquité pour les femmes de Sparte naissait justement de l’effort que celles-ci devaient faire afin de combattre la nature, et que si cet exemple prouve que l’affection maternelle peut être vaincue , il prouve aussi qu’elle existe. Ce qui a fait périr d’une fin précoce la constitution de Sparte et a valu le trépas à tous ceux qui ont essayé de la rétablir, c’est qu’elle froissait la nature par plus d'une entrave, et qu’il faut que les législateurs s’arrangent pour que l’humanité respire à l’aise dans les constitutions politiques, pour qu’elle soit gouvernée et non mutilée.

Forcée de reculer devant l’évidence de l’amour maternel, l’école dont nous parlons s’était retirée comme derrière un dernier retranchement dans la négation de l’amour paternel. Eli bien ! disait-elle, dans notre constitution, lesmères connaîtrontet aimeront leurs enfants; les pères n’ont besoin ni de les connaître ni de les aimer.

Nous accordons , avec les observateurs de tous les temps, que l’amour paternel le cède à l’amour des mères ; mais on ne peut cependant nier îa réalité du premier. Le père s'impose pour ses enfants de plus rudes tâches que pour lui-même. Pas un père n'hésiterait un instant à prendre sur lui tous les maux qu’il pourrait épargner

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à son enfant. Nous avons vu naguère un assassin sortir de sa retraite et venir se livrer lui-même aux mains de la justice pour ne pas laisser condamner son fils innocent. L affection du père s’élève donc aussi jusqu’au dévouement, et lors même quelle reste au-dessous de S’affection maternelle , elle est tout aussi spontanée, tout aussi spéciale et tout aussi désintéressée.

Puisqu’il existe dans nos cœurs une affection spéciale pour ces êtres qui proviennent de nous et que nous préférons à nous-mêmes, n’en éprouvons -nous pas une autre pour les êtres dont nous provenons ? L'affection liliale a été, comme l’affection maternelle, ramenée à d’autres principes qu’elle-même. On n’a voulu y trouver que le résultat de l’intérêt, de l’estime, de la reconnaissance, ou enfui, comme toujours, de l’habitude. Sans remonter à l’histoire du dévouement filial de Coriolan, nous avons chaque jour sous les yeux des preuves que l’affection filiale accepte aussi bien les charges que les bénéfices dont les parents peuvent être la source et qu’ainsi elle ne se fonde pas toujours sur l’intérêt. Quant à Y estime et à la reconnaissance, on ne peut nier qu elles ne fortifient beaucoup l’affection filiale, et cependant la dernière parvient quelquefois à se passer des premières ou au moins à les supposer. La faute, et même le crime d’un père trouve facilement excuse chez ses enfants Titus Manlius, relégué par son père, loin de la ville, parmi les esclaves des champs, condamné à leur nourriture et à leurs travaux, apprend que ce père est menacé par un tribun dune accusation capitale ; il accourt à Rome pendant la nuit, pénètre chez 1 accusateur, le force, un poignard sur la gorge, à se désister de son accusation et retourne à son lieu d’exil, prouvant

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par là que, chez lui du moins , l'affection filiale est un sentiment aveugle qui n’a besoin ni des vertus ni des bienfaits d’un père.

L’exemple précédent montre encore que T affection filiale ne vient pas de f habitude. Quelques soins que prenne pendant de longues années une seconde femme , pour faire oublier aux enfants du premier lit la mère qu’ils n’ont souvent qu’entrevue, elle ne parvient pas à éteindre chez eux tout regret. C’est pour cela qu’on se prête si facilement à ces fictions sur la voix du sang, au désespoir d’OEdipe, qui a tué son père sans le connaître , à l’élégie d’un jeune poète sur un père qu’il n’a jamais connu, quoique dans tous ces exemples il n’y ait pas trace d’intérêt , d’habitude , d’estime ou de reconnaissance.

Dans une de ces bonnes actions que couronne chaque année l’Académie française, nous trouvons une nouvelle preuve de la spécialité de l’amour filial. De pauvres gens de basse condition recueillent un petit enfant, l’élèvent du mieux qu’ils peuvent, en lui laissant croire qu’il est leur fils. Ils l’envoient à une école gratuite de musique, pour qu’il donne un jour des leçons de cet art. L’enfant devenu jeune homme se trouve en état d’exercer une profession honorable. Il est sur le point de se marier ; ses parents adoptifs sont obligés à ce moment de lui révéler le secret de sa naissance. Qu’a-t-il à perdre? Rien, sous le rapport de la fortune, rien non plus sous le rapport de l’amour-propre : la basse condition de scs père et mère ne le relevait aux yeux de personne. Tous les sentiments dont on fait dériver l’amour filial lui resteront : n’aura-t-il pas avec eux la même habitude? ne leur devra-t-il pas îa même estime et plus

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