‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 150 sur 181 · DE LA FACULTÉ DE BIENVEILLANCE · texte numérisé non relu

DE LA FACULTÉ DE BIENVEILLANCE

qu'on éprouve pour les êtres animés; que compatir et sympathiser c'est commencer à aimer, et que celui qui n’aimerait personne n’éprouverait ni sympathie ni compassion.

Gall a très- bien vu que la bienveillance est le degré supérieur d’un sentiment dont le degré commun est la sympathie (1) , et il a parfaitement distingué la sympathie d’avec l'amour de soi (2). Nous avons déjà dit qu’il avait eu tort de regarder la conscience morale comme un mode de la bienveillance, et bous avons ajouté que la bonté ne doit pas figurer comme une dos facultés de rjnteiligence , mais comme un mode des facultés affectives. : . * ,

Le docteur Spurzheim paraît s’être forme une singulière idée de la bienveillance , puisqu’il la confond avec ce qu’on appelle la douceur dans les animaux (3). Il met sur la même ligne le chevreuil et îe philanthrope ; les chiens, les chevaux , les singes, qui sont doux et pacifiques, ont le même organe que les bienfaiteurs de l’humanité (4). « Seulement, dit-il, chez les animaux, )> la bienveillance se borne à une douceur passive , tan- » dis quelle est éminemment active dans l’espèce hu- » mai ne (5). »

Mais la douceur passive d’un animal tient à la sociabilité , comme chez le chien , le singe et le cheval, ou à la timidité, comme chez le lièvre. Si l’animal ne se

(1) Jnnt t 3, p. 21.

(2) Ibid., t. 4, p. 194.

(3) Manuel, p. 43.

(4) Obs. , p. 189-191.

(5) Obs., p. 194.

362 VÉNÉRATION INSTINCTIVE. s

borne pas à se laisser conduire, s’il va jusqu’à aimer son

guide , si ie cheval sympathise avec son cavalier ,

Lance un regard oblique à son maître expirant,

Revient, penche sa tête, et le üaire en pleurant (i),

si le chien défend l’homme , il ne s agit plus ici de douceur passive, mais d’attachement, et c’est une nouvelle preuve que la sympathie est un degré de la disposition à s’attacher, et qu’il n’y a pas lieu de compter comme deux facultés à part la sympathie et rattachement.

Voici donc les points sur lesquels nous appelons l’attention des phrénologistes au sujet des affections du cœur : lc> Ne convient-il pas de faire considérer comme des affections spéciales et indépendantes les unes des autres la sociabilité , l’attachement individuel , le besoin de s’épancher et l’amour électif ? 2° Ne faut-il pas joindre à l’affection paternelle et maternelle l’affection filiale et l’affection fraternelle sous le nom d’affection du sang ou de famille ? 3° La sympathie n’est-elle pas le prélude et l’accompagnement de toutes les affections du cœur , et n’a-t-on pas tort de la considérer comme une faculté qui peut se séparer des premières ?

S 0. Vénération instinctive.

Nous devons ranger dans la classe des affections excitées par les êtres animés un sentiment de vénération instinctive, dont nous allons donner la description.

(1) Lamartine, les Préludes.

Il est une vénération h posteriori , et pour ainsi dire expérimentale , qui s’attache aux personnes dont nous avons reconnu le mérite soit intellectuel , soit moral. Ce sentiment rentre dans les affections excitées par le développement des facultés intellectuelles, ou par l’accomplissement du bien moral , affections dont nous parlerons plus loin. Une seconde espèce de vénération est celle qui nous fait supposer d’avance, à priori , avant toute expérience , tous les genres de mérite , non pas seulement dans les personnes que nous aimons, mais dans celles qui ont en leur faveur le prestige de l’âge, de la taille , de l’inconnu ou du nombre.

Lorsqu’un enfant est capable de comprendre le langage et de le parler, il exerce sur le témoignage des enfants de son âge une critique fondée sur l’induction ; il admet ou rejette leur parole par des motifs d’analogie souvent fort justes. Mais s’il rencontre le témoignage d une personne plus grande et plus âgée que lui, la balance de son raisonnement trébuche. Il n’est pas de proposition si absurde qu’une grande personne ne puisse faire croire à un enfant, si elle la soutient d’un air sérieux et en paraissant la croire elle -meme (1); car l'enfant peut bien nous supposer l’intention de Fabuser, mais non la possibilité de tomber nous -mêmes dans Terreur ; il nous regarde comme infaillibles. Serait-ce que l’enfant qui voit les personnes plus âgées et plus grandes que lui triompher des obstacles matériels devant lesquels il s’arrête, juge par induction qu'elles ont la même supériorité en intelligence qu’en force physique ? S il en était ainsi l’enfant balancerait une induction par

(1) Rcid, t. 2, p. 308, 3i8 5 l 5, p. 123, 183 ; t. G, p, 20*23.

une autre, et quand tous l’auriez trompé une fois il refuserait dorénavant de vous croire. Mais il trouve en lui pour vous un fond inépuisable de crédulité : égaré mille fois sur votre parole , il se laisse égarer encore. De plus , pour le pouvoir physique lui-même il ne l’estime pas, dans une grande personne, sur le pied de l'expérience ; il le suppose sans limite , et quand on lui refuse un secours matériel , il attribue le refus non à l'impuissance , mais à la mauvaise volonté. 11 prête de même aux grandes personnes une intelligence sans limites et une vertu sans tacbe. Lorsque sa mère répond à une question : a Je ne sais pas, )> il suppose qu’elle ne veut pas l instruire , et il ne met pas un instant en doute sa perfection morale. Cette foi ne vient pas seulement de l’affection qu’il porte à sa mère, car il l'accorde aussi bénévolement à ces plaisants de salon qui se font un jeu d'éprouver la crédulité de l'enfance , et qui triomphent des niaiseries qu’ils lui débitent , comme d autant de traits d’esprit. La foi de l’enfance est si peu l’œuvre du raisonnement, dit Thomas Reid, quelle est plus vive précisément à 1 époque où Tinte! ligence est le plus faible, et que sitôt que le raisonnement augmente, la foi diminue.

Parvenus à l’adolescence et à l’âge mûr, la grandeur physique nous impose encore : la nature inanimée ellemême nous accable par de vastes proportions ; la hauteur du cèdre , l’élévation de la montagne , le sommet de

la pyramide , les tours de la cathédrale nous remplissent d’un sentiment de crainte et de respect. L’homme que nous voulons honorer, nous le plaçons sur un lieu élevé : le roi monte sur son tronc ; le triomphateur sur sou char; le juge sur son tribunal; le chef barbare s’élève

sur îc pavois ; le baron reçoit l’hommage de scs vassaux sur la colline ; le prédicateur, du liant de sa chaire, fait descendre les flots de sa parole, et les auditeurs, placés au-dessous de lui le visage tourné vers le ciel , se trouvent dans l’attitude naturelle de l’admiration. L’homme qui veut imposer se redresse et se grandit; le tragédien antique chaussait le cothurne et surmontait sa tête du masque de théâtre ; les chefs du peuple se rehaussent de plumes , d’aigrettes , se couronnent de diadèmes , de mitres et de tiares. Les rois gardaient leur chapeau devant leurs sujets découverts. L’homme qui nous dépasse de toute la tête excite une certaine prévention en faveur de sa raison ; 1 expérience seule détruit ce préjugé. Un des étonnements du peuple , c’est qu’Alexandre et Napoléon aient été petits de taille.

La vénération instinctive pour l’âge dépasse aussi le temps de 1 enfance. Ce n’est pas sans amertume que la jeunesse sent défaillir sa foi à l’autorité des ans. Lorsqu’elle s’aperçoit que les hommes mûrs ne sont pas des guides infaillibles , qu’ils ont leurs infirmités d’intelligence , leurs déréglements de mœurs, que leurs livres mêmes renferment des erreurs et des contradictions, bien que les livres vaillent encore mieux que les auteurs ; lorsqu elle découvre qu il lui faut prendre en mains les rênes de sa propre conduite , ne plusse reposer que sur elle-même pour ses jugements et pour scs actes ; cette découverte est pleine de désenchantement , et elle regrette son ancienne foi , comme un abri qui s’écroule et qui la laisse exposée nue et faible aux intempéries des saisons.

iNous gardons pourtant quelque chose encore de notre foi du premier âge , seulement l’objet se recule et s’éloigne. Le culte que nous adressons dans l’enfance à tout

ce qui nous dépasse en taille et en âge , dans la jeunesse nous le transportons à l’âge mûr, et dans l’âge mûr, à la vieillesse , quoique nous ayons marché jusqu’ici de déception en déception. Un vieillard demeure pour nous un être respectable et sacré ; c’est en lui que nous paraissent s’être réfugiées la vertu et la sagesse, probablement jusqu a ce que nous soyons vieux à notre tour.

Mais il est une autre forme sous laquelle l’âge reçoit encore nos respects; c’est sous le masque de l’antiquité. Les anciens nous apparaissent comme un conseil de vieillards , et par conséquent d’hommes sages et vertueux; c’est au berceau du monde que nous plaçons l’âge d’or. Il nous semble qu’à mesure que l’humanité approche de nos^ temps elle se corrompt., et les -poètes ont exprimé cette décadence , en faisant succéder à l’âge d’or les âges d’argent , d’airain et de fer. Horace disait :

Damnosa quid non imminuit dies ?

Ætas parentum , pejor avis, tulit Nos nequiores , mox daturos Progeniem vitiosiorem (i).

Et cependant l’histoire nous montre que l’humanité est comme un homme qui apprend et se perfectionne toujours. En religion, l’anthropomorphisme gréco-romain est supérieur au fétichisme indo- égyptien , et le christianisme l’emporte à son tour sur les croyances de Home et de la Grèce. En morale théorique , l’enseignement de Socrate est supérieur à celui des sages de l’Inde , connue la doctrine chrétienne est supérieure à la doctrine socratique. En morale appliquée , fesclavage an-

(1) OU., lib. III, 6.

tique s’améliore dans le servage féodal , et celui-ci disparaît devant la liberté des temps modernes. Nous n’en continuons pas moins de croire à priori que nos pères étaient plus sages que nous.

Les illustrations des temps anciens nous semblent supérieures aux illustrations contemporaines : Alexandre et César paraissent , à ceux qui n’entendent rien à la guerre , de beaucoup plus grands capitaines que Napoléon; et l’empereur d’Autriche, en accordant sa fille à l’empereur des Français , offrit à ce dernier , dit-on , une généatogie qui l’aurait rattaché à quelques petits princes obscurs , mais anciens, de lltalie.

Dans un autre ordre d’idées, le grand reproche que Pascal faisait aux jésuites, c’était de n’avoir pour eux que des autorités nouvelles.

Tous les grands innovateurs trouvent sur leur chemin cet obstacle du respect pour l’antiquité , et l’on connaît la ruse employée par Bacon pour tourner cette difficulté : il essaya de donner le change , de faire considérer les peuples qui ont paru les premiers sur la terre , comme les peuples nouveaux , les véritables modernes , et les générations actuelles , héritières de toutes les autres , comme les peuples vieux ou les véritables anciens; le respect pour l’âge restait le meme ; seulement Bacon transportait à d’autres le bénéfice de l’ancienneté (1).

Quelque irréfléchie , quelque opposée meme au raisonnement que puisse paraître une tendance humaine , elle a toujours cependant son utilité pour l’homme. On découvre très-facilement la raison du respect que la

(1) Nov. org., lib. § 84.

nature impose aux enfants pour l’âge. Oportet dis centem credere . Ils ont besoin d’apprendre beaucoup sur parole , et ils nont pas les moyens de vérifier les titres de ceux qui enseignent. La vénération pour l’antiquité et pour les choses anciennes empêche le monde de changer trop vite et de courir après des innovations souvent dangereuses, pour le seul plaisir des changements; il force les novateurs à faire longtemps leurs preuves de raison avant d’entraîner un peuple à leur suite.

Le respect que nous sentons pour 1 âge nous l’éprouvons encore pour l inconnu. Qu'une personne se présente à nous pour la première fois : si elle ne porte pas sur elle les signes d’une condition et par conséquent d’une instruction inférieure à la notre , nous sentons quelque timidité en sa présence , c’est-à-dire que nous lui prêtons à priori la capacité de nous juger, et que souvent nous craignons en elle un égal, ou un supérieur. L’homme le plus orgueilleux n’est pas toujours à l’abri de cette crainte , et celui qui est le plus versé dans une science n’en parle pas avec autant d’assurance devant une personne inconnue que devant ses amis. Celte timidité n’est pas l’effet d’un raisonnement inductif : le nombre des personnes habiles dans une science est incomparablement plus petit que celui des ignorants ; il y a plusieurs milliers à parier contre un que l’auditeur inconnu et silencieux est inférieur au savant que nous supposons dans l’exemple qui précédé, et cependant ce dernier ne peut se défendre d’une certaine appréhension. Les artistes les plus consommés dans leur art éprouvent toujours quelqu’embarras lorsqu'ils paraissent devant un nouveau public, et de son côté le public leur est plus

favorable à cause de l'ascendant qu’exerce sur lui leur qualité d’étranger. Nul n’est, prophète en son pays, dit le proverbe , ce qui donne à entendre que le prestige de 1 inconnu est un des principaux éléments qui constituent le prophète. Racine , dans sa préface de Bajazet , après avoir reconnu que les sujets de tragédie doivent être pris dans l’antiquité , parce qu’il nous est plus facile d’idéaliser les caractères placés à une grande distance de nos jours, ajoute que l'éloignement dans l’espace produit le même effet que l’éloignement dans le temps, et qu’il a pu prendre un sujet presque contemporain , mais étranger, sans manquer à la majesté de la scène. C’est démontrer clairement l’ascendant que l’inconnu exerce sur notre induction.

O mue igiiotum pro magnifico est (1).

Dans les temps barbares où l’hostilité est l’état ordinaire des peuples entre eux, l’inconnu excite seulement la crainte : on regarde l’étranger comme un ennemi naturel , suivant la remarque de Cicéron sur le double sens du mot hostis (2). En des temps de culture intellectuelle , c’est une supériorité d’intelligence qu’on prête à l’inconnu et le sentiment qu’il inspire est le respect; à une époque de charité et de philantropie, la qualité qu’on prêterait à l’inconnu serait la bonté, et il n’inspirerait que l’amour.

Par cette prévention en faveur de l’inconnu que la nature nous inspire, nous sommes avertis de nous

(î) Tacite, Jçricola, 30.

(2) G/,lib. I, 12.

tenir sur nos gardes et préservés d’une surprise. Ceux qui ont trop de confiance en eux-mémes ou trop peu de cette défiance instinctive pour Finconnu se repentent souvent d’avoir négligé d’utiles précautions.

Lorsque l’induction nous a fait concevoir que ce monde doit avoir une cause , nous la personnifions à notre image ; mais ce qui reste en elle d’inconnu excite au plus haut degré notre vénération , et nous croyons à sa toute puissance , à sa toute bonté et à sa toute intelligence , avant meme que l’expérience nous ait découvert , dans les harmonies de ce monde terrestre , une partie du plan de la Providence. Quelque sagesse qui brille dans l'ordre du monde, quelque puissance, quelque bonté qui s’y découvrent, il y reste encore, pour notre faible raison, bien des obscurités et des mystères ; le nombre des effets d’ailleurs est limité : le monde est fini ; ce n’est donc pas lui qui a pu nous fournir 1 idée des perfections infinies de Dieu. Et il faut reconnaître ici le résultat d’un sentiment à priori.

Il est un dernier prestige par lequel les hommes nous

imposent : c’est le nombre. Nous accordons instinctivement à la collection une supériorité que nous refusons à chaque individu pris séparément. Une affection nous fait rechercher la foule, une autre nous intimide devant elle. Un homme se troublera devant cent auditeurs, et il n’aurait senti aucun trouble devant chacun d eux en particulier. Il est impossible de donner aucune raison inductive de ce sentiment. Ce qui n’est pas dans les unités ne peut se trouver dans le total. Nous sommes instinctivement portés à croire que le plus grand nombre a raison contre le plus petit, quoique, suivant la remarque de Descartes, l’induction nous autorise à penser le contraire ;

car plus la question est difficile , plus diminue le nombre de ceux qui Font comprise : Et nihil prodesset suffragia nuinerare ut illam sequeremur opinionem quœ pliires notât auctores. Nam si agatur de quœstione difficili , magis credibilc est ejus veritatem a paucis inveniri po tuisse quàm à multis (1).

Les auteurs de la Logique de Port-Royal ont répété cette remarque : a Souvent on ne regarde que le nombre » des témoins , sans considérer si ce nombre fait qu’il » soit plus probable qu’on ait rencontré la vérité : ce qui » n’est pas raisonnable; car, comme un auteur de ce » temps l’a judicieusement remarqué, dans les choses » difficiles et qu’il faut que chacun trouve par soi-méme, )> il est plus vraisemblable qu’un seul trouve la vérité , » que non pas quelle soit découverte par plusieurs (2). »

Pascal a aussi adopté l’opinion de Bescartes sur ce sujet : « La pluralité est la meilleure voie , parce qu elle est )) visible et qu’elle a la force pour se faire obéir ; cepen- » dant c’est l’avis des moins habiles (3). »

Dans les questions où l'on peut mettre en commun des matériaux divers, comme dans un problème d’érudition, il est facile de concevoir que la connaissance exacte sera plutôt dans le grand nombre que dans le petit; mais dans les questions où il ne faut qu’un seul acte d’une faculté intellectuelle, une bonne perception , un jugement sain, pourquoi cet avantage serait-il du côté du plus grand nombre ? Vous dites que tel a l'oreille juste , et que tel autre a 1 oreille fausse: c’est que le plus grand nombre

(1) OEm-res philosophiques de Descartes, t. 3, p. 63, édit, déjà Citée.

(2) Logique , 3e partie, ch. XIX.

(3; Pensées, 1. 1, p. 193, édit, de Didot aîné, 1817.

entend comme le premier. A-t-il raison d’entendre ainsi? c’est là ce que vous ne pourrez jamais démontrer, mais ce que j’admets, comme vous, sans preuve et par instinct. Direz-vous qu’il est plus probable que la faculté est viciée dans le petit nombre ? l’expérience appuie-t-elle cette probabilité? Ajouterez-vous que Dieu a plutôt mis l’erreur du côté du petit nombre que du grand? En fait d’injustice et de partialité , une petite est aussi incompréhensible en Dieu qu’une grande. Vous ne pouvez invoquer l’histoire en faveur de la majorité. Le genre humain tout entier a été fétichiste , puis anthropomorphiste. C’est la majorité des Athéniens qui a condamné Socrate à la mort, c’est la majorité du sacré collège qui a fait mettre à genoux Galilée. Mais ne cherchez pas de raison : nous ne demandons pas mieux que de croire , comme vous, à l’autorité du grand nombre ; seulement nous tenons à prouver que cette croyance est instinctive et non raisonnée. Cette croyance est la base de ce qu'on appelle la preuve du consentement universel. Le mot de preuve est mal choisi , puisque la légitimité de ce consentement , qui n’est jamais d’ailleurs universel , n’est pas évidente d’eîîe-meme, et ne résulte ni de la déduction ni de l’induction. Il faut se borner à parler du prestige qu’exerce sur notre induction le témoignage du plus grand nombre.

Par cette vénération instinctive, l’humanité est plus homogène et plus compacte : elle est retenue par l’intelligence comme par le cœur; il n’y a pas seulement une société des corps, mais une société des esprits. Le désir de se singulariser, s’il eût existé dans chacun de nous , aurait disséminé le troupeau du genre humain ; aucun ne se serait uni , aucun n’aurait fait corps avec les autres;

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