THÉORIE PH RÉNO LOGIQUE DE IA VÉNÉRATION
il n'y aurait eu que des individus et point d espèce. L humanité, qui est liée déjà par la vénération envers lagc et lantiquité , est encore retenue par la vénération envers le nombre. Pour qu une doctrine nouvelle se fasse jour,
pour qu’elle entraîne une masse si solidement liée, il faut qu’elle fasse briller longtemps sa lumière, et la société est par là préservée des innovations inutiles et des expériences désastreuses.
Les objets déterminés de la vénération instinctive , ou a priori , sont donc la taille , l’âge , l’antiquité, l’inconnu et la pluralité. Nous devons ajouter que chez quelques hommes la vénération instinctive n’a point de limite , et qu’on a vu des savants s’intimider en présence de personnes dont l’humble condition intellectuelle était mani-
feste, et même devant des enfants. Arrivée à ce degré, la tendance est excessive, et , loin de conserver quelque utilité, devient un obstacle funeste.
§ 10. Théorie phrcnologique de la vénération.
La phrénologie n’a pas bien caractérisé le sentiment instinctif de vénération. Gaîl , après avoir dit avec raison que le degré commun de vénération est la timidité (1), ce qui laisse à ce sentiment l’extension qui lui appartient , le réduit, dans les exemples qu’il en donne, à n’être plus que la dévotion ou la vénération envers l’Etre- Suprême (2).
Spurzheim a compris qu’il fallait étendre cette limite ;
(1) Jnat t. 3, p. 21.
(2) Ibid., t. t, p. 2 U.
mais il la laisse flotter dans le vague , et il a confondu la vénération à priori , irréfléchie , instinctive , avec la vénération raisonnée, à posteriori , expérimentale.
« La vénération, dit -il, n’a pas d’application déter- )) minée. Elle peut s’exercer sur les choses , les per- » sonnes, les idées et sur l’Être -Suprême. Ce senti- » ment porte au respect et fait reconnaître des choses )> comme sacrées; il vénère les vieillards, les parents et )) tout ce qui est respectable , et il adore la cause des » causes, c’est-à-dire Dieu (1). » Dire que le sentiment de la vénération est excité par les choses , les personnes et les idées, c’est dire qu’il est excité par tout ce qui existe; mais l’auteur parle plus bas des vieillards, des parents , de la cause suprême : ce ne sont donc pas toutes les choses , toutes les personnes , ni toutes les idées qui excitent la vénération , mais certaines choses, certaines personnes, certaines idées ; les exemples contredisent la définition. L’auteur détruit bientôt la spécialité des exemples en ajoutant que ce sentiment respecte tout ce qui est respectable ; mais quelles sont les choses respectables? est-ce la vénération qui en décide, est-ce une autre faculté ? Dans ce dernier cas , il n’est plus question que d’une vénération a posteriori , comme celle que nous ressentons pour une vertu éprouvée , pour une intelligence qui a fait ses preuves. La vénération pour la vertu vient du sens moral , la vénération pour le génie vient de l’amour des arts ou des sciences ; il n’y a rien là de commun avec la vénération à priori qui ne résulte
pas d’un mérite constaté , mais qui le suppose.
Nous pensons donc que la phrénologie n’a pas conve-
(1) Ois., p. 197.