‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 153 sur 181 · PLAISIRS DE LA VUE, DE L’OUIE, ETC · texte numérisé non relu

PLAISIRS DE LA VUE, DE L’OUIE, ETC

des yeux le mouvement des nuages , le balancement des arbres, la fuite des eaux du fleuve, et nous sommes encore charmés par la verdure de la prairie , l’azur de la voûje céleste , la teinte blanche et rose d'une tête de vierge , l’or, la pourpre et l’azur dont les temples son décorés (1).

Le sens de l’ouïe nous fait goûter à son tour les plaisirs d’un timbre flatteur, d’une nette articulation, d’un rhythme varié, d’une modulation mélodieuse et d’un chœur harmonieux.

Mais la vue et l’ouïe ne saisissent que les traits les plus grossiers de la beauté physique : l’étendue et la figure , le mouvement et Faction , la couleur et le son ne présentent tous les caractères de la beauté que lorsqu'ils deviennent expressifs (2). Il faut donc appeler au secours de l’ouïe et de la vue la faculté interprétative. C’est elle qui nous fait lire sur le visage humain, idéalisé par le ciseau du statuaire , les pensées les plus profondes , les passions les plus vives ou les plus sublimes vertus ; c’est elle qui dans les modulations de la mélodie, dans les inflexions de la voix nous fait entendre le morne accent, de la tristesse, les vifs éclats de la joie, les imprécations de la haine ou les expansions de l’amour; c’est elle qui nous fait comprendre les sentiments exprimés même dans la physionomie de l’animal : le calme et la force empreinte sur la face du lion , et la douceur qui respire dans l’attitude de la colombe ; c’est elle enfin qui nous révèle un sens jusque dans la nature inanimée en nous la montrant, comme « le trône extérieur de la magnificence di-

(1) Reid, t. 5, p. 277-8, 283.

(2) Reid, t. 5, p. 2U0-1; t. 0, p. 77, et M. Coussin. Cours de 1818, XXVe leçon.

» vine (l). » Ici l’objet de notre plaisir n’est plus engagé dans le corps, ainsi que l’aliment, lodeur et la saveur; ce n’est plus un avantage qui nous soit personnel , comme la supériorité , le pouvoir, la propriété. L’objet reste à distance : il ne nous est pas exclusivement attribué , le plaisir que nous y goûtons ne diminue en rien celui que les autres peuvent y prendre, et c’est là ce qui fait le désintéressement et la noblesse de ce genre d’affections.

§ 12. Critique de la faculté de l’ordre.

Les éléments de la beauté physique sont donc la grandeur, la régularité , ou l’unité dans la variété, le mouvement, la couleur, le sonet surtout l’expression. Le plaisir que cette beauté nous cause nous est fourni par le toucher, mais surtout par la vue, l’ouïe et la faculté interprétative.

Le docteur Galî , en énumérant nos perceptions, a reconnu que chacune d’elles peut nous procurer du plaisir ou de la peine (2).

Spurzlicim a répété cette observation. « Les yeux, )) dit-il, font connaître la lumière et ses nuances, ils en » sont affectés agréablement ou désagréablement (3). » Lt ailleurs il attribue à la faculté perceptive du coloris le plaisir que nous cause la vue des Heurs et des cou-

(1) Luiïon, Discours sur la nature.

(1) Jnat., t. 2, p. 231.

(2) Obs p. 283 ; Manuel , p. 5G.

leurs (1). Il a mal déterminé la faculté interprétative, mais il lui confère à la fois l’intelligence et le goût des signes et de leur interprétation.

Enfin Gall et Spurzheim posent , en thèse générale , que toute faculté procure du plaisir ou de la peine , suivant qu’elle est affectée d’une manière qui est en harmonie ou en désharmonie avec elle (2). Nous avons fait plusieurs fois l’observation que cette thèse détruit la division des organes, en organes des facultés intellectuelles et organes des facultés affectives. Il faudrait au moins reconnaître que ce nest pas de la même partie de l’organe que dérivent la notion et l’affection, carie premier phénomène n’est pas toujours accompagné du second , ainsi que nous avons essayé de le démontrer, et Spurzheim nous a fourni lui-même l’exemple d’un enfant qui était fort habile appréciateur de l’intonation et à qui la musique ne faisait goûter aucun plaisir. Mais comme nos deux auteurs , à l’exemple de Locke , ont trop de bon sens pour ne pas trahir de temps en temps leur propre système, et qu’ils ne manquent jamais de nous fournir des arguments ad hominem , peut-être allons-nous leur prouver par leur propres aveux , et les inductions qui en sortiront légitimement que l’amour de la beauté physique, et par conséquent les plaisirs de la vue , de l’ouïe et de la faculté interprétative n’ont pas pour siège les mêmes organes que les perceptions et les mémoires des objets matériels.

Gall et Spurzhem ^constituent à part une .faculté de l’ordre. Gall entend par ces mots : le sens du goût , le

(1) Manuel, p. 57.

(2) Gall, Anat t. 4; p. 3G3; Spurzheiftî, Oh., p. 326.

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