‹ La psychologie et la phrénologie comparéesChapitre 155 sur 181 · DK LA FACULTÉ DE L ORDRE · texte numérisé non relu

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ni d'ordre intellectuel ou inductif. D’un autre côté , les beaux travaux intellectuels d’un Bacon , d'un Newton , d’un Linnée , d’un Ampère , n’ont rien de commun avec le goût de Tordre dans les objets matériels. « La faculté )> dont je parle ici, dit Spurzheim , ne doit pas être » confondue avec le jugement philosophique (1). » Or , c’est au jugement philosophique qu’il faut attribuer les œuvres de ces grands hommes ; et cependant Spurzheim parait ailleurs regarder la faculté de Tordre comme une faculté générale. « Les personnes qui possèdent cet ». organe , dit-il , aiment Tordre en toutes choses (2) ; » et il rapporte à cette meme faculté la classification des objets par les qualités extérieures et le plaisir de compléter une collection (3). Ce dernier plaisir ne ressemble pas du tout au premier ; il tient à Tordre philosophique , et nullement à Tordre des choses matérielles.

Il y a donc bien des réformes à opérer dans cette faculté de Tordre : l°Elle n’est pas une faculté perceptive, comme le dit Spurzheim , mais une faculté affective ; 2° Il faut distinguer , comme objets d’affection , la régularité dans les choses visibles d avec Tordre dans les données des autres sens ; 3° on doit séparer de Tordre physique Tordre inductif ou Tordre de raisonnement , et Tordre moral ou Tordre dans les mœurs ; k° enfin , il serait impossible de faire sortir de l’amour de Tordre établi par Gall et Spurzheim une liste complète des objets qui coniposent la beauté physique , et qui sont , comme nous l’avons dit, la grandeur, le mouvement,

(1) Obs., p. 293.

(2) Manuel y p. 58,

(3) lb.

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la régularité dans les formes , dans les couleurs et dans les sons , et surtout l’expression. Ils n’ont fait remarquer nulle part le plaisir que nous cause le spectacle de la grandeur physique et du mouvement. Ils n’ignoraient pas cependant que la musique peut devenir expressive ; et Spurzheim a dit : « L’un est poète dans ses compo- )) sitions musicales, l’autre est philosophe; celui-ci est )) doux , celui-là véhément , religieux ou guerrier , ti- :» mide ou orgueilleux (1) ; » mais il ne cite cet exemple que pour expliquer comment des facultés diverses peuvent se combiner, et il ne remarque pas le charme que nous goûtons à deviner , sous les formes de la matière inerte , la vie du sentiment et de la pensée ; et , en conséquence , il méconnaît , comme son maître , le rôle important que joue la faculté interprétative dans l’appréciation des heaux-arls.

Nous avons déjà dit (2) que M. Vimont, à l’exemple des philosophes , avait établi une faculté qu’il appelle goût, ou sens du beau dans les arts (3), qu’il avait réduit l’œuvre de cette faculté à la disposition ou à l’arrangement du sujet , et que cet arrangement nous paraît dériver de l’induction.

S 13. Instinct de pudeur.

On ne peut être llatté de la beauté physique sans être par cela même choqué de la laideur matérielle. Nous

(!) Obs., p. 351.

(2) Voy. 3e padio, ch. 3, S 7.

(3) Traite de jjhrèn.} t. 2, p. 4-5 1.

de pudeur.

n'aimons pas les formes irrégulières , lourdes ou basses , les couleurs ternes , les sons rauques , faux et discordais, les traits et les accents qui expriment la haine, l’envie, la bassesse, l'orgueil, l’avarice, la stupidité. Le toucher, la vue, l’ouïe et la faculté interprétative, ont donc leurs peines comme leurs plaisirs.

Parmi les choses qui blessent la vue nous devons compter le spectacle de certains actes corporels et par suite de certaines parties du corps. Cette répugnance nous porte naturellement à voiler ce que les Latins appelaient pour cette raison vclanda ou pudenda. Nous souffrons de certaine nudité , nous en rougissons, nous en éprouvons de la honte, ce qui explique le terme par lequel on les désigne quelquefois en français.

On n’a pas manqué d’expliquer cette répugnance par l’éducation, par l’habitude , qui, si l’on en croyait certaine école , serait la magicienne dont la baguette suflirait à tous les miracles, et deviendrait dans la nature morale ce que l’attraction elle-même n’est pas dans la nature physique, c’est-à-dire une explication universelle. Chacun a pu voir de jeunes enfants catéchisés de trèsbonne heure sur la décence , et d’autres auxquels on n’a jamais adressé de pareilles leçons : les uns et les autres , avant un certain âge , trahissent à chaque instant leur indifférence en matière de pudeur. Ceux qui ont reçu les avertissements prématurés ne cèdent que par obéissance à une prescription dont ils ne comprennent pas la légitimité ; mais un jour arrive où ceux mêmes qui n’ont pas été avertis sentent tout à coup un embarras nouveau, lorsque des étrangers se trouvent par hasard témoins de leur toilette , et leurs parents sont surpris de ce scrupule inattendu. J1 semble que ces enfants, comme Adam et

INSTINCT

Eve , après leur chute, fassent soudainement la découverte de leur nudité. Ils étaient auparavant dans lâge d’ignorance : les voilà tout à coup dans cet âge de connaissance où l'homme et la femme se voilent spontanément de la feuille de figuier. On a trouvé dans les bois une jeune fille qui avait été perdue encore enfant; elle avait grandi dans la vie sauvage ; mais avec des brins d’herbe elle s’était tressé une ceinture. Un assez grand

nombre de peuples barbares sont dépourvus du sentiment de la jalousie en amour , se livrent à la promiscuité et se font un honneur même de la rivalité d’un étranger ; mais il en est bien peu qui nous présentent le spectacle d’une nudité complète. Chez les tribus les plus sauvages de l’Afrique « à Fernando-Pô , disent les frères Lânder, » les adolescents chez lesquels le sentiment de la pudeur » n’est pas encore développé , vont entièrement nus; » les autres se revêtent d’une ceinture de feuilles et » d'herbes sèches (1). » Il y a donc ici réaction contre l'habitude de l’enfance et de l’adolescence, et développement spontané d’un sentiment auparavant inconnu.

On a promené dans nos villes de malheureux Indiens de l’Amérique du nord, tristes objets de curiosité; on les avait arrachés à leur vie des déserts, non pour améliorer leur condition et payer par un peu de bien-être le sacrifice de leur indépendance ; mais pour les abandonner à la misère et les laisser mourir dans nos hôpi-

taux. Voici comment on a décrit la mort de l’un d’eux : « calme et indifférent, il semblait étranger à ce qui » l’entourait, se refusant à tous les soins , mais sans em-

(1) Forage au Niger, ch. âl.

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